Avril 2015
sommaire
Responsabilité & Environnement
L'industrie française et la politique énergétique ?
Ce numéro a été coordonné
par Jean-Pierre CLAMADIEU et Christophe SCHRAMM
N° 78
Avant-propos
Par Emmanuel MACRON
Ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique
Introduction
Par Jean-Pierre CLAMADIEU
World Business Council for Sustainable Development
1 - Défis de la politique énergétique (climat, compétitivité et sécurité d'approvisionnement)
Pourquoi une transition énergétique est-elle nécessaire?
Par Virginie SCHWARZ
Directrice de l’Énergie, direction générale de l’Énergie et du Climat, ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie
et Richard LAVERGNE
Conseiller du Directeur général de l’Énergie et du Climat et conseiller « Énergie-Climat » du Commissaire général au Développement durable, ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie
La transition énergétique est aujourd’hui une façon de répondre aux défis climatique et environnementaux auxquels notre planète est confrontée. Elle est également source de croissance et d’emplois, qui sont tous deux particulièrement importants dans la période actuelle de morosité économique. Loin d’être une préoccupation spécifique à la France, la transition énergétique pour la croissance verte fédère un vaste mouvement international relayant une prise de conscience des scientifiques, des citoyens et de leurs représentants pour changer de modèle énergétique en agissant de concert et en renforçant le rôle des citoyens et des territoires au bénéfice de l’environnement et du bien-être, avec pour ambition de relever les grands défis écologiques du XXIe siècle.
Le difficile triptyque de la politique énergétique
Par Claude MANDIL
Ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie
Une bonne politique énergétique s’évalue traditionnellement au regard de trois grands axes : la sécurité d’approvisionnement, la protection de l’environnement et la croissance économique. Mais comment mesurer de façon incontestable la contribution d’une décision de politique énergétique à l'aune de chacun de ces trois objectifs ? L’article montre tout d’abord que certaines prétendues vérités qui s’affirment comme des évidences sont en réalité fausses : ainsi, le taux d’indépendance énergétique n’est pas une bonne mesure de la sécurité d’approvisionnement ; les énergies renouvelables ne contribuent en général ni à la sécurité d’approvisionnement, ni à la croissance économique, ni même à la protection de l’environnement ; l’efficacité énergétique est souvent souhaitable, mais elle ne l’est pas toujours. Puis sont analysés, d’une part, le bien-fondé du triple objectif que s’est fixé l’Union européenne (le « trois fois 20 en 2020 ») et, d’autre part, la pertinence des décisions politiques censées contribuer à l’atteinte de celui-ci. Le résultat, souvent consternant, appelle des mesures correctrices lourdes et urgentes.
A glimpse into european political debate: is energetic transition really mandatory for everybody? État des lieux du débat politique européen : une transition pour tous ?
Par Jorge VASCONCELOS
Diderot was one of the main actors in the transition to modern age and his Lettre sur les aveugles provides amusing insights into the construction process of a new mindset by exploring different views about how we “see” (or “frame”) reality. In every transitional process there are things we see immediately and things we don’t see because of our blind loyalty to custom. Therefore, a critical approach is essential to better understand (and to better manage) any transitional process - including the present transition towards the European “Energy Union”.
2 - Enjeux pour l’industrie en France
Le formidable défi de la production d’énergie dans un monde en profonde évolution
Par Gérard MESTRALLET
GDF Suez
Que ce soit le monde émergent qui a soif d’énergie, le développement d’hydrocarbures non conventionnels qui bouleverse la géopolitique mondiale ou encore l’Europe dont le modèle énergétique est en profonde mutation, les grandes dynamiques qui traversent le monde de l’énergie poussent celui-ci à dessiner un nouveau modèle énergétique mondial. Face à ces défis, le secteur énergétique anticipe, il innove et montre sans cesse sa capacité à se renouveler. Ces évolutions prennent corps dans les territoires, à l’aune des besoins des clients, qu’ils soient industriels ou particuliers. Nous nous dirigeons vers un futur où l’énergie sera orientée par les usages, où sera accordée une place plus large aux énergies décentralisées et renouvelables ainsi qu’aux services énergétiques, et où réduire la précarité énergétique deviendra également une priorité. C’est un formidable défi que nous sommes en train de relever dès aujourd’hui en faisant face non seulement aux évolutions des ressources énergétiques et des technologies, mais également aux évolutions géopolitiques mondiales.
À quelles transformations un groupe pétrolier et gazier mondial doit-il se préparer pour les deux prochaines décennies ?
Par Patrick POUYANNÉ
Directeur général du groupe Total
Procurer au plus grand nombre une énergie propre, sûre et compétitive en termes de prix, telle est la mission d’un groupe pétrolier et gazier mondial ; elle induit les transformations auxquelles celui-ci doit se préparer. D’ici à 2040, la demande énergétique mondiale augmentera d’environ 35 %. Même si la part des énergies renouvelables est appelée à croître, le mix énergétique restera très dépendant des énergies fossiles : cela nécessitera la mise en œuvre d’investissements majeurs et la mobilisation de moyens importants en R&D et en innovation pour permettre la mise en exploitation de ressources toujours plus complexes à développer. Parallèlement, la lutte contre le changement climatique entraînera des transformations multiples conduisant à promouvoir le développement du gaz, à s’impliquer dans le solaire photovoltaïque, à améliorer l’efficacité énergétique, à faciliter l’accès à l’énergie et à participer à des initiatives internationales en faveur du climat. Au fil de ces transformations, un nouveau profil de groupe pétrolier et gazier international se dessinera, pas à pas, pour mieux satisfaire les besoins en énergie de l’humanité.
Les turbines conventionnelles sont-elles les gagnantes ou les perdantes de la transition énergétique ?
Par Christophe DE MAISTRE
Président directeur général de Siemens France
et Jean-Philippe HENRY
Directeur des activités Energy Solutions de Siemens France
L’analyse des trajectoires des transitions énergétiques des grands pays européens montre que les moyens thermiques de production électrique vont continuer à jouer un rôle important. Ce sera notamment le cas en Grande-Bretagne et en Allemagne, deux pays confrontés au développement des productions à base d’énergies renouvelables intermittentes, les modalités du déploiement respectif des filières gaz et charbon dépendant des orientations des politiques nationales de transition énergétique. En raison notamment du poids prépondérant des moyens nucléaires et hydrauliques dans son bouquet de production électrique, le cas français reste particulier. Profondément rénové avec le déploiement de nouvelles unités Gaz à Cycle Combiné venu compenser le retrait prononcé des unités fioul et charbon, le parc thermique français devrait continuer à jouer pleinement son rôle de vecteur d’ajustement, en complément des autres filières de production électrique.
Peut-on encore fabriquer des produits énergo-intensifs en France ?
Par Hervé BOURRIER
Directeur général d’ArcelorMittal France (depuis 2009), président de l’Union des Industries du Recyclage (UIR) et vice-président d’Entreprise pour l’Environnement (EPE)
Assurer en France un coût de l’énergie compétitif et conduire une politique de transition énergétique porteuse d’avenir pour l’industrie et l’emploi est essentiel dans un contexte de concurrence mondiale et globalisée. Les industries énergo-intensives contribuent de manière significative à l’existence d’une industrie forte en France. Elles représentent à elles seules plus de 150 usines, autour de 10 % de la consommation électrique et de gaz naturel nationale, et environ 50 000 emplois directs et 120 000 emplois indirects. Dans un environnement économique de plus en plus complexe et dans un contexte réglementaire de plus en plus contraignant, ces industries se sont adaptées, au fil des années, pour être plus performantes et ont dû parfois réinventer leur modèle économique et leurs modèles d’affaires. Mais pour ces industries, pour lesquelles l’énergie peut représenter de 10 à 25 % de leur coût de production, il existe un double impératif : l’accès à une énergie compétitive en coût complet (€/MWh) et l’adoption de mesures en faveur de l'efficacité énergétique (MWh énergie/tonne de produit fini). Les outils permettant d’améliorer la compétitivité énergétique des industries énergo-intensives en France existent. C'est par la mobilisation de l’ensemble des acteurs que nous pourrons revenir à une industrie forte au travers de la prise rapide de mesures concrètes et efficaces.
Nouveau modèle énergétique et nouvelle gouvernance : une chance pour les PME/ETI ?
Par Bruno VENANZI
Administrateur délégué, Lampiris SA
et Bruno VANDERSCHUEREN
Lampiris SA
Suite à la prise de conscience de la raréfaction des ressources primaires et des impacts du changement climatique, l’adoption d’un nouveau modèle énergétique se voulant plus sobre, plus décentralisé et plus respectueux de la planète est devenue une nécessité depuis l’an 2000. L’ouverture, en 2007, du marché de l’énergie en France n’a pas permis l’émergence de ce nouveau modèle. Cela est dû pour beaucoup à une gouvernance d’abord nationale d’un secteur qui est avant tout multinational. Le nouveau modèle en gestation a néanmoins la chance de pouvoir bénéficier de la présence sur ce marché de PME-ETI ayant déjà fait la preuve de leur capacité d’adaptation et d’innovation.
Et si certaines industries de base ne pouvaient se passer totalement des énergies fossiles ?
Par Philippe ROSIER
Solvay
Amorcée en 1821 aux États-Unis en remplacement de l’huile de baleine utilisée jusqu’alors pour l’éclairage public, l’exploitation industrielle des énergies fossiles a constitué un des enjeux majeurs de l’histoire de ces deux derniers siècles. Toutefois, en dépit d’une genèse aux conséquences écologiques positives non négligeables puisqu’elle a amorcé la fin de la chasse à outrance des cétacés, elle est aujourd’hui l’objet de nombreuses critiques : on l’accuse de polluer, de participer au réchauffement climatique ; on s’inquiète de l’épuisement de leurs réserves et, pour finir, nous en serions trop dépendants. Ce diagnostic aboutit invariablement à la même conclusion : il faut sortir définitivement d’une économie fondée sur l’utilisation des énergies fossiles. Mais qu’en est-il vraiment ? Quels sont les secteurs consommateurs qui peuvent envisager de se passer de l’utilisation des énergies fossiles, et sous quelles conditions ? Quel sera le secteur à pouvoir bénéficier des derniers hectolitres d’hydrocarbures fossiles ?
3 - L’innovation au service de la transition énergétique
La filière nucléaire face à la transition énergétique : quelles innovations pour s’adapter ?
Par Philippe VARIN
Président du Conseil d’administration d’AREVA
En quelques années, l’enjeu de la transition énergétique s’est imposé dans le débat politique français comme un thème majeur. S’il y a parfois désaccord sur les modalités, le cap à suivre fait en revanche l’objet d’un quasi consensus : le modèle fondé sur la prédominance des énergies fossiles doit être reconsidéré au nom de la lutte contre le dérèglement climatique. Sous des appellations parfois différentes, ce même enjeu figure désormais au sommet des agendas publics des pays développés comme des économies émergentes, et il sera bientôt au cœur des discussions de la COP21, à Paris en décembre 2015. La France, qui a fait du nucléaire un des piliers de sa politique énergétique depuis les années 1970, apparaît aujourd’hui comme un exemple à plusieurs égards. Les indicateurs objectifs font du nucléaire une filière de production d’électricité sûre, compétitive et durable, et donc un moteur de la transition énergétique, aux côtés des énergies renouvelables. Comme l’indiquait récemment Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, « c'est grâce à l'énergie nucléaire aujourd'hui, à la sécurité qu'elle apporte, que nous pouvons accélérer et faire sereinement la transition énergétique ». Pour autant, la filière nucléaire n’ignore pas les défis qui se présentent à elle en termes de compétitivité, de sûreté et d’acceptabilité : ceux-ci l’obligent à conserver intacte sa capacité d’innovation.
Développer l´énergie éolienne dans un contexte réglementaire mouvant
Par Jean-Marc LECHÊNE
Chief Operating Officer, Vestas Wind Systems A/S
En adoptant une politique volontariste de développement de l´énergie éolienne accompagnée d´un soutien financier conséquent mais pas disproportionné, l´Europe s´est dotée d´une source d’énergie renouvelable désormais compétitive de nature à répondre au défi climatique et qui repose sur une constellation industrielle forte de 250 000 employés en Europe. Afin de poursuivre le développement de cette source d´énergie qui a fourni en 2013 près de 7 % de l´électricité produite en Europe, quatre principaux défis sont encore à relever : fixer la part de l´éolien dans le mix énergétique, optimiser le modèle opératoire des marchés de l´énergie, stabiliser et optimiser le cadre réglementaire et, enfin, consolider l´industrie éolienne.
Biomasse, géothermie, solaire thermique, récupération de chaleur fatale : autant d’opportunités pour l’industrie française
Par Bruno LECHEVIN
Président de l’ADEME
Selon les scénarios prospectifs énergétiques et climatiques « Vision 2030-2050 » élaborés par l’ADEME, l’objectif de placer notre société sur une trajectoire permettant d’atteindre le facteur 4 à l’horizon 2050 se traduirait par une diminution de 50 % de la consommation d’énergie et par le déploiement massif des énergies renouvelables dans les territoires. Parmi ces énergies, l’éolien et le photovoltaïque monopolisent souvent les débats et peuvent nous faire oublier la part prépondérante qu’occupent les autres énergies renouvelables (notamment la biomasse en matière de production de chaleur) dans la fourniture à nos entreprises d’une énergie décarbonnée et compétitive.
Le stockage électrochimique de l’énergie : principes, applications et futurs défis
Par Patrice SIMON
Université Paul Sabatier, Laboratoire CIRIMAT UMR CNRS 5085, Toulouse - France, Réseau sur le Stockage Électrochimique de l’Énergie (RS2E), FR CNRS n°3459
Le stockage électrochimique de l’énergie - les batteries - est devenu aujourd’hui un enjeu sociétal et économique majeur, dont on attend beaucoup de progrès, que ce soit dans le domaine des applications nomades (électronique portable, automobile) ou stationnaires (stockage des énergies renouvelables qui sont, par nature, intermittentes). Cet article fait un point (synthétique) sur les différentes chimies des accumulateurs aujourd’hui disponibles ainsi que sur les matériaux et les systèmes en cours de développement dans les laboratoires de recherche académique et les laboratoires industriels. Dans ce domaine, la France justifie de réelles compétences, notamment en ayant structuré ses efforts de R&D en créant le Réseau sur le Stockage Électrochimique de l’Énergie (RS2E) afin de faire valoir les nombreux atouts dont elle dispose dans ce secteur très compétitif.
La révolution du numérique dans le domaine de l’énergie
Par Jean THERME
CEA
La montée en puissance des énergies renouvelables dans le monde, et en particulier du solaire, modifie profondément les modèles économiques du secteur de l’énergie. Décentralisation des décisions, usagers replacés au cœur des systèmes, autoconsommation, pilotage et gestion de l’énergie dans le bâtiment, nouvelles formes de mobilité, ce sont là autant d’attentes que les technologies du numérique peuvent satisfaire. Alors, numérique-énergie : une convergence naturelle… ou une révolution ? Sûrement une révolution, mais à conduire, en premier lieu, dans les esprits !
Pas de transition énergétique sans réseau intelligent
Par Ian FUNNELL
Président d’ABB France
Modifier nos schémas de production et influer sur la demande d’énergie tout en introduisant de nouveaux usages, cela s’apparente à une équation fort complexe. Les smartgrids (comprenez les réseaux électriques intelligents), indispensables à la réalisation de cette transition énergétique, participeront largement à la résolution de cette équation. Toutefois, porteurs d’une véritable mutation des métiers du secteur énergétique, ils nécessitent de la part des industriels la construction d’une véritable stratégie de développement autour de la transition énergétique. Chez ABB, nous avons la conviction qu’une transition énergétique réussie passera par l’activation de trois leviers, à savoir : l’évolution des comportements des consommateurs, l’encadrement normatif et réglementaire et, enfin, le déploiement de solutions techniques. C’est véritablement autour de ce levier technologique qu’ABB (1), fort de son expertise et de son expérience, peut conseiller les décideurs sur les nécessaires évolutions que devront connaître les réseaux pour permettre cette transition vers un monde durable. (1) Tous les exemples cités dans cet article correspondent à des réalisations du groupe ABB à travers le monde.
Pour la performance des bâtiments, osons l’innovation communicante
Par Carole LE GALL
Directrice générale du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB)
La transition énergétique et écologique pose des défis passionnants à l’ensemble des acteurs du bâtiment et, en premier lieu, à ceux qui vont occuper les logements : nous tous, citoyens-consommateurs-habitants. Quelles offres les acteurs de la construction peuvent-ils nous proposer en réponse à nos attentes ?
A house makeover paid for by your energy bill
Par Jasper van den MUNCKHOF, Ron van ERCK
Director Energiesprong
In the Netherlands, 27 social housing associations (HLM’s) and a group of builders are refurbishing 111,000 houses to Net Zero Energy levels. Net Zero Energy means that the house annually produces the same amount of energy that is used for heating, hot water, lights and electric appliances. Remarkably, the refurbishments take only one week; the builder provides a 40-year guarantee on the energy performance and the refurbishments are done without government subsidies. The best part is: the people living in these houses are very happy with their refurbished new homes. In 2015, these solutions are also brought to the private market. The deal is the same: A Net Zero Energy makeover, with no additional cost for the homeowner. It sounds too good to be true. How was this achieved and could this be done in France?
Hors dossier
In memoriam : Luc OURSEL
Par Jean-Pierre CLAMADIEU
