Octobre 2014
sommaire
Responsabilité & Environnement
L'économie circulaire : les enjeux économiques d'une transition écologique
Ce numéro a été coordonné
par Virginie SCHWARZ et Patrick SOUET
N° 76
Introduction
Par Bruno LECHEVIN
Président de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME)
1 - L’économie circulaire : un enjeu global pour une utilisation durable des ressources
Economie circulaire : les enjeux économiques d’une transition écologique
Par Janez POTOČNIK
Ex-Commissaire européen pour l’Environnement
Né à une époque où les ressources étaient abondantes et quasi gratuites, le modèle économique actuel a toujours fait une utilisation intensive desdites ressources, ce qui a conduit à la dégradation de notre capital naturel et a contribué au changement climatique. Il est aujourd’hui indispensable de rompre avec ce modèle linéaire (extraire, fabriquer, utiliser, jeter) au profit d’un modèle circulaire qui prône non seulement une utilisation optimisée de chaque ressource, mais aussi une réutilisation de celle-ci. La concrétisation d’un tel changement exige la mise en œuvre de stratégies ambitieuses, c’est ce à quoi s’emploie aujourd’hui la Commission européenne.
Les dynamiques de l’économie circulaire en Chine
Par Jean-Claude LÉVY
Historien-géographe, rapporteur général d’une mission de réflexion sur l’économie circulaire dans le développement confiée par le ministre délégué chargé du Développement en octobre 2013. Également membre du comité d’experts de l’Institut de l’économie circulaire
et Vincent AUREZ
Rapporteur de la mission de réflexion sur l’économie circulaire en tant que collaborateur scientifique, ministère des Affaires étrangères (En fonction à l’Ambassade de France à Pékin)
Les deux auteurs publieront courant 2014, L’économie circulaire : un désir ardent des territoires, aux Éditions de l’École Nationale des Ponts et Chaussées. Cet article se propose d’analyser les politiques d’économie circulaire mises en place en Chine depuis 2009, dans le cadre d’un axe de développement qui souhaite prendre en compte la diversité des territoires concernés. La voie de l’économie circulaire en Chine se décline en effet en politiques territoriales d’économie circulaire décidées à chaque niveau d’organisation politique. Réelle alternative, ou déjà-vu ? La politique chinoise d’économie circulaire se démarque en tous cas des politiques mises en place en Allemagne, aux Pays-Bas et au Japon non seulement par son mode d’implantation, mais aussi par les contraintes auxquelles elle doit faire face. La Chine est le seul pays en développement à tenter l’aventure de l’économie circulaire. Ce nouvel « objet non identifié » porte en lui une vision systémique, tant sur le plan technique que sur celui des principes : comment alors le mesurer ou l’évaluer ? L’article présente les défis auxquels ces politiques doivent répondre, les contraintes auxquelles elles sont confrontées, mais aussi leurs particularités qui font de cette politique nationale un modèle qui ne peut être ni importé ni exporté.
Les axes majeurs du développement d’une politique d’économie circulaire
Par François-Michel LAMBERT
Député des Bouches-du-Rhône, Président de l’Institut de l’Économie circulaire et Vice-Président de la Commission Développement durable et Aménagement du Territoire de l’Assemblée Nationale
et Laurent GEORGEAULT
Chargé de mission à l’Institut de l’Économie circulaire et chercheur/doctorant à l’Université Paris I – Panthéon Sorbonne – Laboratoire Géographie-Cités, équipe CRIA
La transition d’une économie linéaire vers une économie circulaire se prépare en France et en Europe. Sur quels fondamentaux est-il possible d’établir une politique publique d’économie circulaire ? Quels sont les éléments à considérer pour développer ce concept sur le territoire national ? Après un examen des axes majeurs génériques d’une telle transition, cet article proposera une lecture de l’engagement politique français dans ce domaine. Cette lecture sera complétée par des propositions politiques de façon à alimenter le débat sur ce sujet.
Economie circulaire et transition écologique
Par Christian de PERTHUIS
Professeur à l’Université Paris-Dauphine
Le développement d’une économie circulaire est généralement justifié par le souci d’économiser et de recycler les matières premières dans l’optique de repousser le risque de leur épuisement. Une vision plus large définit l’économie circulaire comme la généralisation de systèmes de production et de consommation qui s’appuient progressivement sur des systèmes de régulation naturels comme le climat, la biodiversité, le cycle de l’eau… Les leviers économiques permettant d’en faciliter l’émergence reposent sur la tarification des nuisances environnementales. Leur efficacité pourrait être fortement améliorée sur le plan de la fiscalité des déchets mise en œuvre en France.
Les engagements et les attentes des consommateurs au regard des nouveaux modes de consommation : des opportunités pour l’économie circulaire
Par Sophie DUBUISSON-QUELLIER
Directrice de recherche au CNRS, centre de sociologie des organisations (CNRS-Sciences Po)
L’économie circulaire vise à inscrire dans une même boucle des activités de conception, de production, d’usage et de recyclage. Elle tend par conséquent à donner une place renouvelée aux consommateurs, qui ne sont plus relégués en bout de chaîne, mais intégrés au cœur même des activités économiques. Quelles peuvent être, aujourd’hui, les attentes des consommateurs vis-à-vis de l’économie circulaire ? S’il paraît encore difficile de spécifier les aspirations de la société dans ce domaine, on peut toutefois envisager la contribution des formes alternatives de consommation au renouvellement des rôles des consommateurs dans les systèmes économiques. Dans cet article, nous traiterons tout d’abord des nouvelles formes contemporaines de consommation, puis nous mettrons au jour deux traits majeurs des aspirations des consommateurs qu’elles traduisent, à savoir des attentes fortes en matière de garantie des systèmes de production et des formes d’engagement plus collectives dans la gouvernance des systèmes économiques.
2 - L’économie circulaire : un enjeu stratégique pour les entreprises
L’écoconception, un outil au cœur de l’économie circulaire
Par Christian BRODHAG
Directeur de recherche, École des mines de Saint-Étienne, Président du Pôle national Écoconception et Management du Cycle de Vie, Président de Construction 21
L’écoconception est une approche préventive des problèmes d’environnement, et ce dès la conception des produits, qui s’avère avoir un effet positif sur les profits de l’entreprise ou la marge bénéficiaire des produits. Dans l’approche du cycle de vie des produits, l’écoconception est plutôt focalisée sur l’amont, alors que l’économie circulaire demande d’accorder une plus grande importance à l’aval, c’est-à-dire au devenir réel du produit, à son usage, à sa fin de vie, et à son insertion dans différents types de boucles de natures industrielle ou naturelle. L’écoconception pour l’économie circulaire doit donc porter son attention sur des objectifs nouveaux comme la récupération des matériaux, leur réutilisation dans la fabrication, l’augmentation de la longévité des produits, ou la location et la prestation de service... La prise en compte de ces nouveaux objectifs est facilitée par une approche intégrée de systèmes produit/service qui permette de développer d’autres modèles de création de valeur comme l’économie de la fonctionnalité.
La mise en pratique de l’économie circulaire chez Michelin
Par Dominique AIMON
Directeur de la Communication Scientifique et Technique du groupe Michelin
et Estelle PANIER
Ingénieur agronome, direction des Affaires publiques du groupe Michelin
Malgré un contexte de raréfaction et de renchérissement des matières premières et de lutte contre le changement climatique, la mobilité doit progresser toujours plus. Parce que Michelin est convaincu que la mobilité est un des fondements du développement humain, notre groupe innove avec passion pour répondre à ces enjeux. C’est tout au long du cycle de vie du pneu que l’impact sur les ressources naturelles (énergie, matières premières, eau) peut être amélioré dans une approche d’économie circulaire. La proposition de Michelin est de mobiliser simultanément quatre leviers d’action sur l’ensemble du cycle de vie du pneu et d’apporter une combinaison de solutions en faveur d’une meilleure utilisation des ressources. C’est la stratégie 4R : Réduire, Réutiliser, Recycler et Renouveler.
La mise en œuvre de l’économie circulaire au sein du groupe Renault
Par Jean-Philippe HERMINE
Directeur du Plan Environnement de Renault
L’économie circulaire est souvent perçue comme une solution d’avenir, qui reste encore à être précisée et mise en œuvre dans les entreprises et les pays. Elle pousse les entreprises à porter un regard différent et global sur chaque processus métiers du secteur de l’automobile. Elle modifie aussi profondément les relations en incitant au développement accru de collaborations et de partenariats entre les différentes parties prenantes, dont de nombreuses start-ups. Chez Renault, nous avons fait le constat que l’économie circulaire est déjà présente dans certains business models. Elle va continuer de se déployer très rapidement en Europe sous l’impulsion de nouveaux enjeux économiques, voire même géo-stratégiques. Via le dynamisme de l’action de la France au travers de l’Institut de l’Économie circulaire et via son partenariat historique avec la Fondation Ellen MacArthur, le groupe Renault contribue déjà au développement de l’économie circulaire et va y participer encore plus à l’avenir.
Devenir recycleur : la stratégie d’un groupe producteur de produits minéraux stratégiques
Par Alain ROLLAT
Docteur ingénieur en Chimie de l’Université de Strasbourg et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de l’Université de Poitiers
En 2011, le monde développé découvrait sa dépendance à des éléments indispensables à de nombreuses applications de haute technologie, les terres rares. En imposant une politique de quotas à l’exportation, la Chine (le principal pays producteur) provoquait une hausse spectaculaire du prix des terres rares. Face à cette situation dangereuse pour tout un secteur de l’industrie, notamment de l’économie verte, l’Europe et les États-Unis réagirent en prenant différentes initiatives dans le but de limiter leur dépendance aux exportations chinoises, notamment en prônant le recyclage des composants contenant des terres rares. Solvay a lancé, dès 2007, un vaste programme de recherche et développement dans le domaine du recyclage des terres rares. Ce programme s’est traduit en 2012 par la création sur ses sites de Saint-Fons (Rhône) et de La Rochelle d’unités de recyclage des terres rares contenues dans les lampes à économie d’énergie et dans les batteries nickel-métal-hydrure usagées, ainsi que dans les chutes de production des fabricants d’aimants permanents.
Le développement du recyclage : potentialités et freins
Par Jean-Luc PETITHUGUENIN
Président Fondateur du groupe PAPREC
Le recyclage est une industrie en plein essor. Il est un élément clé pour permettre à l’homme de concilier croissance et respect de l’environnement. Véritable industrie lourde, le recyclage se développe grâce à des investissements technologiques importants. L’enjeu est en effet de trouver sans cesse de nouvelles solutions techniques permettant de recycler davantage de déchets, et mieux. L’industrie du recyclage se développe en cohérence avec son environnement et avec l’homme. Elle a également besoin d’un soutien fort des pouvoirs publics et de l’ensemble des filières industrielles.
Les limites du recyclage dans un contexte de demande croissante de matières premières
Par François GROSSE
Président, co-fondateur de ForCity
Rendre circulaire l’économie ; rendre durable son développement : voilà qui prend son sens à long terme. Des politiques publiques ne s’y attachent donc qu’à la condition que leurs effets de long terme soient potentiellement significatifs en faveur de la pérennisation des capacités de production et du bien-être de l’humanité. Or, l’analyse dynamique des flux des matières premières montre qu’en situation de croissance des consommations, il n’existe généralement pas de gestion durable des matières premières : au-delà de 1 % de croissance annuelle des consommations d’une matière, même le recyclage de la quasi-totalité des déchets n’a qu’un effet dérisoire sur la pérennisation des ressources (les gisements de minerai) et donc aussi sur les impacts cumulatifs de la chaîne d’extraction et de transformation. Il s’ensuit que la clef d’une économie circulaire est la proportion de matières recyclées contenues dans nos biens neufs, et non la proportion de nos déchets qui est recyclée.
3 - L’économie circulaire : une opportunité pour les territoires et l’emploi local
Les régions dans la démarche d’économie circulaire : un appel à projets pour soutenir cette démarche écologique industrielle et territoriale
Par Jean-Jack QUEYRANNE
Président du Conseil régional Rhône-Alpes
Au-delà des aspects stratégiques, la Région Rhône-Alpes s’attache à préciser le concept d’économie circulaire en expérimentant sur le terrain des actions concrètes d’éco-innovation, d’économie de la fonctionnalité, de mobilisation de technologies propres, mais aussi d’écologie industrielle et territoriale. Composante essentielle de l’économie circulaire, l’écologie industrielle constitue une démarche intégrée qui permet de tester en grandeur nature la mise en place de boucles de rétroaction entre les acteurs d’un même territoire, mais aussi d’identifier les facteurs clés de succès et les freins. La Région Rhône-Alpes, en collaboration avec l’Ademe, a ainsi lancé en 2013 l’appel à projets régional « Écologie Industrielle et Territoriale », qui propose d’accompagner de façon originale, sur deux ans, des territoires motivés afin de démontrer les bénéfices économiques, sociaux et environnementaux d’une telle démarche et de capitaliser les retours d’expériences pour encourager d’autres territoires à s’engager à leur tour.
Réemploi, réparation, réutilisation : des enjeux environnementaux, écologiques et sociaux
Par Anémone BERÈS
Présidente d’Envie
S’il y avait un généticien de l’économie circulaire, il retrouverait certainement des gènes du Réseau Envie dans l’ADN de celle-ci. Chez Envie, l’économie circulaire a de l’expérience ! Au-delà de la préservation des ressources, le Réseau Envie développe un modèle qui replace la personne au centre de l’activité économique. L’économie classique ayant montré ses limites, le Réseau Envie promeut depuis longtemps une finalité sociale fondée sur la responsabilité personnelle, et se situant de fait très loin de l’assistanat. Envie développe des activités économiques pour accompagner ce projet social en travaillant sur une richesse abondante, celle que représentent les déchets. L’activité d’Envie est ainsi doublement réparatrice. À l’heure où les préoccupations économiques, environnementales et sociales sont si présentes, Envie, acteur expérimenté et sincère de l’économie circulaire, propose un modèle réaliste en la matière.
Electroménager : le développement par les constructeurs de stratégies de réparation
Par Gérard SALOMMEZ
Président du GIFAM
Le secteur de l’électroménager a été précurseur dans les réflexions environnementales, que cela soit en matière de consommation énergétique des appareils ou de traitement des déchets. On peut ainsi constater que la filière de traitement des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) mise en place en France est l’une des plus performantes d’Europe et que l’étiquette énergie utilisée dans notre industrie depuis plus de quinze ans se généralise progressivement à l’ensemble des appareils consommateurs d’électricité. Si ces sujets restent des enjeux majeurs pour notre secteur, la réduction des déchets est aujourd’hui au cœur des défis environnementaux que nous devons relever. C’est dans cette perspective que le Groupement interprofessionnel des fabricants d’appareils d’équipement ménager (GIFAM) a décidé de placer le service et la réparation au cœur de ses actions. Cette démarche a pour objectif d’apporter des réponses aux exigences exprimées par les consommateurs, les organisations environnementales et les pouvoirs publics, et de renforcer les liens avec les réparateurs, ainsi qu’avec l’économie sociale et solidaire. Cette réduction de la production de déchets doit passer par un entretien précautionneux des appareils par les consommateurs et par la capacité des professionnels à apporter des solutions de réparation ou de seconde vie qui soient performantes.
