Août 2019
sommaire
Réalités industrielles
Quel avenir pour l’économie africaine ?
Préface: L’Afrique a repris sa place dans le monde et dessine désormais sa propre voie vers l’émergence par Rémy Rioux,
Introduction: Dr. Françoise ROURE,
L’industrialisation de l’Afrique nécessite une approche continentale en association avec les entrepreneurs locaux
Par Mario PEZZINI
OCDE
et Arthur MINSAT
Chef de l’unité Afrique
Les politiques d’industrialisation de l’Afrique doivent tirer parti des transformations du continent. Le premier défi est la création massive d’emplois et l’accélération de l’industrialisation. La mise en place de politiques adaptées pourrait permettre de lever les obstacles auxquels se heurtent la plupart des entrepreneurs : favoriser le développement des compétences afin de répondre aux besoins du marché du travail, soutenir les regroupements d’entreprises ( clusters ) ou encore améliorer l’accès des entreprises, en particulier des petites et moyennes entreprises, à des instruments de financement adaptés. Enfin, approfondir les partenariats existants permettra de renforcer les capacités, de transférer des connaissances et de faciliter le financement lié au développement du continent.
Industrie et innovation pour un changement structurel et un développement territorial durable en Afrique
Par Dr. Mafini DOSSO
Économiste et analyste politique - Commission européenne, Centre commun de recherche (CCR/JRC) Dir. B. Croissance & Innovation, Unité B3 Développement territorial
Cet article rappelle les enjeux et opportunités majeurs de l’industrie et de l’innovation pour un développement durable en Afrique. Face aux défis de la mondialisation et aux pressions sur les ressources, ce continent dispose de potentialités multiples pour opérer un véritable changement structurel et un développement territorial tiré par l’innovation. Bien que les expériences nationales soient très contrastées, force est de constater que les industries manufacturières peinent à atteindre les masses critiques souhaitées et que leur participation dans les segments à valeur ajoutée plus élevée des chaînes de valeur est encore peu visible. Au niveau territorial, les initiatives publiques et privées témoignent de la volonté de renforcer les écosystèmes productifs et d’innovation locaux. Dans une perspective d’intégration stratégique, les nouvelles approches de développement local, telles que les stratégies de « spécialisation intelligente », ouvrent des avenues nouvelles à la construction d’avantages compétitifs uniques au sein des territoires.
Un décollage industriel pour l’Afrique ?
How entrepreneurs and investors can help unlock Africa’s economic future
Par Cathia LAWSON-HALL
Société Générale
et Acha LEKE
McKinsey Afrique
Africa is a 1.2 billion person market on the cusp of transformative growth. It is adopting technology at a furious pace, and entrepreneurial energy pulses throughout the continent. It already has more big companies than you would imagine – and room for many more. Yet Africa still faces serious challenges. Although incomes are rising, poverty remains widespread. Businesses must contend with infrastructure gaps, fragmented markets, and regulatory complexity. To translate Africa’s opportunities into profitable, sustainable enterprises, executives need to reset their mental maps – recasting challenges as a spur for innovation and unmet market demand as room for growth. One key initiative that will help them do so is the France-Nigeria Investment Club, launched by President Emmanuel Macron in 2018. The Club’s priorities include fostering better understanding and cooperation between the two countries and their business communities, creating business opportunities, and triggering co-investment projects – not just in Nigeria but across Africa.
Entre illusions et espoirs, une Afrique émergente ?
Par François GIOVALUCCHI
Institut d’études avancées de Nantes
et Boris SAMUEL
Institut de recherche pour le développement – Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africain, américain et asiatique
Après plusieurs démarrages avortés depuis les indépendances, l’Afrique connaît une nouvelle phase de croissance dont la mesure prête à questions, et qui s’accompagne très insuffisamment d’une modernisation de l’agriculture et d’une industrialisation. Cette croissance repose trop largement sur un endettement non soutenable et ne permet ni de rattraper les pays plus avancés ni d’enrayer l’augmentation du nombre des pauvres, dans un contexte de transition démographique inachevée. Les espoirs mis dans un développement reposant sur les services et/ou sur l’investissement chinois, ainsi que dans les capacités de pouvoirs forts et modernisateurs ne doivent pas masquer la montée des inégalités nationales et régionales, ainsi que de nouvelles formes de domination, potentiellement lourdes de crises futures.
Enjeux de paix et de développement : comment sortir le Sahel de la trappe à pauvreté ?
Par Jean-Marc CHÂTAIGNER
Ambassadeur, envoyé spécial pour le Sahel
et Clémence CHEVALIER
Stagiaire à la direction d’Afrique et de l’océan Indien du MEAE
Sortir le Sahel de la trappe à pauvreté dans laquelle il se trouve plongé aujourd’hui s’avère très complexe : cela nécessite plusieurs conditions difficiles à réunir et à mettre en œuvre, et ce ne peut pas faire l’objet d’une solution dite « clef en main ». Le Sahel est au cœur d’une crise protéiforme, aux origines à la fois endogènes et exogènes, et devra dans les années à venir faire face à de nombreux défis. Les solutions à cette crise profonde doivent donc être concertées et inclure la communauté internationale, qui doit mobiliser des moyens plus significatifs pour endiguer la crise. Cependant, ces solutions ne peuvent se décider sans associer les principaux pays concernés, car eux seuls ont une réelle connaissance de la complexité du terrain et des spécificités de la crise qu’ils traversent. C’est dans ce cas seulement, et dans le cadre d’une relation économique équilibrée entre le G5 Sahel et les pays partenaires, que l’on peut à long terme espérer un véritable développement économique de la région.
Les énergies renouvelables, le cas du solaire en Afrique, et plus particulièrement au Bénin
Par Henri BOYÉ
Consultant en énergie et en électrification
et Joël AKOWANOU
Directeur des Opérations de MCA Bénin II
Pour un continent pénalisé par le manque d’électricité, le développement des énergies renouvelables, du solaire en particulier, constitue un axe de progrès extrêmement prometteur. C’est ce qui a donné lieu à l’émergence de solutions originales, comme les centrales solaires, le développement de mini-réseaux et les kits solaires individuels pour une population dispersée et pauvre.
Développement économique et social
L’électrification de l’Afrique : une politique technique ou sociale ?
Par Lionel ZINSOU
Ancien Premier ministre du Bénin
Les politiques publiques d’accès des populations africaines à l’électricité présentent trois paradoxes caractéristiques et, à bien des égards, uniques dans l’Histoire. Ces paradoxes renvoient à des réalités sociales qu’il faut prendre en compte, et, au-delà des progrès techniques et de la disponibilité des ressources financières qui s’accroissent, c’est à ces réalités qu’il faut se confronter pour donner un accès à toute la population. Il y en a encore pour une génération.
Les chaînes d’approvisionnement responsables en minerais issus de la région des Grands Lacs, quelles initiatives pour quels progrès ?
Par Louis MARÉCHAL
Unité sur la conduite responsable des entreprises de la division de l’investissement de l’OCDE
La production et le commerce des ressources minérales représentent une part significative de l’économie des pays de la région des Grands Lacs en Afrique centrale, que ce soit par le biais de l’exploitation industrielle ou à travers l’exploitation artisanale et à petite échelle. Depuis près de vingt ans, la communauté internationale et les pays de la région ont multiplié les efforts visant à s’assurer que la production et le commerce de ces ressources ne contribuent pas, notamment, au financement de conflits et à la violation des droits de l’homme. En lien avec le secteur privé et la société civile, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, avec le soutien de l’Organisation de coopération et de développement économiques, a notamment adopté un ensemble de mesures visant à responsabiliser le commerce de ces subtances. Si des progrès ont été indéniablement réalisés (sensibilisation et mobilisation accrues des acteurs ; déploiement d’initiatives du secteur privé pour encadrer la production artisanale et à petite échelle ; contrôles renforcés sur l’exploration des ressources), de nombreux défis persistent. Ils ne pourront être levés que grâce à une mobilisation renforcée de l’ensemble des pays de la région, soutenus par les pays d’importation des ressources produites en Afrique centrale.
Quelles perspectives pour l’agriculture et la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne en 2050 ?
Par Marie DE LATTRE-GASQUET et Thierry GIORDANO
CIRAD
La sécurité alimentaire nutritionnelle en Afrique subsaharienne s’est considérablement dégradée au cours des dernières années. Se dessinent des évolutions économiques, sociales, environnementales et politiques qui font peser des risques supplémentaires sur les systèmes alimentaires du continent. Cet article décrit plusieurs scénarios d’évolution possible de l’agriculture et leurs impacts sur les usages des terres (en particulier, les superficies cultivées), le commerce et la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Ces scénarios ont été construits en associant entre elles, de manière plausible et cohérente, des hypothèses sur les déterminants des évolutions de l’agriculture, à savoir le contexte global (démographie, politique, économie et innovations, social), le changement climatique, les régimes alimentaires, les relations rural-urbain, les structures agricoles et les systèmes d’élevage et de culture. Renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle ne sera possible que par un changement de perspective en passant d’approches sectorielles et par filières à des approches systémiques, par des transformations profondes des systèmes alimentaires qui demanderont une coordination forte entre acteurs du système, et par le développement de politiques publiques d’accompagnement de ces changements.
La transition numérique de l’Afrique et les emplois induits - Le risque d’une génération Ninja ?
Par Alain DUCASS
Ingénieur général des Mines Président directeur d’EnergeTIC
La transition numérique se situe dans un cadre plus vaste que celui exprimé par le titre Quel avenir pour l’économie africaine ? Et relève d’une problématique encore plus vaste non exprimée, à savoir : Quel avenir pour l’économie mondiale ? L’avenir de ces économies dépend de l’échelle de temps envisagée et de phénomènes externes, comme la rapidité du réchauffement et des migrations climatiques, de la réaction des populations face au partage de plus en plus inégal des richesses, de la date et de l’ampleur de la prochaine crise financière, etc. Sur le long terme, les atouts de l’Afrique sont indéniables : population jeune, territoires vierges, zones arables disponibles, joie de vivre… Mais à court terme, la situation est loin d’être brillante, comme le montrent la plupart des indicateurs, notamment dans les domaines de la démographie, de l’économie, du numérique et de l’emploi. Les propos qui suivent s’efforcent de donner quelques points de repère, au travers d’une double approche : celle d’un homme de terrain, présent chaque mois en Afrique depuis la création de son cabinet de consultant, et celle d’un économiste, qui vient de passer quatre mois au siège de la Banque africaine de développement à Abidjan, pour y préparer un des aspects de la stratégie numérique de cette banque.
Missions et résultats de l’Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud - Les opportunités du numérique dans la transformation des systèmes de santé en Afrique
Par Béatrice GARRETTE
Fondation Pierre Fabre
L’adoption globale des technologies numériques, y compris par les populations les plus pauvres dans les pays à revenu faible et intermédiaire, représente une véritable opportunité de réduire les inégalités en matière de santé. Bien que prometteuses, ces solutions nécessitent d’être régulées et harmonisées pour en favoriser le passage à l’échelle et en assurer la pérennité. C’est avec l’objectif de comprendre, d’analyser, de partager et d’encourager les innovations numériques au service de la santé des plus pauvres que l’Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud a vu le jour. En mettant en réseaux les opérationnels et les décideurs, et en soutenant la mise à l’échelle d’initiatives à fort potentiel, l’Observatoire se positionne comme un levier de développement de la e-santé, y compris en appuyant la formation des acteurs et le partage de l’information, deux éléments essentiels à la structuration de nouveaux modèles de santé publique.
Water Integrity to close financing gaps in Africa
Par Teun BASTEMEIJER
Currently senior advisor with the Water Integrity Network and steering committee member of the OECD Water Governance Initiative
In 2015, the combination of the adoption of the SDGs and the Paris agreement on climate change gave a positive impulse to building transformative capacities around the globe. Only few years later, the World Economic Forum’s Global Risks Report 2019 wonders if the world is sleepwalking into a crisis. In Africa competition to gain control of land, water and mineral resources is increasingly fierce and rent-seeking by political figures, global corporations, endowment funds continues under conditions of impunity. In Africa, a reputation of high risks and poor sector performance across the board is associated with poor governance and lack of strong and accountable institutions causes a considerable investment gap. Closing that gap could be fast as soon as there are sufficient positive indications of improving sector performance. OECD principles for water governance and the Water Integrity Global Outlook with various concepts, lessons learned and integrity tools form a good initial basis to design strategies and projects to improve sector performance and gain trust. Evidence of emerging good governance and integrity practices to can help build trust and engagement among different stakeholders and make the African water sector more attractive for investors and help to close the investment gap.
Feeding Africa through increased intra-African food trade
Par Alan DOSS
President, Kofi Annan Foundation
One of the most pressing challenges in Africa is how to eradicate hunger and extreme poverty and ensure prosperity for all people. This article argues that intra-African food trade can be an important driver in strengthening Africa’s capacity to ensure food security, as well as for its economic growth and shared prosperity. While the creation of the African Continental Free Trade Area is a critical step forward, the roll out of the implementation will be just as important. This article is looking at some of the key challenges and opportunities for intra-African food market integration. It specifically argues that the Regional Economic Communities (RECs) can and should play a particularly important role in Africa’s effort to build a strong intra-Africa food market. They are the institutions that can develop and implement programmes aimed at increasing agricultural production and productivity, help integrate smallholders in regional value chains, spearhead research on major food crops and help develop regional food industries.
Déployer une culture RSE en Afrique
Par Thierry TÉNÉ
Directeur d’Afrique RSE
D’après la norme ISO 26000, la Responsabilité Sociétale d’une Entreprise (RSE) correspond à la prise en compte par celle-ci de l’impact de ses décisions et actions sur l’environnement et sur la société, se traduisant pour elle par l’adoption d’un comportement éthique et transparent. Concrètement, la Responsabilité Sociétale des Entreprises s’articule autour de sept questions centrales, à savoir : la gouvernance, les droits de l’homme, les relations et conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux clients, et les communautés et le développement local.
Retour d’expérience sur deux jumelages entre l’UE et des pays du Maghreb
Par Richard LAVERGNE et Dr. Françoise ROURE
Conseil général de l’Économie (CGE)
L’Union européenne a mis en place et finance des jumelages entre administrations de ses États membres et, notamment, des pays méditerranéens. Cet « instrument », parmi d’autres mécanismes de coopération, présente l’originalité d’entretenir des contacts de travail étroits entre fonctionnaires et experts des partenaires impliqués, ce qui enrichit leurs expériences et permet une meilleure compréhension des politiques mises en œuvre. Dans cet article sont présentés deux exemples de jumelage avec des pays du Maghreb (l’Algérie et le Maroc), dans lesquels le Conseil général de l’Économie a été fortement mobilisé depuis 2015.
Nouvelles initiatives de la société civile pour la gestion des ressources en Afrique
Par Pr. Peter EIGEN
Fondateur de Transparency International, ancien président de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE-EITI) et co-fondateur de la Humboldt-Viadrina Governance Platform
Les initiatives de la société civile en Afrique sont nombreuses. Plusieurs d’entre elles se fondent sur le dialogue multipartite entre gouvernement, entreprises et société civile organisée, sur le modèle de ce que Transparency International, puis l’ITIE, ont promu et continuent de promouvoir. Des initiatives prometteuses, dans la pêche et l’électrification, permettent de mettre en œuvre ce modèle, que défend aussi à un haut niveau l’Africa Progress Panel.
