Novembre 2018

sommaire

Réalités industrielles

L'économie de l'or

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Françoise Roure et Serge Catoire

Introduction

Par Françoise ROURE
Conseil général de l’Économie

1 - Trouver l’or et exploiter la mine

Les techniques d’exploration minière utilisées pour la recherche de l’or

Par Jérémie Melleton, Éric Fournier et Éric Gloaguen
Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM)

L’or est un métal précieux et sidérophile généralement présent en très faible concentration (de l’ordre du ppb) dans des roches de la croûte continentale terrestre. Les processus métallogéniques à l’origine de la formation de gisements économiquement exploitables, principalement par le biais de circulations hydrothermales, peuvent parfois atteindre des taux d’enrichissement de l’ordre de 10 000. La classification des gisements d’or est complexe, mais les connaissances acquises sur les principaux types permettent d’élaborer des guides servant à leur recherche, tenant compte notamment de leurs contextes géologiques particuliers, des altérations accompagnatrices ou de leurs signatures géochimiques spécifiques. Les approches d’exploration reposent sur la géologie, la géochimie et la géophysique. Aujourd’hui, le Canada, l’Australie, l’Amérique latine et l’Afrique concentrent les efforts d’exploration.

Les techniques et conditions d’exploitation des mines aurifères

Par Philippe Matheus
Compagnie minière de Boulanger (CMB)

Après avoir situé l’or et son exploitation dans leur contexte historique, nous passerons en revue les différentes techniques d’exploitation minière. Les méthodes de traitement des minerais applicables à l’or seront ensuite exposées avant que soit présenté un focus sur l’exploitation des mines aurifères de Guyane.

Satisfaire les besoins en énergie d’une mine d’or, la mine d’Essakane au Burkina Faso

Par Christophe Fleurence
vice-président Business Development Africa de Total Eren

Près de cinq cents tonnes par mois : c’est la quantité de fioul remplacée par de l’énergie solaire sur le site de la mine d’or d’Essakane, au Burkina Faso. Située dans une zone reculée et non raccordée au réseau national d’électricité, cette société minière qui appartient au groupe canadien IAMGOLD a opté pour une solution d’approvisionnement énergétique innovante pour l’industrie minière. Pour répondre à une demande électrique moyenne de 40 MW, la mine s’est associée au producteur d’énergie Total Eren qui a raccordé une centrale solaire photovoltaïque (PV) d’une capacité de 15 MWc à la centrale thermique au fioul de 57 MW utilisée par la société minière précitée. L’ensemble représente aujourd’hui la plus grande centrale hybride solaire-diesel du monde et l’une des plus grandes installations solaires d’Afrique subsaharienne. Essakane Solar a été développée par les équipes de Total Eren et AEMP (Africa Energy Management Platform). Comment arriver à satisfaire les besoins énergétiques d’une mine d’or ? Dans cet article, quelques éléments de réponse seront donnés par un acteur pionnier du secteur des énergies renouvelables.

Innovations in Mining Operator Efficiency Through Simulation Based Training Technologies and Processes

Par Immersive Technologies

Within the often-hazardous mining industry, simulation training has quickly gained recognition as a significant method of increasing site safety and profitability through improved operator skill and knowledge. Simulators provide operators a safe environment to learn and practice their skills; Immersive Technologies’ simulators allow the operator to practice for a range of possible emergency situations. Many of these situations are too dangerous, too difficult or too expensive to test in an actual mine. Immersive Technologies has deployed over 80% of the Advanced Equipment Simulators operating around the world to the broadest range of mining environments. This experience, together with ongoing feedback from customer base and Original Equipment Manufacturer alliance partners, has provided Immersive Technologies with the knowledge necessary to develop the most accurate, reliable and outcome oriented Equipment Simulators. Immersive Technologies’ Equipment Simulators are supported by the industry’s most comprehensive range of compatible tools, technologies and professional services. This ensures a solution to meet or exceed your needs can be defined, delivered, implemented and generating operational results quickly and with very low risk.

Le financement des projets miniers aurifères : étapes, acteurs et critères de financement

Par Sylvain Eckert
Natixis

Les projets miniers aurifères sont avant tout des projets miniers ; ils sont en cela très différents d’autres projets industriels. Le temps entre la découverte d’un gisement et sa mise en production est important : le projet passe en effet par de nombreuses étapes qui font intervenir des investisseurs de natures différentes, dont les attentes en termes de retour sur investissement sont très différentes, elles sont en ligne avec leur capacité à assumer les risques liés au développement du projet. Après avoir décrit les différentes étapes d’un projet minier aurifère, nous présenterons les mécanismes et les acteurs du financement. Seront également présentés les caractéristiques des différents types d’investisseurs ‒ en capitaux propres, des fonds de capital-risque, des banques commerciales ou des fonds hybrides ‒, ainsi que leur mode d’intervention et leur appétence aux risques inhérents à un projet aurifère. Les critères de financement des différents types d’investisseurs précités, à chaque étape du développement du projet, seront également décrits.

Commerce illicite de l’or artisanal en Afrique subsaharienne

Par Victoria Reichel
IMPACT

Malgré son importance en tant que source de revenus pour des millions de travailleurs africains, l’exploitation aurifère artisanale ne génère en Afrique que peu de recettes pour les États producteurs. Sont en cause l’informalité du secteur de l’exploitation artisanale minière et à petite échelle (EMAPE) et des mécanismes de financement du secteur fort complexes tout au long de la chaîne d’approvisionnement, ce qui rend très difficile le contrôle du commerce de l’or artisanal et de ses acteurs. Dans cet article, nous nous sommes efforcé d’esquisser l’ampleur des dynamiques du commerce illicite de l’or artisanal en Afrique. En l’absence de statistiques globales fiables sur ce sujet, nous nous proposons ici de brosser un bref portrait de trois pays de l’Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina Faso et Côte d’Ivoire), ainsi que de la région des Grands Lacs d’Afrique, en nous appuyant pour cela sur des recherches menées par l’ONG canadienne IMPACT (anciennement Partenariat Afrique Canada). Dans les deux régions africaines précitées, le commerce illicite de l’or s’effectue par contrebande transfrontalière : l’or est d’abord transporté illégalement du pays producteur vers un pays voisin, avant d’être exporté « légalement » comme s’il était issu de ce deuxième pays.

2 - Les usages industriels de l’or

La structure des marchés de l’or physique en 2018

Par Gaétan Lefebvre et Mathieu Leguérinel
Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM)

La demande mondiale d’or est traditionnellement répartie entre cinq secteurs majeurs : la joaillerie, les applications technologiques, les Exchange Traded Funds (ETFs), les banques centrales et la production de pièces et lingots. Les deux premiers secteurs représentent des parts relativement stables, et donc prévisibles de la demande totale, respectivement autour de 55-60 % et 8 %. En revanche, les secteurs liés à l’investissement, c’est-à-dire au rôle financier de l’or sur les marchés (achat de pièces et lingots, stocks des banques centrales, ETFs), peuvent présenter des variations importantes d’une année sur l’autre, étant plus sensibles aux facteurs macro économiques. En 2018, malgré des tensions sur les prix sur fond de guerre commerciale entre Pékin et Washington, la transparence est au cœur des réflexions sur la cotation et l’échange d’or sur les principales places de marché mondiales, constituant ainsi une orientation importante du secteur.

Utilisation des nanoparticules d’or en catalyse

Par Delphine Schaming
maître de conférences, Laboratoire ITODYS, Université Paris Diderot

La catalyse est un domaine important de la chimie, puisque 90 % des processus chimiques industriels impliquent un procédé catalytique dans une au moins de leurs étapes. De ce fait, la catalyse est actuellement source de nombreuses études. Les chercheurs développent régulièrement en laboratoire de nouveaux matériaux, aux propriétés multiples. L’attrait pour les nanoparticules ces dernières années, en particulier pour les nanoparticules d’or, a ainsi ouvert de nouvelles perspectives dans le domaine de la catalyse. Du fait de leur très petite taille, elles possèdent une forte réactivité, à l’inverse de l’or, qui, à l’échelle macroscopique, est connu pour son inertie chimique. De plus, elles sont à l’origine d’un phénomène physique appelé résonance plasmon qui leur confère des propriétés photocatalytiques ; on parle dans ce cas de catalyse plasmonique.

L’or dans l’histoire et dans la civilisation, histoire et création artistique

Par Myriame Morel-Deledalle et Jean-Roch Bouiller
commissaires généraux de l’exposition Or, tenue au MUCEM

On peut toujours s’interroger sur le bien-fondé d’un rapprochement entre archéologie et art contemporain, c’est néanmoins le parti pris de l’exposition Or, qui a été organisée au Mucem, à Marseille, en 2018. Cette exposition a permis de distinguer la valeur fiduciaire du métal précieux de ses propriétés éminemment plastiques et de ses multiples dimensions symboliques. L’histoire de ce matériau montre qu’il a joué un rôle important dans presque toutes les sociétés, à toutes les époques et sous toutes les latitudes. En ce sens, il constitue un sujet de civilisation, qui est, en outre, connecté à de nombreuses questions de société très actuelles. L’or est aussi un matériau privilégié de la création artisanale et artistique, qui connaît un regain d’intérêt sur la scène contemporaine. La plupart des artistes contemporains proposent une approche politique ou poétique de l’or, qu’ils soient critiques à l’égard de sa valeur financière, qui le rend aliénant, qu’ils en jouent ou qu’ils proposent une autre approche de sa matérialité pour en révéler sa métaphysique.

Avant-propos de l’article de Laurent Bailly, Anne-Marie Desaulty, Philippe Lach, Wolfram Kloppmann et Isabelle Duhamel-Achin, Mesurer l’or et assurer sa traçabilité depuis son origine ; métrologie des poudres et de l’or fondu

Par Michèle ROUSSEAU
Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM)

Mesurer l’or et assurer sa traçabilité depuis son origine ; métrologie des poudres et de l’or fondu

Par Laurent Bailly, Anne-Marie Desaulty, Philippe Lach, Wolfram Kloppmann et Isabelle Duhamel-Achin
Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM)

Depuis l’Antiquité, les hommes ont toujours cherché à développer des méthodes nouvelles pour déterminer la pureté de l’or. Aujourd’hui, c’est l’analyse précise de ses impuretés qui représente un véritable enjeu scientifique. Afin de déterminer leurs signatures chimiques, plusieurs techniques analytiques existent. Ces techniques, destructives ou non destructives, permettent de procéder soit à une analyse globale, soit à une analyse in situ pour caractériser l’hétérogénéité de l’échantillon. En archéométrie, la signature des impuretés est utilisée pour retracer les voies de circulation des objets anciens. En exploration minière, cette signature sert à localiser les gisements primaires. Dans le cadre de la lutte contre l’exploitation et le trafic illégaux de l’or, la mise en place d’un système de traçabilité des chaînes d’approvisionnement est devenue une obligation pour les sociétés importatrices. La signature chimique des impuretés contenues dans l’or, combinée aux signatures isotopique et minéralogique, est une voie prometteuse pour assurer la traçabilité de celui-ci.

3 - L’or monétaire et bancaire

Le marché de l’or et les réserves des banques centrales

Par Nathalie Aufauvre
Banque de France

Les banques centrales sont historiquement les témoins et les acteurs privilégiés des évolutions de l’or en tant qu’actif monétaire, puis financier. Jusqu’à la fin du XXe siècle, la gestion des réserves d’or des banques centrales, principalement dans les pays développés, a été largement déterminée par le rôle de l’or en tant qu’actif monétaire. Puis celui-ci s’est effacé progressivement au profit d’une conception plus financière, à la faveur des crises financières qui se sont succédé depuis 2008. Ce contexte renouvelé a vu s’accroître le rôle des banques centrales des pays émergents qui sont devenues acheteuses nettes d’or.

La place de l’or dans l’épargne des Français et les moyens pour la mobiliser

Par François de Lassus
CPoR Devises, groupe Tessi

La France a représenté jusqu’à la fin des années 1960, la référence du marché de l’or physique d’investissement dans le monde, tant les volumes d’échanges étaient importants : ce dynamisme du marché allant de pair avec la constitution d’un bas de laine or record d’au moins 3 000 tonnes. À partir des années 1970, si le marché a chuté de façon inexorable, le niveau du bas de laine est resté, quant à lui, quasiment inchangé alors qu’il aurait dû baisser à due proportion. De fait, les épargnants français, qui pour 80 % d’entre eux détiennent de l’or acquis au cours des années glorieuses du marché ou par héritage, ne souhaitent pas vendre aussi longtemps que sur cet actif reposera une taxe à la revente dont le taux est jugé trop élevé et quasi confiscatoire. Il n’en reste pas moins que 8 % des détenteurs seraient certainement prêts à vendre si la législation évoluait dans un sens plus favorable. Libérer ne serait-ce que 5 % de cet or permettrait de mobiliser pour l’économie l’équivalent de 4,5 milliards d’euros.

Exotisme des pièces d’or et gouvernance des systèmes monétaires

Par Vincent Bignon
Banque de France

L’or a été monnayé sur pratiquement tous les continents, sauf en Asie où l’argent a traditionnellement dominé. Ce qui frappe dans l’analyse des systèmes monétaires métalliques, c’est la similitude avec les problèmes auxquels les systèmes de monnaies fiduciaires ont dû faire face. Car en matière d’histoire monétaire, il n’y a pas de flèche du temps : les économies française et allemande ont connu des épisodes hyper-inflationnistes au Moyen Âge ou pendant la Renaissance, des guerres monétaires ayant été menées entre souverains. La gouvernance des systèmes de monnaies métalliques est donc tout aussi cruciale que dans les systèmes de monnaies fiduciaires. Cet article résume ce que nous savons de l’origine du monnayage d’or, puis revient sur les discours légitimant ce choix. Enfin, il souligne le fait que l’importance de la gouvernance des systèmes de monnayage fondés sur l’or a été cruciale.

De l’or monétaire à l’or financier

Par Tanguy Aubert et Christian Pfister
Banque de France, direction générale des Statistiques

L’or a vu son rôle d’actif monétaire s’effacer progressivement, d’abord dans les transactions, puis dans l’organisation du système monétaire international, au point de disparaître en 1973. Du point de vue du public, il peut toutefois encore jouer un rôle en tant qu’actif financier, en fournissant une protection contre l’inflation sur la très longue période et en tant que valeur refuge lors de crises au niveau mondial, mais pas forcément au niveau régional.

Hors dossier

The Retreat from Systemic Risk Regulation: What Explains It? (and Why It Was Predictable)

Par John C. Coffee et Jr.
Adolf A. Berle Professor of Law at Columbia University Law School and Director of its Center on Corporate Governance

Financial crises usually trigger a predictable cycle: first, a populist outburst that produces dramatic legislative and regulatory changes and, then, a slower counter-reaction as the financial industry gradually subjects the new reforms to a death by a thousand cuts, often with the result that little remains. This cycle ‒ here called the “Regulatory Sine Curve” ‒ can be traced back to the South Sea Bubble in 1720. In the aftermath of 2008, this cycle seems to be again in progress in the United States, as many of the Dodd-Frank Act’s reforms have either gone unimplemented or have been partially repealed. But the same cycle does not appear to be occurring in Europe. This brief essay analyzes these differing responses and seeks to explain why Europe seems better insulated against counter-reaction.

Delegating Regulation: European Union and Financial Markets

Par Sharyn O’Halloran, Karen Chen, Rudra M Guha Biswas, Hoon Kim, Pu Liu, YouFei Zhang et YunPeng Zhou
Columbia University

This paper analyzes the design of financial regulatory structure in the European Union. We develop a two-pronged approach to track changes in decision-making authority in EU financial market regulations and directives enacted from 1964 to the present. Traditional observational data collection methods manually code laws to identify the amount of discretionary authority delegated to regulatory bodies that oversee segments of financial markets. The lack of robustness and scalability of this approach, however, may limit the generalizability of observational studies. To remedy these potential shortcomings, we match observational methods with data science techniques, in particular natural language processing, to visualize complex patterns in the text of laws and temporal movements. The combination of both observational and computational approaches provides more detailed insights of the various elements of financial regulatory structure and the temporal allocation of decision-making authority among the European Commission, regulatory agencies and the Members States. Our analysis indicates that both the scope and location of decision-making authority shifted over time, moving from Member States to EU regulatory agencies. The amount of discretionary authority delegated to EU agencies to implement regulations, on the other hand, has remained largely unchanged.

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