Octobre 2022

sommaire

Responsabilité & Environnement

Premiers enseignements de la crise sanitaire

Numéro complet

N° 108

Introduction :

Par Jean-Luc LAURENT
Ingénieur général des Mines honoraire

et Xavier GUCHET
Université de technologie de Compiègne

Les aspects biologiques et médicaux

Propos introductifs au chapitre « Les aspects biologiques et médicaux »

Par Jean-Luc LAURENT
Ingénieur général des Mines honoraire

Développement des vaccins : un « avant » et un « après » Covid ?

Par Bruno DONINI
Responsable des Politiques publiques pour Sanofi

Des vaccins contre le Covid ont été développés en moins d’un an. Comment a-t-on pu aller aussi vite ? Comment et sur quelle durée sont développés les vaccins en temps normal ? Processus complexe et encadré par de nombreux textes européens et nationaux, mais aussi régi par un ensemble de bonnes pratiques, la mise au point d’un vaccin est une opération longue et coûteuse. Cette approche prudentielle permet de garantir une bonne tolérance aux vaccins et leur efficacité. Mais il est désormais nécessaire de rationaliser les exigences administratives et réglementaires pour pouvoir mettre ces vaccins à la disposition de la population dans de meilleurs délais.

Pandémie de Covid-19 : contribution de la métrologie à l’évaluation de l’efficacité de filtration des masques de protection

Par François GAIE-LEVREL, Alexandre BESCOND, Axel FOUQUEAU, Tatiana MACÉ, Sophie VASLIN-REIMANN
Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE), Paris

En 2020, la communauté scientifique et l’Organisation mondiale de la santé confirmaient le risque de transmission aérienne du coronavirus Sars-CoV-2. En raison de la pénurie mondiale de masques, plusieurs pays ont introduit de nouveaux types de protection. Dans ce contexte, la Commission européenne a identifié le besoin urgent d’harmoniser les exigences en la matière, notamment en termes de performances de filtration et de confort associées au port du masque. Un guide de l’Afnor et un guide européen CEN ont alors été élaborés ; et, en lien avec les demandes des pouvoirs publics français formulées pendant le premier confinement, en 2020, le LNE a été mobilisé afin de répondre à la question centrale de l’efficacité des masques de protection apportant en la matière toute son expertise en métrologie des aérosols. Pour ce faire, une plateforme expérimentale a été développée en un temps record pour évaluer l’efficacité de filtration de différents types de masques de protection. Ce nouveau moyen d’essai permet, depuis le début de la crise, d’accompagner les pouvoirs publics, les industriels et les importateurs dans la qualification des masques FFP2, chirurgicaux, barrières et grand public. Dans cet article, nous présentons le banc expérimental développé par le LNE pour réaliser les mesures d’efficacité de filtration des masques barrières et grand public, ainsi que les comparaisons inter-laboratoires organisées dans ce cadre. En termes de perspectives, des axes d’amélioration du contexte normatif associé à chaque type de masques sont également présentés.

Crise de la Covid-19 : les professionnels des établissements de santé en souffrance

Par Alicia FOURNIER

Héloïse HALIDAY
Laboratoire de psychologie (Psy-DREPI) de l’Université de Bourgogne Franche-Comté, Dijon

Christine BINQUET
Inserm CIC 1432, CHU Dijon-Bourgogne de l’UFR des sciences de santé, Dijon

Jean-Pierre QUENOT
Service de médecine intensive-réanimation du CHU Dijon-Bourgogne, France-Équipe Lipness du centre de recherche INSERM UMR1231 et LabEx LipSTIC de l’Université de Bourgogne Franche-Comté, Dijon

et Alexandra LAURENT
Laboratoire de psychologie (Psy-DREPI) de l’Université de Bourgogne Franche-Comté, Dijon,

Alors que l’infection au Sars-CoV-2 s’est rapidement propagée au niveau mondial, on a assisté à une mobilisation massive des établissements de santé pour accueillir l’afflux important de patients. La majorité des recherches ayant étudié l’impact psychologique de la crise sanitaire dans les établissements de santé se sont centrées sur les professionnels de première ligne. Mais, dans les faits, c’est l’ensemble des professionnels qui ont été affectés. Dans cet article, nous proposons d’effectuer une mise au point sur le vécu de ces professionnels dans les établissements de santé durant les premiers mois de la crise de la Covid-19. L’objectif de notre étude était d’identifier les facteurs de stress spécifiques, mais aussi communs à chacune des professions, en nous basant sur le discours de ces professionnels.

Troubles chimiosensoriels causés par la Covid-19 : effets à long terme et piste d’une solution

Par Coline ZIGRAND,, Sarah BROSSE,, Nouhaila BOUGUIYOUD,, Simon BÉRUBÉ,, Nicholas BUSSIÈRE, Johannes FRASNELLI
Département d’anatomie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (Canada)

Les symptômes de la Covid-19 tels que la toux, la fièvre et l’essoufflement se résorbent généralement quelques jours après l’infection. Une récente étude de notre laboratoire de recherche en neuroanatomie chimiosensorielle (Québec, Canada) a investigué les effets à long terme de la Covid-19 sur les sens chimiques (odorat, goût et système trigéminal). Nos résultats soulignent qu’environ un an après avoir été infectés par la Covid-19, les participants rapportent encore souffrir de troubles chimiosensoriels.

Évolution de la gestion des crises sanitaires dans l’après-Covid-19

Par le Dr Clément LAZARUS, le Pr Jérôme SALOMON
Direction générale de la Santé, ministère de la Santé et de la Prévention

La fréquence des crises majeures ayant un impact sanitaire augmente. Leur complexité et leur intensité s’accroissent. La crise liée à la pandémie de Covid-19 a été particulièrement exceptionnelle par sa sévérité et sa durée. Si la gestion de l’incertitude a représenté un challenge majeur du début de crise, les solutions apportées par la suite ont fait appel à de multiples innovations technologiques et organisationnelles. Le grand enjeu de l’après-crise sera d’assurer la transmission des savoirs et savoir-faire acquis durant la crise au travers de l’établissement d’une véritable culture institutionnelle de la préparation aux crises.

Le numérique et les données

Propos introductifs au chapitre « Le numérique et les données »

Ingénieur général des Mines honoraire

Mésinformation et comportements en santé dans le contexte de la pandémie de Covid-19

Par Edmond BARANES,, Marlène GUILLON, Pauline KERGALL
Montpellier Recherche en économie (MRE), Université de Montpellier

Le développement d’Internet et des réseaux sociaux a facilité la diffusion de l’information, mais il a également contribué à la polarisation des communautés en ligne, favorisant ainsi la propagation des théories complotistes. La crise de la Covid-19 a en particulier conduit à une « infodémie », c’est-à-dire à une surabondance d’informations rendant difficile l’identification des informations fiables, la circulation de fausses informations ayant parfois des conséquences sanitaires dramatiques. Plusieurs études ont mis en avant une association négative entre croyances conspirationnistes et adhésion aux mesures de protection adoptées face à la Covid-19. La lutte contre la mésinformation apparaît donc cruciale, en particulier en période de pandémie. Elle nécessite que le régulateur public travaille en collaboration avec les plateformes digitales et les médias sociaux, au vu des enjeux financiers pour ces derniers, afin de trouver des solutions pérennes pour limiter la circulation des fausses informations.

Mesure, estimation et représentations de la Covid-19

Par Éric GUICHARD
Maître de conférences HdR à l’Université de Lyon et chercheur au laboratoire Triangle de l’ENS de Lyon et du CNRS, et de l’IXXI

et Patrice ABRY
Directeur de recherche au CNRS et chercheur au laboratoire de physique de l’ENS de Lyon et de l’IXXI

Comme nombre de chercheurs, nous avons mis nos savoirs au service de la lutte contre la Covid-19. Dès février 2020, nous avons produit des graphiques quotidiens afin de comparer l’évolution de la pandémie selon les pays. Nous avons aussi fédéré un réseau scientifique qui élaborait et documentait des analyses pertinentes. Ensuite, nous avons conçu un outil qui estime au mieux le taux de reproduction de la pandémie dans les pays du monde et dans les départements français, en n’utilisant que le nombre des infections quotidiennes observées dans chaque territoire. Disposant de données de qualité limitée, notre modèle s’est focalisé sur la correction des erreurs, via des méthodes dites de « problèmes inverses ». Bien qu’il ne permette d’estimer que le taux de reproduction du jour, notre outil permet une évaluation de tendance à court terme. Enfin, pour analyser au mieux l’évolution spatiale et temporelle de la pandémie, nous avons réalisé une carte animée et interactive intégrant la production de graphiques permettant la comparaison entre deux pays. Nous concluons cet article en abordant quelques pistes épistémologiques.

Crise de la Covid-19, démocratie et intelligence collective

Par Benoît DUCHEMANN
Laboratoire SPHere, UMR7219 de l’Université de Paris

La pandémie de la Covid-19 qui sévit depuis le début de l’année 2020 a constitué un véritable défi pour les organisations de santé tant nationales qu’internationales. Face à la diffusion fulgurante du virus, ces organisations se sont vu imposer une démarche de management de crise nécessitant le développement et la mise en oeuvre de réponses sanitaires innovantes. Au-delà de la nature même des inventions ainsi mises en oeuvre, il y a eu une articulation spécifique de l’intervention des différentes infrastructures scientifiques, industrielles et politiques, rendant possibles leur émergence et, in fine , la gestion et la maîtrise de la crise. Dans cette temporalité particulière, la décision politique s’est explicitement appuyée sur un discours officiel de légitimation scientifique. Elle a néanmoins aussi constitué un processus de confiscation de la chose publique, s’affranchissant implicitement de la délibération démocratique et de la transparence qui lui sont pourtant nécessaires, jetant finalement un doute sur les modalités de l’articulation entre l’industriel et le politique et sur son objectivité, et un voile sur ses biais éventuels. En avril et mai 2021, parallèlement à l’action publique, une collaboration entre le MIT Center for Collective Intelligence (MCI), le Community Biotechnology Initiative at MIT Media Lab et le laboratoire pharmaceutique Merck a permis de lancer une expérience d’intelligence collective auprès de plus de 200 experts en sciences, santé publique et politiques publiques pour répondre aux défis de santé qui avaient pu émerger lors de la pandémie, en particulier celui de l’infodémie qui a donné lieu à une véritable crise de légitimité de la gouvernance de la santé publique. Si ce projet innovant propose un procédé hybride d’optimisation de la décision publique, les conditions de sa prétention à la vérité semblent exagérées. Outre l’opacité épistémique dans laquelle les recommandations sont formulées, le défaut de transparence des motivations et de rationalité des actions engagées entrave cette technique managériale dans sa capacité à lutter contre une infodémie et à rétablir un équilibre explicite entre principes démocratiques de justice et efficacité de la gouvernance publique.

Intérêt et limites de la modélisation en matière de gestion des épidémies

Par Laura TEMIME
Professeure, Laboratoire MESuRS, Conservatoire national des Arts et Métiers

Les modèles mathématiques sont très utiles pour bien comprendre et gérer le risque épidémique, comme l’a illustré leur usage lors de la pandémie de Covid-19. Utilisés depuis plus d’un siècle, ils permettent, en proposant une simplification de la réalité informée par des données, d’explorer une large gamme de scénarios hypothétiques. Cependant, leur bonne utilisation pour aider à la décision en santé publique suppose un travail en interaction avec les acteurs de terrain, la prise en compte des incertitudes et un effort de communication.

Intelligence artificielle et Covid-19, ou les limites du « solutionnisme technologique »

Par Nicolas BRAULT
Enseignant-chercheur en histoire et philosophie des sciences, Interact UP 2018.C102, Institut polytechnique UniLaSalle

Dès le début de la pandémie de Covid-19, le recours à l’intelligence artificielle et aux données massives apparaît aux yeux de nombreux scientifiques et responsables politiques dans le monde comme la solution ultime pour gérer la pandémie et ses conséquences. Or, après plus de deux ans et quelque quinze millions de morts, l’intelligence artificielle n’a pas tenu ses promesses. En réalité, elle ne pouvait pas les tenir, et ce pour deux raisons : d’abord, en raison de problèmes liés à la validité des données et de leur traitement algorithmique, et au risque de biais inhérent aux données massives ; ensuite, du fait que le paradigme épidémiologique de la pandémie n’est pas le bon, et qu’il convient de lui préférer celui de la « syndémie », la pandémie reflétant les inégalités économiques et sociales tout en les aggravant. Ainsi, ni une solution purement biomédicale ni une solution purement technologique ne peuvent fonctionner : il faut adopter une approche biosociale qui permet aux sociétés de vivre avec le virus, tout en protégeant les populations les plus vulnérables.

Organisation et monitoring des capacités hospitalières en période de crise

Par Thierry GARAIX,, Camille BREEN,, Mohamed El Habib MESSABIS, et, Raksmey PHAN
École des mines de Saint-Étienne

Le présent travail scientifique propose un outil d’aide à la décision pour accompagner la gestion stratégique de la capacité hospitalière en situation de crise similaire à celle de la Covid-19. Cette pandémie a mis en évidence le manque de préparation des systèmes de santé du monde entier, dont le système de santé français. En suivant les projections de l’évolution de la pandémie tout au long d’un horizon temporel déterminé, il s’agit pour nous de proposer une politique d’activation et de désactivation dynamique des ressources exceptionnelles dégagées par les établissements de santé pour prendre en charge le flux massif de patients généré par la crise. Définir une politique de gestion paraît inéluctable pour éviter toute surchauffe du système et une pause trop longue dans les activités médicales non liées à la crise sanitaire en cours, car les organisations hospitalières ont besoin de planifier à l’avance leurs déploiements importants de capacités. Ces travaux s’appuient sur des prévisions épidémiologiques et a su tenir compte du niveau de confiance accordé à ces prévisions. Nous avons focalisé notre étude sur les lits ouverts en réanimation qui exigent de mobiliser toute une série de ressources à aligner sur les capacités disponibles.

Les mentalités et les idées

Propos introductifs au chapitre « Les mentalités et les idées »

Par Xavier GUCHET
Université de technologie de Compiègne

La Covid-19 et ses impacts psychologiques

Par Alexis VANCAPPEL,, Eline JANSEN, Wissam EL-HAGE
Clinique psychiatrique universitaire du CHRU de Tours

Dans cet article, nous abordons l’impact psychologique de la pandémie de Covid-19. Cette pandémie a en effet entraîné un bouleversement de nos modes de vie depuis le 11 mars 2020. Pour limiter la circulation du virus, tous les gouvernements ont pris diverses mesures de confinement avec, de facto, des conséquences individuelles, sociales, culturelles, économiques, environnementales… et psychologiques. Ces changements ont entraîné une perturbation de la santé mentale au sein de la population générale, et plus particulièrement auprès de certaines catégories de la population : les enfants, les adolescents, les étudiants, les professionnels de santé et les patients souffrant de troubles psychiatriques. Nous avons ainsi observé dans ces groupes de personnes une augmentation significative des symptômes anxieux, des symptômes thymiques et des idéations suicidaires.

Que nous disent les réticences du public à l’égard des vaccins contre la Covid-19 des rapports ordinaires à la science ?

Par Jeremy K. WARD
Chargé de recherche à l’INSERM (CERMES3) et membre de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de la santé

En France, l’épidémie de Covid-19 est survenue après une décennie de débats autour des vaccins. De nombreuses études ont montré que les réticences à l’égard des vaccins étaient particulièrement répandues dans notre pays. Ces réticences ne constituent pas seulement un enjeu de santé publique, elles ont aussi été au coeur des débats récents autour de l’évolution des rapports ordinaires à la science. Dans cet article, nous présentons l’état des connaissances au sujet des réticences affichées à l’égard de la vaccination contre la Covid-19. Que cela nous dit-il sur les rapports ordinaires à la science ? Nous verrons que cela pousse à prendre des distances vis-à-vis de certains lieux communs actuels relatifs à la défiance à l’égard de la science.

Le conseil scientifique Covid-19 : une approche épistémologique

Par Stéphane TIRARD
Centre François Viète d’épistémologie et d’histoire des sciences et des techniques de l’Université de Nantes

Le conseil scientifique Covid-19 a été mis en place le 10 mars 2020 pour permettre « au gouvernement de disposer des dernières informations scientifiques afin de l’aider dans ses décisions. » Dans les avis et les notes produits par cette instance, les modalités de l’argumentation et de l’administration de la preuve montrent des spécificités qui appellent une analyse. Elles semblent adaptées à leurs conditions d’élaboration et à la destination de ces textes. Il s’avère que deux niveaux de preuves sont simultanément mobilisés : le premier est constitué par les preuves puisées dans la littérature scientifique et dans des rapports, il est directement fondé sur des données scientifiques. Le second, plus rhétorique, est celui de l’organisation et de la formulation d’un discours de justification visant à prouver la justesse et la cohérence des propres propos du conseil. Dans le présent article, nous proposons de souligner les tensions épistémologiques engendrées par cette double nécessité.

L’autonomie stratégique de la France pour le médicament passe par l’Europe

Par Philippe LAMOUREUX
Directeur général du Leem

Sujet souvent ignoré avant la crise du Covid, la question de la « souveraineté sanitaire » a été largement popularisée, au point de prendre une place centrale dans les débats publics lors de la campagne présidentielle 2022 : une prise de conscience salutaire après des années de régulation économique du médicament en France qui a poussé les entreprises pharmaceutiques à délocaliser. Désormais, la nécessité d’une autonomie stratégique est indiscutable, mais il reste à en définir les contours précis. Peut-on vraiment assurer une autonomie totale en termes de médicaments à l’échelle de notre seul pays ?

La surveillance épidémiologique comme outil de la gouvernance des risques : le cas de la Covid-19

Par Saliha HADNA
Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication (Laboratoire CERTOP ‒ UMR 5044 ‒ Toulouse II & III, Université Paul Sabatier, Université Jean Jaurès, CNRS)

En France, depuis deux ans, les médias ne cessent de diffuser les chiffres des contaminations et des décès liés à la Covid-19, produisant un effet paradoxal en suscitant la crainte, tout en rendant ces drames singuliers (Pujol et al ., 2020). Une surveillance épidémiologique a été mise en place par Santé publique France (SPF), dès mars 2020. Les mesures gouvernementales qui se sont appuyées sur ces chiffres ont fait l’objet de nombreuses critiques (Mucchielli et al ., 2020), voire d’une défiance (Idelson, 2021). L’urgence a placé au second plan un problème majeur : l’évolution des maladies chroniques (Jornayvaz et Wojtusciszyn, 2021), notamment du cancer. Or, certains cancers, comme celui du pancréas, ont eu un taux d’incidence en hausse entre 2010 et 2018, le cancer restant la première cause de mortalité en France. Dans cet article, nous nous intéresserons d’abord au dispositif de surveillance épidémiologique de SPF. Nous analyserons ensuite la manière dont les experts ont été mobilisés lors de cette crise sanitaire. Enfin, nous montrerons que cette gestion de crise a été construite sur une approche court-termiste, dans la mesure où la déprogrammation des opérations jugées « non urgentes » pour donner la priorité aux soins Covid-19 par rapport aux soins liés au cancer n’a pas permis d’anticiper la prochaine vague de surmortalité par cancer pourtant annoncée par plusieurs études médicales.

L’accès à l’eau en temps de crise sanitaire : le service public à l’épreuve de la Covid-19 en Guyane

Par Priscilla THÉBAUX et Damien DAVY
Laboratoire Écologie, évolution et interactions des systèmes amazoniens (CNRS-Université de Guyane-IFREMER)

et Agathe EUZEN
CNRS (LATTS) et Institut Écologie et environnement du CNRS

Pour permettre aux habitants des quartiers informels de respecter les gestes barrières, les autorités publiques guyanaises ont mis en place un dispositif gratuit d’accès à l’eau potable. Dans un contexte de manque d’accès chronique à cette ressource essentielle, nous questionnons les enjeux multiples auxquels ce dispositif vient répondre et son impact dans la construction du service public en Guyane. Notre enquête exploratoire a été menée, en 2020, auprès d’habitants et d’acteurs en charge du service considéré. Nous montrons comment, dans ce contexte d’urgence, les acteurs « classiques » du service public ont joué un rôle secondaire, laissant la place à de nouveaux acteurs. Aussi, la mise en place du dispositif revêt une forme singulière dépendant de choix techniques et politiques. Dans les usages, il répond aussi à des enjeux pratiques et symboliques. Si le point de départ de son installation est la lutte contre la propagation du virus, il doit désormais s’insérer dans les logiques propres au service public d’eau potable.

Covid-19 et nouveaux mécanismes de régulation économique

Par Olivia CHEVALIER
Docteur en philosophie et enseigne notamment à l’IMT-BS, à l’École des Ponts et à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye

Nous aborderons dans cet article divers aspects de la crise sanitaire sous l’angle économique. D’abord, dans un contexte d’incertitude radicale non réductible à des risques probabilisables, cette crise spécifique a donné lieu à un fort investissement public dans tous les domaines, faisant apparaître une nouvelle fonction régalienne, selon les mots du prix Nobel d’économie Edmund Phelps, celle d’« assureur systémique ». Puisque la crise sanitaire a mobilisé les données de santé, nous nous concentrerons sur la numérisation du secteur de la santé français, dont les failles, pointées de longue date par les professionnels, syndicats et associations, ont été à nouveau mises en lumière par la pandémie (notamment, le retard relatif du secteur en matière d’’intégration massive de l’IA). Il en résulte des difficultés relatives à ce qui est, de facto , une extension du pouvoir étatique dans le domaine économique, donc dans la société civile, et aux modes de financement de l’État-assureur, dont un des effets les plus patents et inquiétants est le piège inflationniste.

Vivre le décès d’un proche en temps de pandémie

Par Chantal VERDON

Josée GRENIER
Université du Québec en Outaouais

Jacques CHERBLANC, Chantale SIMARD, Christiane BERGERON-LECLERC et Danielle MALTAIS
Université du Québec à Chicoutimi

Emmanuelle ZECH
UCLouvain, Belgique

et Susan CADELL
Renison University College (affiliée à l’Université de Waterloo)

La pandémie suscite de nombreux questionnements liés au phénomène du deuil, où les circonstances entourant le décès d’un proche sont une source de connaissances extrêmement importantes et inédites permettant de mieux saisir l’importance des événements entourant un tel malheur. Une étude québécoise s’est intéressée à l’expérience de personnes ayant perdu un proche pendant la pandémie. Trois thèmes émergent de cette étude qui s’appuie sur des données qualitatives : le temps laissé ; le sens donné à cette épreuve ; et l’attitude du personnel soignant. L’étude livre des témoignages sur ce qui peut influencer les trajectoires du mourir et du deuil. De ces circonstances chaotiques et imprévisibles, les personnes endeuillées peuvent quand même y donner un sens quand elles peuvent poser des actes concrets : faire leurs adieux ; voir une dernière fois le défunt ; procéder à des rituels significatifs et recevoir une attention empreinte d’humanisme.

Tirer les leçons de la crise du Covid-19 pour mieux gérer les prochaines

Par Sylvie ZNATY
Professeur titulaire de la chaire de prévention des risques professionnels et environnementaux et laboratoire de modélisation et surveillance des risques sanitaires (MESuRS), Cnam Paris

et William DAB
Professeur émérite du Cnam (MESuRS) et professeur associé à l’Institut catholique de Paris

La pandémie de Covid-19 a provoqué une crise globale qui préfigure les situations de risques systémiques auxquelles il faut s’attendre à l’avenir. La gestion de cette crise a comporté des points forts et des points faibles qui peuvent servir à mieux se préparer aux crises du futur pour en limiter les impacts. Dans cet article, nous discutons les éléments scientifiques, décisionnels, organisationnels et opérationnels qu’il convient de prendre en compte pour y faire face.

L’acceptabilité sociale des mesures sanitaires : retour sur l’impératif de la participation publique

Par Alice FRISER
Professeure, département des sciences administratives, Université du Québec en Outaouais

Marie-Luc ARPIN
Professeure, département de management et gestion des ressources humaines, École de gestion, Université de Sherbrooke

Corinne GENDRON
Professeure, département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, Université du Québec à Montréal

et Stéphanie YATES
Professeure, département de communication sociale et publique, Université du Québec à Montréal

Alors que le courant de l’acceptabilité sociale s’est construit en lien étroit avec les pratiques de participation publique, au point que plusieurs les estiment consubstantiels, force est de constater que l’acceptabilité sociale est souvent tacite ou passive. Ainsi, la légitimité de décisions prises unilatéralement est peu remise en question en contexte de crise, comme l’illustre la gestion de la pandémie de Covid-19. Pour autant, les mesures de confinement ont peu à peu suscité un malaise démocratique comme l’ont souligné plusieurs observateurs. Ce qui pose la question suivante : jusqu’à quel point l’urgence et le recours à l’expertise institutionnelle peuvent-ils se substituer à la participation publique pour légitimer les décisions publiques ? En revisitant la littérature sur l’acceptabilité sociale à l’aune de la crise sanitaire, nous avançons l’idée qu’en dépit des craintes de certaines administrations, il est avantageux d’ouvrir le débat à propos des mesures de gestion sanitaire plutôt que de confiner la décision à un cénacle de responsables politiques et d’experts institutionnels.

Une seule santé : prendre en compte les liens entre la santé humaine, la santé animale et les écosystèmes

Par Élisabeth TOUTUT-PICARD
Psychosociologue

Appartenant à la famille des zoonoses, la pandémie de Covid-19 interroge sur les interactions entre santé humaine, faune sauvage et environnement.

La revue complète

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