Juillet 2022
sommaire
Responsabilité & Environnement
Environnement : Face à la longue urgence
N° 107
Introduction : La longue urgence environnementale : un nouvel état pour l’humanité
Par Dominique DRON
Conseil général de l’Économie
et Patricia CORRÈZE-LÉNÉE
Conseil général de l’Environnement et du Développement durable (CGEDD)
La bataille des confrontations à la longue urgence
Se confronter aux limites : les batailles de la longue urgence
Par Alice CANABATE
Sociologue, Docteure de l’Université́ Paris Descartes, chercheure au LCSP de l’Université de Paris
L’écologisation de la société est aujourd’hui manifeste, tout comme semble l’être la nécessité d’agir sans attendre face à une aggravation permanente de la situation de notre planète. Pourtant, nul consensus ne se dégage sur les chemins à emprunter pour parvenir à infléchir la trajectoire sur laquelle nous sommes. Entre les récits continuistes, qui proposent des solutions technologiques, et les récits qui suggèrent la nécessité d’une rupture et dont l’ambition est de promouvoir la sobriété, les écarts en matière de transformations socio-culturelles sont élevés. Face à cette confrontation aux limites, c’est le projet de la modernité qui est, in fine, interrogé. Derrière ces récits sourdent ainsi surtout des batailles d’orientations politiques et des visions du futur divergentes. Nous nous emploierons ici à en esquisser la ligne de fracture au travers de l’exemple de la décroissance, qui loin de contourner les limites, les accepte et se réorganise en conséquence, et celui de la géo-ingénierie, qui incarne, à l’inverse, un techno-enthousiasme réformateur et conçu comme fonction du niveau de progrès attendu par une croissance verte aux ambitions ordonnatrices.
Forêt mixte ou forêt accélérée, deux visions de la gestion forestière face au dérèglement climatique…
Par Pascal YVON
Président de Carbon Forest
et Franck JACOBÉE
Gérant de la SARL Sylvgest
L’évolution des pratiques de gestion sylvicole a toujours été dictée par les besoins de l’homme en matière de construction, de chauffage et de développement des industries. La période actuelle voit apparaître de nouveaux enjeux avec l’importance croissante des questions environnementales, l’évolution de la demande sociétale, les changements climatiques et leurs conséquences sanitaires. Le bois devenant un matériau de plus en plus recherché, la gestion des ressources correspondantes dans un souci de développement durable place la filière forêt-bois au centre du débat. La foresterie doit faire évoluer ses modèles de gestion et le monitoring associé vers des systèmes plus souples, bien adaptés à une intégration de la diversité et plus réactifs face à une évolution rapide des contraintes et des aléas à la fois économiques et climatiques. Nous voulons croire que l’économie forestière et l’écologie continuent d’apprendre à travailler ensemble, pour le meilleur de nos écosystèmes.
Les limites d’une approche technique de la confrontation : analyse de la géo-ingénierie
Par Ilarion PAVEL
Ingénieur en chef des Mines ‒ Conseil général de l’Économie
Les conséquences d’un dérèglement climatique suscitent des propositions de lutte qui impliquent des techniques de plus en plus globales et sophistiquées, notamment la géo-ingénierie. Il s’agit d’un ensemble de technologies qui visent à contrôler le climat terrestre ; elles se déclinent en deux grandes familles : la gestion du rayonnement solaire et l’extraction du CO2 atmosphérique. Ces diverses technologies et l’analyse de leurs limites ont été décrites dans un numéro antérieur de cette revue1. Nous rappelons ici quelques limites et risques de ces technologies et nous présentons quelques réflexions sur les acteurs qui portent ces techniques et sur les exigences de leur gouvernance.
Les imaginaires des Français par rapport aux différentes visions de la longue urgence
Par Philippe MOATI
Professeur d’économie à l’Université Paris Cité
Peut-on imaginer un modèle de société idéal qui soit en mesure de constituer un horizon désirable pour une large fraction de la population française ? Un tel modèle serait-il compatible avec l’urgence écologique ? L’Observatoire des perspectives utopiques a soumis à l’évaluation d’un échantillon représentatif de Français trois modèles de société, trois « systèmes utopiques » : une société techno-libérale, une société écologique et une société identitaire-sécuritaire. La société écologique rassemble une majorité de Français. Les modes de vie et de consommation qui lui sont associés rencontrent l’adhésion d’une large fraction de la population. Pour autant, celle-ci se montre également sensible aux dimensions sécuritaires et souverainistes de la société identitaire-sécuritaire.
La résilience : une technologie du consentement ?
Par Thierry RIBAULT
CLERSE (Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques), CNRS-Université de Lille
Dès les années 1940, la notion de résilience est sortie de son champ d’application originel ‒ la physique des matériaux ‒ pour devenir le couteau suisse thérapeutique de la société industrielle. Il n’existe désormais plus aucune catastrophe, personnelle ou collective, dont certains promoteurs de la résilience ne se saisissent en exhortant chacun à faire de sa destruction une source de reconstruction, et de son malheur une source de bonheur. Selon les partisans de l’accommodation, être résilient signifie non seulement être capable de vivre malgré l’adversité et la souffrance, mais surtout être capable de vivre grâce à elles, de grandir et de s’adapter par la perturbation et la rupture, et de faire acte de foi envers elles. En réalité, cette idée est inapplicable dans beaucoup de situations d’exposition toxique, pathogène ou radioactive. L’analyse critique de ces politiques de résilience appliquées à ce type de désastres – de Fukushima à la constitution d’une mission parlementaire sur la résilience nationale, en passant par l’opération militaire « Résilience » pour mener « la guerre contre l’épidémie de Covid-19 » et la loi « Climat et résilience » –, montre comment elles construisent autour de cette notion1 une sorte de nouvelle « religion d’État ». Elle peut néanmoins être aussi utilisée pour détourner l’attention des causes des désastres vers leurs effets ; pour se défocaliser de l’objectivité de la catastrophe et se concentrer sur la subjectivisation de sa gestion et de sa narration ; pour mettre sous le boisseau des affects supposés négatifs, notamment la peur et la colère, au profit d’une survalorisation de ceux supposés positifs, comme la solidarité et la responsabilité. La résilience n’est donc pas une notion détournée, mais un instrument de détournement : elle devient une technologie du consentement.
Métaphysiques et imaginaires de la longue urgence comme aides à penser le présent et le futur
Les discours de fin du monde dans l’histoire
Par Pierre COUVEINHES
Ingénieur général des Mines honoraire
Indépendamment des justifications scientifiques qui la fondent, la « longue urgence » s’inscrit dans l’interminable liste des discours de fin du monde élaborés par l’humanité tout au long de son histoire. Qu’ils soient d’origine religieuse, philosophique ou scientifique, ou figurent dans des oeuvres de la littérature ou du cinéma, ces discours présentent souvent des traits communs et peuvent être analysés suivant quelques catégories. Certains thèmes, essentiels à certaines époques, semblent disparaître pendant plusieurs siècles, avant de réapparaître sous une forme analogue. L’objet de cet article est de comparer quelques-uns de ces discours en tentant de répondre à ces trois questions : • Qu’entend-on exactement par « fin du monde » ? • Cette fin du monde est-elle définitive ? • Quelles en sont les causes et les modalités ?
Les visions religieuses de l’écologie
Par François EUVÉ
Rédacteur en chef de la revue Études
Écologie et spiritualité, voire religion, vont souvent de pair, paraissant inverser l’idée d’une inéluctable sécularisation de nos sociétés. Dans cette nouvelle topographie, ce n’est pas le christianisme que l’on met en avant, mais plutôt les traditions orientales comme le bouddhisme. Toutefois, si l’écologie est la science des relations, ce sont effectivement ces liens relationnels que l’on voit se tisser entre les divers courants spirituels. Allant à l’encontre des clôtures dogmatiques, la sensibilité écologique montante incite les religions à retrouver le chemin du dialogue.
« Ce ne sera pas un bang, mais un long gémissement » Brèves réflexions sur une catastrophe au ralenti
Par Jean-Pierre DUPUY
Philosophe, professeur émérite à l’École polytechnique et professeur à l’Université Stanford, Californie
Ce que nous devons peut-être craindre le plus, ce n’est pas une grande catastrophe qui mettrait par là même fin aux maux de notre époque par notre disparition, c’est, au contraire, une longue prolongation et une accentuation de ceux-ci selon une spirale descendante. L’adaptation au changement climatique reposera sur l’incroyable capacité des êtres humains à s’ajuster aux pires conditions de misère et d’oppression. Est-ce ce que nous voulons ? Ce type de « catastrophe au ralenti » peut très bien se terminer par un effondrement brusque. On étudie ici le cas où plus l’on se rapproche de ce moment, plus on a des raisons objectives de croire que l’on en est éloigné. On en déduit que les optimistes se doivent d’être catastrophistes, précisément parce qu’ils sont optimistes. Inversement, on a des raisons de penser que l’optimisme « exubérant » manifesté de façon récurrente par les agents de la crise, gouvernants compris, se nourrit d’un catastrophisme qui ne dit pas son nom.
Hollywood et la crise bioclimatique : de Soleil vert à Dune
Par Jean-Michel VALANTIN
Docteur en études stratégiques et responsable de la section « Environment and security » du think tank The Red (Team) Analysis Society
C’est après la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide que le cinéma américain s’approprie les enjeux liés à la sécurité nationale. Depuis les années 1950, ce processus prend également en compte les risques associés aux changements environnementaux. Mais, depuis le début des années 2000, à mesure que les risques socio-environnementaux montent en puissance et sont pris en compte dans le cadre de la sécurité nationale, ces thèmes commencent à dominer le cinéma, qui les popularise. Par ailleurs, les enjeux liés à la « longue urgence » deviennent centraux dans l’univers des séries télévisuelles. Il en résulte une montée en puissance de l’association des enjeux sécuritaires avec ceux bioclimatiques à Hollywood.
Les modèles de société dans les visions de la longue urgence
La biorégion en Île-de-France : une société écologique post-rupture
Par Loïs MALLET
Chercheur et directeur de l’Institut Momentum
et Benoît THÉVARD
Consultant, formateur et enseignant
Imaginer une société écologique à partir d’un territoire emblématique de la société thermo-industrielle, c’est l’ambition du scénario Biorégion Île-de-France 2050. Développé à l’Institut Momentum, le laboratoire d’idées sur les issues de l’Anthropocène, ce scénario permet d’aider à se figurer le gouffre existant entre un présent en train de mourir et un avenir encore en germe. Dans cet article, nous revenons tout d’abord sur le contexte propice à l’élaboration du scénario considéré et sur la démarche prospective de rupture qu’il véhicule en territoire d’incertitude systémique. Puis nous présentons ce scénario en insistant sur la gouvernementalité biorégionale et le mode de vie écologiste. Enfin, nous discutons du rôle actuel du politique face aux incertitudes et aux risques systémiques en vue de favoriser l’émergence des sociétés biorégionales. Plutôt que de succomber aux autoritarismes, il nous semble primordial d’adopter dès à présent des politiques prévoyantes, propres au catastrophisme et favorisant la vie humaine autonome et joyeuse malgré les catastrophes attendues dans les prochaines décennies que nous qualifions de Trente obscures.
Washington, le Pentagone et le changement climatique : culture politique et militaire et pratiques stratégiques
Par Jean-Michel VALANTIN
Docteur en études stratégiques et responsable de la section « Environment and security » du think tank The Red (Team) Analysis Society
Depuis un quart de siècle, l’armée américaine et les nombreuses agences liées à la sécurité nationale des États-Unis développent une culture des risques et des enjeux géopolitiques, stratégiques, opérationnels et tactiques liés au changement climatique. Cette culture est composée de travaux de prospective, de retours d’expérience suite au nombre croissant de chocs climatiques qui impliquent l’intervention de l’armée américaine tant sur le territoire américain qu’en Irak, en Asie-Pacifique ou en Arctique. Cette culture et cette expérience sont partagées de façon constante avec les institutions politiques, en particulier avec le Sénat et la Chambre des représentants, et font émerger une conscience collective et un corpus de connaissances commun à la Défense et à la sécurité nationale et au monde politique américain.
Récits et responsabilités : délibérer des preuves de futurs souhaitables
Par Bernard REBER
Directeur de recherche au CNRS, membre du Centre de recherches politiques (Cevipof) de Sciences Po
Les récits peuvent motiver, représenter des actions et les responsabilités associées. Dans la prospective, les narrations soutiennent la délibération des choix collectifs faits pour le futur. Elles offrent des « preuves de futurs ». Elles ne prédisent pas, mais informent des modèles d’aide à la décision. Ces narrations soutiennent des scénarios pessimistes (apocalyptiques) ou optimistes (eschatologiques), qui sont plus anciens que la collapsologie contemporaine. Elles représentent une polyphonie de responsabilités, que les uns et les autres doivent endosser pour une aventure comme celle d’une transition écologique juste. L’expérience de la Convention citoyenne pour le climat est abordée ici à partir de ces questionnements. Elle n’a pas laissé une grande place aux récits, aux incertitudes, aux querelles sur le futur et à leur évaluation à l’aune de la justice sociale, avec les conflits d’interprétation qu’elle comporte. De plus, d’autres capacités communicationnelles et rhétoriques n’ont pas été mis en oeuvre, alors qu’elles permettent la confrontation critique, la conversation politique et la délibération, et d’arriver à des jugements « tout bien considéré ».
Jugements et institutions en France et aux États-Unis : y aura-t-il demain un droit de la longue urgence ?
Par Corinne LEPAGE
Avocate et femme politique, présidente du parti écologiste Le Rassemblement citoyen – Cap 21
Les défis écologiques et, en particulier, le dérèglement climatique, sont des sujets de plus en plus saisis par le droit. La longue urgence, c’est-à-dire l’effet à très long terme mais irréversible, impose un traitement urgent. Le droit s’accommode mal non seulement de l’incertitude sur le long terme qui rend difficile l’établissement du lien de causalité, mais aussi de l’irréversibilité, surtout si celle-ci dépasse la durée de vie humaine. Ce constat explique l’apparition de concepts nouveaux, comme le principe de précaution, et la montée en puissance de la probabilité en lieu et place de la certitude. Ces difficultés transparaissent dans la jurisprudence française récente, comme les affaires de la Faute-sur-Mer, de l’immeuble dit « Le Signal » ou encore l’incinérateur de Maincy. Trois affaires qui ont conduit à des évolutions notables de la jurisprudence. Le droit n’est pas le seul à être interpellé par ce sujet de la longue urgence, puisque les institutions politiques s’interrogent également sur le point de savoir si les démocraties ont la capacité de répondre à cet enjeu vital. Si une réponse positive est envisageable, elle ne le sera que si la recherche de justice dans la répartition de l’effort, une démocratie plus implicative, plus participative à tous les niveaux et, enfin, un nouvel imaginaire deviennent les nouveaux fondements d’une vie démocratique renouvelée. De profondes transformations sont déjà en cours avec l’apparition de déclarations de droit souple, comme la Déclaration universelle des droits de l’humanité, et le développement d’une justice climatique qui va jusqu’à reconnaître le droit des générations futures.
Quelques acteurs de la longue urgence
L’assurance au défi de la « longue urgence »
Par Jean-Louis BANCEL, Roland NUSSBAUM
Président de la Fabrique d’assurance
Secrétaire général de l’AFPCNT et conseiller spécial Risques climatiques de France Assureurs Les besoins sociétaux au regard des services d’assurance vont croissant et exigent l’engagement collaboratif des acteurs dans un système intégré de gestion des risques. Ainsi, l’affirmation croissante d’une longue urgence du point de vue de l’assurance vient en réponse aux enjeux de société relatifs au climat et à l’environnement. Ils s’accompagnent de dispositifs de gestion des risques associant différents acteurs, publics et privés, au bénéfice d’une meilleure assurabilité. Pour accroître cette dernière, le secteur de l’assurance expérimente des adaptations et envisage des modifications de ses bases techniques. Cela amène à envisager pourquoi et comment l’assurance est impactée. Cela va-t-il conduire à la résorption progressive de la capacité d’intervention de l’assurance, ou à l’émergence de nouveaux paradigmes en matière assurantielle ?
La Red Team Défense : quand la science-fiction permet aux armées françaises d’explorer le futur
Par Marie ROUSSIÉ
Ingénieure de recherche ‒ Projet Red Team Défense
Cédric DENIS-RÉMIS
Vice-président de l’Université PSL
et Jean-Baptiste COLAS
Agence de l’innovation de Défense
Agir demain s’écrit au présent pour de nombreuses organisations. Une temporalité anticipée particulièrement vive au niveau du ministère des Armées qui doit répondre à l’impératif de défense de la Nation, tout en respectant un cycle long d’ingénierie et la contrainte de la planification militaire. Mais regarder vers le futur est un exercice délicat et les erreurs de projection sont légion. Conscient de ces difficultés, le ministère des Armées s’est doté depuis 2020 d’un programme de recherche original : la Red Team Défense. Au coeur de ce projet se trouve un commando d’un nouveau genre composé exclusivement d’auteurs, de scénaristes et d’illustrateurs de science-fiction. Ces différents intervenants ont la mission sérieuse d’imaginer des scénarios d’adversité pour la France et de menace pour ses intérêts à horizon 2030-2060. L’objectif est de bousculer les armées pour conduire aujourd’hui les discussions nécessaires à la gestion des urgences de demain.
Feux de forêt et réchauffement climatique : la Sécurité civile face aux « méga-feux »
Par le lieutenant-colonel Luc MAHLER
Conseiller en matière de sécurité civile et de gestion de crises auprès d’organisateurs d’événements sportifs internationaux
Les feux de forêt et d’espaces naturels surviennent depuis quelques années sur tout le territoire. Les flammes ravagent des surfaces de plus en plus étendues, attisées par la chaleur, la sécheresse ou une tempête. On constate notamment une augmentation des incendies de végétation en période hivernale. Les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) sont fortement concernés par le réchauffement climatique et, d’après une étude de l’Agence européenne pour l’environnement, les feux d’espaces naturels, et donc la sollicitation des « soldats du climat », vont devenir encore plus importants. Ce phénomène inéluctable exige l’adaptation de la réponse capacitaire des SDIS, dans une collaboration étroite entre l’État et les élus locaux, ainsi que la formation et la mobilisation de tous les acteurs de la Sécurité civile, en y incluant les citoyens au travers d’actions de sensibilisation. Face à la multiplication de ces crises naturelles, et dans un but d’entraide avec les autres pays du Bassin méditerranéen également touchés par ce phénomène, la France demeure un acteur majeur de la coopération européenne en la matière.
Les Pays-Bas face à la montée des eaux : quelle stratégie pour le long terme et comment répondre aux différents enjeux ?
Par Robert SLOMP, Yann FRIOCOURT
Tous deux en fonction à la Rijkswaterstaat, une agence du ministère néerlandais chargée des infrastructures et de la gestion de l’eau
Malgré leur longue histoire en matière de protection contre les inondations, les Pays-Bas se retrouvent, comme d’autres pays, confrontés aux défis du changement climatique et de l’accélération de la montée des eaux. À quoi faut-il se préparer ? Comment ? Jusqu’à quand pourra-t-on retarder les décisions et à partir de quand deviendront-elles inéluctables ? Comment faire pour que les solutions prises aujourd’hui ne deviennent pas la cause des problèmes d’après-demain ? La stratégie néerlandaise actuelle est basée sur la prévention des inondations grâce aux digues, aux dunes et à divers ouvrages d’art. Mais les premiers éléments de l’accélération de la fonte des glaciers en Antarctique posent la question de la pérennité de cette stratégie. C’est donc dès maintenant que la société néerlandaise doit prendre des décisions difficiles qui vont l’engager pour les cent prochaines années. Comment gérer ces enjeux sur le long terme quand l’économie et le développement urbain exigent des résultats à court terme ?
Y a-t-il un apprentissage des catastrophes pour la longue urgence ?
Le(s) temps des catastrophes nucléaires
Par Franck GUARNIERI
Directeur de recherche à Mines Paris ‒ PSL
et Aurélien PORTELLI
Enseignant-chercheur à Mines Paris ‒ PSL
Les accidents nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima ont donné lieu à des interprétations que nous proposons de décrypter au prisme des conceptions du temps. Selon l’hypothèse soutenue, la question du rapport au temps se révèle essentielle pour saisir le sens accordé à ces catastrophes. En Occident, Tchernobyl et Fukushima ont suscité des constructions imaginaires qui renvoient à une conception linéaire du temps. Au Japon, l’interprétation de Fukushima s’inscrit en partie dans cette temporalité, sans pour autant épuiser l’imaginaire temporel dans lequel est saisie la catastrophe, qui s’ouvre sur une idée de renaissance, se référant ainsi à une conception cyclique du temps.
Hors dossier
Adapter les villes : Paris à l’épreuve du dérèglement climatique
Par Celia BLAUEL
Adjointe de la Maire de Paris en charge de la Transition écologique, du Climat et de l’Eau (2014-2020), de la Prospective Paris 2030, de la Résilience et de la Seine (2020-2021), rêveuse et experte du monde de demain
En 2015, Paris a été l’une des premières villes au monde à adopter une stratégie d’adaptation. Pour la Capitale, il s’agit de renforcer sa stratégie climatique, de viser tant les objectifs d’atténuation, indispensables pour être à la hauteur de l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, que ceux d’adaptation aux effets du dérèglement climatique qui sont désormais perceptibles à l’échelle de l’Île-de-France. Sur la base d’une vaste étude relative aux « vulnérabilités et robustesses de Paris face au dérèglement climatique et [à] la raréfaction des ressources naturelles », la Capitale a bâti sa stratégie. Elle est devenue un pilier de la transformation de la Ville lumière. Elle repose sur trois axes : la refonte de la vision urbaine, la sécurisation des circuits d’approvisionnement et le rôle à jouer par les citoyens en la matière.
