Avril 2017

sommaire

Responsabilité & Environnement

L'eau douce dans le monde, comment gérer un bien commun ?

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Pierre ROUSSEL

N° 86

Introduction : Pierre ROUSSEL,

Ingénieur général des Ponts, des Eaux et des Forêts, président de l’Office International de l’Eau

Les enjeux liés au régime physique

Agir pour l'eau au sein de la Convention Climat

Par Jean-Luc REDAUD
Président du groupe Eau et Climat du Partenariat français pour l’Eau (PFE), membre de l'Académie de l'Eau

L'Accord de Paris qui a été adopté lors de la COP21 (en décembre 2015) est globalement présenté comme un succès ayant donné un cadre de coopération renforcé et universel pour l’avenir, grâce à son objectif de limiter la hausse des températures à moins de 2°C, à l’engagement des pays participants à s’orienter vers des économies bas carbone résilientes aux changements climatiques, à son affichage d’un plafonnement des émissions de gaz à effet de serre d’ici à la fin de ce siècle, à un ensemble de contributions volontaires des États (INDCs) et de « solutions » proposées par de nombreux acteurs non étatiques et, enfin, grâce à son soutien aux besoins d’adaptation ou de compensation des pertes et dommages, répondant ainsi aux menaces pesant sur les pays pauvres. Mais en dépit du lien indissociable existant entre l’eau et le climat, force est de constater que cette intégration est encore faible dans les négociations et les politiques publiques. L’on a cependant observé une évolution certaine, notamment à l’occasion de la COP21 (à Paris) et de la COP22 (à Marrakech), qui tend vers une meilleure prise en compte de la thématique de l'eau du fait d’une meilleure connaissance des impacts qui nous menacent et, pour beaucoup, de la place grandissante qu’occupent les considérations liées à l'adaptation dans les réflexions des participants aux COP (1). 1) Les considérations exprimées dans cet article sont issues des travaux et des propositions développées au sein du Partenariat français pour l'Eau (PFE). On pourra trouver sur le site du PFE une série d'études et de notes venant en appui des considérations développées dans la suite de l'article.

L’eau, l’alimentation et le climat : revenir aux sources du développement durable

Par Guillaume BENOIT
Membre du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER)

Le changement climatique accroît les besoins en eau de l’agriculture et menace directement la sécurité alimentaire. Dans sa livraison du 19 janvier 2017 *, la revue Nature annonce des baisses de rendement aux États-Unis de 49 % pour le maïs, de 40 % pour le soja et de 22 % pour le blé, d’ici à 2100, en cas d’exposition prolongée à des températures comprises entre 30 et 36°C et pour cause de stress hydrique. L’irrigation y est identifiée comme la solution clé de l’adaptation. Des progrès seront nécessaires partout dans le monde, y compris en France, où les politiques publiques de l’eau et de l’adaptation au changement climatique ne répondent pas à ces enjeux. Nous rappellerons ici les différences de disponibilité en eau, nous soulignerons l’existence d’un déficit de visions et de gestion intégrée des ressources naturelles et nous présenterons quelques solutions émergentes pour un développement durable. Enfin, nous mettrons en lumière les nécessaires mutations à opérer dans les politiques publiques. [* Schauberger et al., “Consistent negative response of US crops to high temperatures in observations and crop models”].

Eau potable : enfin un espoir pour des milliards de personnes !

Par Gérard PAYEN
Conseiller pour l’Eau et l’Assainissement du Secrétaire général des Nations Unies (UNSGAB) de 2004 à 2015

Avoir accès à l’eau potable est une banalité en France métropolitaine. Mais, dans le monde, c’est un enjeu majeur, qui a été longtemps sous-estimé. Peu à peu, les statistiques mondiales deviennent plus précises. Pour des milliards de personnes (près de la moitié de l’humanité), l’accès à l’eau potable n’est pas satisfaisant, les critères du droit de l’Homme à l’eau potable n’étant pas respectés. Les solutions sont d’ordre politique, les principaux freins et obstacles le sont aussi. Des progrès importants sont en cours, mais ils sont insuffisants pour pouvoir résorber les besoins. L’adoption par l’ONU, dans ce domaine, d’un objectif très ambitieux pour 2030 dans le cadre des Objectifs mondiaux de développement durable (les ODD) change le paysage politique mondial. Chaque pays va devoir adapter ses politiques publiques de façon à garantir à toute sa population un accès à l’eau à un niveau bien supérieur à celui qu’ambitionnait l’ONU jusqu’à présent. C’est là l’espoir d’une meilleure vie pour des milliards de personnes. Mais la lenteur du démarrage des actions concrètes n’est pas rassurante. Il ne nous reste plus que quatorze ans pour réussir.

Les eaux souterraines

Par Ghislain de MARSILY
Professeur émérite à Sorbonne Universités (Université Paris VI-Pierre et Marie Curie) et à l’École des Mines de Paris – Institut MinesTélécom

et Mustapha BESBES
Professeur d’hydrogéologie émérite à l’École nationale d’ingénieurs de Tunis Université de Tunis El Manar

L’eau contenue dans le sol et dans le sous-sol constitue la majeure partie de l’eau qu’utilise l’homme. Nous décrirons ici l’occurrence, le renouvellement ou le tarissement de cette ressource au niveau mondial, les menaces dues aux activités humaines qui pesent sur la qualité des eaux, la sécurité intérieure et extérieure des eaux souterraines, ainsi que les mesures visant à préserver celles-ci et leur gestion participative.

L’hydroélectricité, le mariage de l’eau et de l’énergie

Par Yves GIRAUD
Directeur de l’Hydraulique du groupe EDF

L’hydroélectricité est aujourd’hui à la confluence des grands enjeux de l’eau, de l’énergie, de l’environnement et du climat – autant de défis auxquels elle peut répondre positivement, grâce aux nouvelles techniques dont nous disposons aujourd’hui. Si ces différents enjeux sont mal gérés dans le cadre de politiques disjointes, ils peuvent se révéler vite contradictoires entre eux (par exemple, la volonté de développer une énergie renouvelable pour lutter contre le réchauffement climatique et celle de la préservation des espaces naturels et du bon état écologique des cours d’eau). Au contraire, s’ils sont bien gérés et correctement coordonnés par les États et les exploitants, l’hydraulique sera alors appelée à jouer un rôle de premier plan dans le monde, en tant qu’énergie renouvelable apportant sa flexibilité et sa capacité de stocker à la fois de l’eau et de l’énergie.

La biodiversité des milieux aquatiques continentaux en France métropolitaine : état des lieux et menaces

Par Paul MICHELET
Directeur général adjoint de l’Agence française pour la biodiversité

La surface des écosystèmes aquatiques continentaux ne représente que 0,8 % de la superficie totale de la planète, mais elle abrite au minimum 6 % des espèces ayant été décrites à ce jour. Pourtant, la biodiversité aquatique connaît une régression mondiale. En France, seulement 16 % des milieux et des espèces aquatiques et humides d'intérêt communautaire sont dans un état de conservation favorable. Les principaux facteurs d’érosion de cette biodiversité sont non seulement la dégradation des habitats des espèces, notamment par la modification de la morphologie des cours d’eau (rectification du lit, artificialisation des berges, ouvrages transversaux…), mais également les rejets polluants ponctuels et diffus, l’introduction d’espèces exotiques envahissantes, la surexploitation de la ressource et le changement climatique. Si l’effet de ces différentes sources de stress reste difficile à appréhender, la mise en œuvre d’actions de restauration permettant d’agir de façon coordonnée sur plusieurs facteurs donne des résultats encourageants. (1) Remerciements : l’auteur tient à adresser ses plus vifs remerciements aux collaborateurs de l’Onema (désormais intégré à l’AFB), Bénédicte Augeard, Gabriel Melun, Olivier Perceval, Nicolas Poulet, Yorick Reyjol et Anne Vivier, dont l’expertise a contribué de façon déterminante à l’élaboration de cet article.

Les enjeux politiques et sociaux

Water Supply to Big Cities: Training and Development Initiatives Implemented by South Africa’s Largest Water Board: A Focus on the City of Johannesburg (Gauteng province, South Africa)

Par Wayida MOHAMED, Maußeen MILES, Asief ALLI, Poppie SERA and Hendrik EWERTS
Rand Water, Johannesburg (South Africa)

People living in big cities around the world are supplied with potable water through sporadic water supply networks. In South Africa, water is generally supplied uninterruptedly. However, the efficacy of water supply to big cities such as the city of Johannesburg (CoJ) may be destructively impacted due to various challenges the county is currently facing. A major challenge faced by the South African water sector is a shortage of critical water-related skills. South Africa’s largest water board (SALWB) situated in the Gauteng province is implementing a number of training programmes to address the skills shortage challenges. Training and development (T&D) initiatives implemented by SALWB are aimed at capacitating the water sector to ensure sustainable water supply networks. Individuals obtaining qualifications through these T&D initiatives will focus on the full cycle of water supply (e.g. water conservation and water demand management, operation and maintenance of infrastructure as well as the quality of potable water). T&D initiatives discussed in this paper also focus on socio-economic benefits for the country and add meaningful value to the South African water sector.

La crise de l’eau ou la perpétuelle gestion des conflits

Par Léna SALAMÉ
Experte internationale en diplomatie de l’eau

Les ressources en eau et les bénéfices qu'elles apportent sont essentiels à toutes formes de développement. Leur gestion doit être efficace et saine pour que la réalisation de tout objectif de développement durable et d'éradication de la pauvreté soit envisageable. Paradoxalement, les activités de développement ont jusqu’à nos jours mis cette même ressource sous une pression telle que, dans certaines situations, le stress hydrique accentue les tensions sociales et politiques et contribue à l'éruption de conflits plus ou moins violents selon l’échelle géographique de leur survenance. Les outils disponibles pour l’atténuation ou la gestion des conflits liés à l’eau sont nombreux. Mais si tous sont essentiels, ils ne sont pas suffisants. La volonté politique est indispensable pour un changement actuel et réel, alors que le développement des capacités est une condition sine qua non pour la transformation d’un conflit, en profondeur et de façon durable.

Hydro-diplomatie et Nouvelle masse d’eau pour la paix au Moyen-Orient

Par Fadi Georges COMAIR
Président d’honneur du Réseau méditerranéen des organismes de bassin

L’approvisionnement en eau est actuellement une source de conflit sur la rive sud-est de la Méditerranée à cause du contexte géopolitique, de la raréfaction de cette ressource, mais aussi du mode de gestion pratiqué par plusieurs pays de la région. Des exemples concrets de la rive sud-est méditerranéenne ont montré que le risque de conflit est d’autant plus fort que le pays le plus vulnérable du point de vue hydrique, car situé à l’aval du bassin, est le plus puissant sur le plan militaire. Ces pays vivent dans un climat de panique perpétuelle, voire dans une obsession hydraulique, avec la hantise permanente que leur approvisionnement en eau puisse un jour être menacé. Les organisations des Nations unies et de l’Union européenne, ainsi que l’Union pour la Méditerranée (UPM), déploient d’énormes efforts pour trouver des solutions à ces conflits en espérant inverser la situation en faveur d’une coopération régionale et de consolider ainsi une paix permanente entre les pays riverains. Les textes législatifs tels que la Nouvelle stratégie méditerranéenne de l’eau (qui n’a pas été adoptée par les pays membres), les conventions des Nations Unies (1992, 1997) et la Directive-cadre sur l’eau (DCE) de l’Union européenne pourraient constituer des outils importants et fiables permettant de formuler des accords et de signer des traités entre les nations. Mais ils restent rarement utilisés. Les pays riverains exigent généralement des garanties pour des répartitions équitables des ressources entre les utilisateurs et ils préfèrent appliquer le mode de gestion sécuritaire pour les cours d’eau internationaux.

Water and Climate Change Policy: A Brief History for Future Progress

Par Maggie WHITE and John H. MATTHEWS, Karin LEXÉN and Sofia WIDFORSS, Diego J. RODRIGUEZ
Alliance for Global Water Adaptation (AGWA)

For most of the water community today, it seems self-evident that sustainable freshwater resource management is critical to tackling climate change. Reducing greenhouse gas emissions through cleaner energy sources, sequestering carbon from the atmosphere, and enabling effective climate-impact adaptive mechanisms for agriculture, ecosystems, cities, and energy systems cannot succeed without taking into account freshwater resources. In turn, it is also understood that many aspects of climate policy have direct impacts on water management decisions, including national and regional energy and water sharing policies, investment and finance strategies for water, and how water projects and their purposes are framed. Historically, water and climate change have been poorly integrated institutionally, partially due to a lack of appreciation by both the climate and water communities of how deeply the two facets are entwined. In truth, much has been accomplished: institutions and roles in both communities have been evolving, and the outline of a new synthesis is emerging. This article describes in three parts how the water community has evolved over the past two decades in its articulation of water-climate policy and its engagement with the climate change community. (1) This article was initially published by the Global Water Forum, February 2017

Risques environnementaux et risques sanitaires liés à la contamination des eaux

Par Yves LÉVI
Faculté de Pharmacie, Université Paris Sud, UMR 8079 CNRS, Agro-ParisTech

L’Homme a toujours confié à l’environnement la fonction (gratuite) de faire disparaître ou d’éloigner ses rejets indésirables. Cette situation pouvait être envisagée tant que ces rejets étaient (bio)dégradables. Malheureusement, les progrès considérables réalisés par la chimie depuis les années 1950 ont généré une diversité considérable de molécules, dont certaines, quasi indestructibles, ont largement pollué tous les flux d’eau sur notre planète. Les traitements curatifs montrant leurs limites, c’est la protection et la restauration de la qualité des ressources en eau qui doivent désormais être érigées en priorités fondamentales, non seulement pour instaurer un environnement qui soit à même de retrouver une dynamique de vie, mais aussi pour protéger la santé publique.

Les réponses institutionnelles et financières

La gestion de bassin s’impose partout dans le monde pour organiser l’adaptation au changement climatique

Par Roberto RAMIREZ DE LA PARRA
Directeur général de la CONAGUA et président mondial du Réseau international des organisms de bassin (RIOB)

Dans de nombreux pays du monde entier, le changement climatique affecte d’ores et déjà (et affectera de plus en plus) la quantité et la qualité de l’eau douce et les écosystèmes aquatiques, du fait, notamment, de l'intensité et de la fréquence croissante des événements hydrologiques extrêmes, tels que les inondations et les sécheresses. Dans cette perspective, les bassins des fleuves, des lacs et des aquifères sont les territoires naturels où l’eau s’écoule, en surface ou dans le sous-sol : c’est bien à cette échelle particulièrement appropriée que la gestion des ressources en eau et l’adaptation au changement climatique doivent être organisées.

L’adaptation au changement climatique au centre d’une coopération franco-chinoise pour la gestion de l’eau par bassin

Par Chao LIN
Directeur du bureau de la Protection des ressources en eau de la Commission de conservation du fleuve Hai (Chine)

et Gwendal LE DIVECHEN
Chargé de projet Chine à l’Office international de l’Eau

La Chine est confrontée à une sérieuse crise de l’eau que les effets du changement climatique ont d’ores et déjà tendance à aggraver. Le bassin du fleuve Hai (318 000 km²) est, avec ses 130 millions d’habitants, une des zones économiques les plus développées de Chine. Mais une forte urbanisation et une industrialisation croissante entraînent de fortes pressions sur les ressources en eau de cette région du nord-est de la Chine. Afin de prévenir une crise liée à la raréfaction de ces ressources et à une dégradation rapide de leur qualité, le gouvernement chinois a mis en place de nombreuses coopérations internationales dans le but d’améliorer ses méthodes de gestion de l’eau. C’est dans ce cadre que le ministère chinois des Ressources en eau et le ministère français chargé de l’Écologie et du Développement durable ont signé, en décembre 2009, un accord de coopération prévoyant la mise en place d’échanges d’expériences entre les deux pays et un renforcement des compétences de la Chine en matière de gestion intégrée et de protection des ressources en eau dans le bassin du fleuve Hai. Un premier projet pilote portant sur le sous-bassin de la rivière chinoise Zhou (2 100 km²) a vu la mise en place d’un groupe de coordination opérationnel (associant experts chinois et experts français) et la production d’un état des lieux des ressources en eau, d'un plan de gestion de celles-ci ainsi que d'un programme de mesures permettant de répondre aux grands enjeux du sous-bassin considéré. Cette coopération franco-chinoise franchit aujourd’hui une nouvelle étape en s’étendant à une échelle plus significative, celle du bassin du fleuve Luan (55 500 km²).

La gestion du risque inondation par l’État

Par Marc MORTUREUX
Directeur général de la prévention des risques du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer

La France s’est dotée d’une politique de prévention et de gestion du risque inondation très structurée, qui mobilise l’État, ses établissements publics et les collectivités locales pour protéger au mieux les personnes et les biens. L’enjeu est d’autant plus fort que le réchauffement climatique accroît le risque de catastrophes naturelles : la nécessité est désormais de nous adapter aux conséquences d’alternances plus marquées d’épisodes de fortes précipitations et de périodes de sécheresse. La stratégie mise en place par la France en la matière met l’accent sur la prévention : l’ambition, ici, est d’éviter d’accroître l’exposition au risque d’inondation grâce à une politique adaptée en matière d’urbanisme et d’aménagement des territoires, au travers des plans de prévention des risques (PPR). Cette stratégie s’accompagne également de différentes mesures visant à réduire la vulnérabilité des territoires et à développer la culture du risque au sein de la population, c’est ce à quoi concourent les programmes d’actions pour la protection contre les inondations (PAPI). La France s’est par ailleurs dotée de moyens de surveillance et de vigilance météorologiques et hydrologiques performants pour pouvoir anticiper la survenue de crues et prendre les mesures nécessaires en situation de crise.

La prévention du risque d’inondation : faut-il se protéger ou s’adapter ?

Par Stéphanie BIDAULT
Directrice du Centre européen de prévention des risques d’inondation (CEPRI)

Notre territoire national est très fortement exposé aux inondations. La politique de gestion de ce risque s’est longtemps focalisée sur la seule protection, chacun se pensant en totale sécurité derrière des digues. Changer d’approche et de perspective, tels sont les enjeux des prochaines années. Très fragiles, nos villes modernes doivent s’adapter au risque inondation pour acquérir plus de robustesse et être en capacité de se relever, au lendemain de prochains événements climatiques. Il faut apprendre à concilier entre eux tous les axes de notre politique de prévention, comme nous y invitent des outils tels que les programmes d’actions de prévention des inondations (PAPI) et les stratégies locales de gestion des risques d’inondation (SLGRI). Ce n’est qu’au prix de l’investissement de tous les acteurs, tant publics que privés, que nos territoires seront en capacité de faire face. État et collectivités territoriales doivent réfléchir et participer ensemble aux réflexions sur une ville de demain plus apte à faire face au risque d'inondation.

Les services d’eau et d’assainissement en France : un modèle précurseur, aujourd’hui comme hier

Par Bertrand CAMUS
Président de la Fédération professionnelle des Entreprises de l’Eau (FP2E)

Le modèle de l’eau à la française séduit à l’international : gestion locale, transparence des mises en concurrence, expertise, innovation et sur-mesure. En France, le modèle continue à se peaufiner afin de mieux répondre aux nouveaux enjeux des territoires et de gouvernance.

L'eau douce dans le monde. Comment gérer un bien commun ? L’action de l’Europe

Par Michel DANTIN
Député européen

Question éminemment politique, l’eau est depuis longtemps un sujet d’intérêt au niveau de l’Union européenne. En plus de quarante ans, la construction européenne a fait émerger en faveur de la protection de l’eau une politique qui est la plus ambitieuse au monde, à l’échelle d’un continent. La Directive-cadre sur l’eau en est son instrument principal. Confronté aux enjeux du changement climatique et de l’intensification des activités humaines, l’approvisionnement en eau de qualité et en quantité suffisante est menacé dans les décennies à venir. Face à ces défis, l’action de l’Europe s’oriente sur trois objectifs clés : a) améliorer la mise en œuvre des législations européennes sur l’eau en favorisant la coordination entre les acteurs à tous les niveaux de gouvernance ; b) intégrer la politique de l’eau dans les différents domaines de l’économie qui ont un impact sur la qualité de la ressource ; et c) appliquer les principes de l’économie circulaire à l’eau afin d’encourager la prévention, le recyclage et la réutilisation des eaux usées.

Le Conseil Mondial de l’Eau : un enjeu mondial pour une ressource locale

Par Sophie AUCONIE
Gouverneure du Conseil Mondial de l’Eau, co-présidente du Cercle français de l’Eau

Le Conseil Mondial de l’Eau (CME) est une plateforme multi-acteurs ayant pour vocation de porter la voix des acteurs de l’eau au niveau international. Il co-organise les Forums mondiaux de l’eau, de grands rendez-vous internationaux, et il axe actuellement son programme d’actions sur le rapprochement des acteurs au travers d’une hydro-diplomatie active. Aujourd’hui, le Conseil Mondial de l’Eau fait face à de nouveaux défis avec l’adoption des Objectifs de développement durable (ODD), le changement climatique et la multiplication des événements mondiaux dans le domaine de l’eau. Les Forums mondiaux ont permis de faire progresser les sujets de l’eau dans l’agenda international, mais le Conseil doit maintenir ses efforts afin d’augmenter la force politique de l’organisation. Alors que les rencontres de haut niveau se multiplient, le CME doit veiller à ce que ses activités se concentrent sur la protection de l’eau, cette ressource vitale, et sur son intégration dans la mise en œuvre des ODD. Les impacts en termes d’accès à l’eau comme d’assainissement se font et se feront ressentir, à l’avenir, par les populations, directement sur leurs territoires.

L’International Water Association (IWA), l’association des professionnels de l’eau et de l’assainissement

Par Diane d’ARRAS
Présidente de l’International Water Association (IWA)

Née en 1999 de la fusion de deux grandes associations, l’AIDE (Association internationale des distributeurs d’eau) et l’IAWQ ( International Association on Water Quality ), l’ Inte rnational Water Association (IWA) est une association scientifique traitant de l’eau, de l’assainissement et des services associés. L’association compte environ sept mille membres : des associations nationales (qui ont le statut de « gouverneurs »), des membres « c orporat e » publics ou privés et des membres individuels. L’activité scientifique et technique de l’IWA est développée par ses membres au travers de 50 « Specialists Groups ». Elle est ensuite partagée grâce à IWA Publishing, maison d’édition reconnue dans le domaine scientifique, et lors de conférences de grande ampleur, telles que les « World Congresses » et « Development Congresses », ou de conférences plus régionales portant sur des thématiques davantage ciblées. À un moment où l’on constate (enfin !) une prise en compte des problématiques de l’eau sous tous ses aspects au travers de déclarations sur le « droit à l’eau », des « Objectifs du développement durable » et de la mesure de l’impact du changement climatique sur les ressources en eau, l’IWA est l'un des acteurs clés de la mobilisation des professionnels de l’eau, pour apporter et partager les solutions de demain.

Le Partenariat français pour l’Eau : la voix des acteurs français de l’eau à l’international

Par Jean LAUNAY
Président du Partenariat français pour l’Eau

Dans le domaine de l’eau, la France justifie d’une longue histoire, ce qui lui donne une place éminemment reconnue au plan international. Sa culture d’une gestion de l’eau à la fois décentralisée au niveau des bassins versants et concertée avec l’ensemble des usagers intéresse depuis longtemps beaucoup de pays dans le monde. En 2015, la communauté internationale s’est fixé 17 Objectifs de développement durable (ODD). Très ambitieux, ils visent à donner au monde un nouveau souffle d’ici à 2030. Le sixième de ces ODD (« ODD6 », dans la suite de cet article) est consacré à l’eau. Les États sont responsables de la mise en œuvre intégrée de ces objectifs ; c’est à eux qu’il incombe de mettre en place des politiques adaptées. Les décideurs locaux seront, quant à eux, les acteurs en charge de la réalisation des projets répondant à ces objectifs. Ce contexte constitue une formidable opportunité pour la France, sur le plan de ses relations diplomatiques et plus particulièrement de sa diplomatie économique, de valoriser une expérience multi-acteurs unique dans le monde et riche d’innovations. C’est pour mieux se faire entendre à l’échelon international que les acteurs publics et privés français de ce domaine se sont regroupés au sein du Partenariat français pour l’Eau.

Hors dossier

Les ressources minérales des grands fonds océaniques : des enjeux environnementaux majeurs

Par Denez L'HOSTIS
Président de France Nature Environnement (FNE)

Malgré des économies atones, ici et là, la demande mondiale en ressources minérales devrait connaître une très forte croissance dans les vingt ans à venir. Un certain nombre de ces ressources terrestres sont désormais rares ou difficiles à extraire dans des conditions économiques satisfaisantes ; certaines sont même entre les mains de quelques-uns (entreprises monopolistiques, États), sous des régimes parfois dictatoriaux et/ou instables (il en découle une sécurité d’approvisionnement problématique). De fortes tensions sont donc à prévoir pour des ressources qui sont essentielles au développement des économies et à la souveraineté des États. Il est clair que les potentialités sous-marines minérales révélées ces quarante dernières années suscitent un intérêt réel et croissant de la part d’un petit nombre d’acteurs, et ce, dans une très grande indifférence des opinions publiques.

Prix du carbone et compétitivité

Par Fabrice DAMBRINE
Ingénieur général des mines, conseiller d’État en service extraordinaire et président de la section « Innovation, compétitivité et modernisation » au Conseil général de l’Économie

et François VALÉRIAN
Ingénieur général des mines, rédacteur en chef des Annales des Mines et professeur associé de finance au Conservatoire national des Arts et Métiers

La France est en Europe, derrière le Luxembourg, le pays dont les émissions de CO2 d’origine énergétique et industrielle rapportées au PIB sont les plus faibles. Or, un prélèvement financier sur les émissions carbonées diminue à la fois le profit et la production du secteur carboné impacté, ces effets étant d’autant plus marqués que l’accroissement du prélèvement et le degré de carbonation du secteur sont importants. L’exposition du secteur à la concurrence internationale amplifie ces effets tout en réduisant l’impact sur la réduction des émissions carbonées, cet impact pouvant même s’annuler ou s’inverser si les secteurs des pays dont proviennent les importations sont davantage carbonés. Si toutefois des prélèvements sur les émissions carbonées sont décidés pour satisfaire à des objectifs environnementaux, il convient alors de réinvestir dans l’économie l’intégralité des sommes prélevées afin de limiter les effets négatifs des prélèvements.

La revue complète

Digital issues: abstracts

Retour en haut