Mars
2026
sommaire
ENJEUX
NUMéRIQUES
et flux informationnels
Ce numéro a été coordonné par
Arthur GAUDRON
Il y a dix ans, Smil (2015) nous rappelait déjà la matérialité de nos sociétés derrière une apparente dématérialisation. Les crises récentes (pandémie de COVID-19, blocage du canal de Suez, tensions commerciales) ont mis en lumière l’importance cruciale du management de la supply chain , tant pour en limiter les effets que pour accompagner l’évolution des modèles de gouvernance des échanges mondiaux.
N° 33
Introduction - Management de la supply chain :
flux physiques et flux informationnels
Par Arthur GAUDRON
Enseignant-chercheur au sein du Centre de Robotique Mines Paris – PSL
Organisation
Will the European semiconductor ecosystem play a critical role
in the next industry (r)evolution?
Par Frederic HUBER , Thomas ALTENMÜLLER and Karl BREIDENBACH
Europe has historically played a critical role in various industry sectors. With the rise of Artificial Intelligence (AI), regardless of how the next industrial revolution unfolds, industrial activities will be deeply influenced by the deployment of AI technologies. Among many factors, AI depends on a wide range of semiconductor devices. While global attention often focuses on advanced logic chips, foundational and mature semiconductor technologies—such as sensors, actuators, power devices, and microcontrollers—are equally vital for enabling intelligent systems. With its rich history of industry leadership and technological innovations, Europe has established itself as a critical contributor to the globalized semiconductor value chain, and European companies are positioned among market leaders on foundational and mature semiconductor technologies. While market complexity keeps increasing, amplified by geopolitical tensions, technological disruptions, increasing capital needs and constrained production capacity, Europe is however facing further challenges to address higher resilience requirements. This article intends to examine the current position, contributions and vulnerabilities of Europe’s semiconductor ecosystem. It also identifies strategic dimensions to be considered to enable a resilient European semiconductor supply chain essential for maintaining a competitive European industry.
L’informatique d’entreprise doit partir du terrain
Par Michel BAUDIN
Consultant au Takt Times Group, instructeur Mines EXED
La programmabilité est le changement le plus radical du XX siècle dans les interactions entre humains et machines, et pas seulement en production. La technologie opérationnelle (OT) couvre les systèmes qui commandent, surveillent et interagissent avec les machines, robots, systèmes de convoyage ou véhicules ; la technologie de l’information (IT) couvre ceux qui permettent les échanges entre d’autres systèmes ou avec des humains. L’IT/OT désigne l’ensemble des logiciels et matériels utilisés, allant des capteurs aux outils destinés aux PDG. Ce terme couvre toute l’électronique qui traite l’information, et n’implique en rien qu’elle soit nécessairement une bénédiction ou une malédiction. Certains fabricants considèrent l’IT/OT comme un élément clé de leur compétitivité, mais beaucoup n’ont pas encore pleinement réalisé son potentiel. L’IT/OT a transformé le travail de tous. En production, elle a donné naissance à la nouvelle spécialité de programmeur de machines, et a créé, dans les programmes eux-mêmes, une nouvelle catégorie d’actifs à gérer.
Automatisation et augmentation
Agentic AI et futur du travail : vers une automatisation intelligente et une augmentation des compétences
Par Arnaud MORVAN
Co-fondateur et directeur général de MyExobrain
Confrontées à un monde instable, les entreprises industrielles et logistiques continuent d’appliquer des processus hérités des années 1980-1990, inadaptés à la volatilité actuelle. Résultat : surcharge opérationnelle, décisions prises dans l’urgence, perte de sens pour les équipes et risques croissants pour la performance. L’Agentic AI marque une rupture : des agents autonomes capables d’anticiper les perturbations, coordonner les actions et capitaliser sur l’expérience des experts. En déléguant les tâches répétitives, ils redonnent de la valeur au travail humain, renforcent l’agilité des organisations et permettent d’affronter les nouveaux défis industriels avec davantage de sérénité et d’efficacité.
Les données au service du dimensionnement
d’une nouvelle plateforme de tri de colis
Par Matei GULEA et Antony AÏT
Colissimo
Face à la croissance soutenue du -commerce, Colissimo a engagé un nouveau e schéma directeur logistique visant à renforcer la robustesse du réseau, maîtriser les coûts de transport et garantir une expérience client en J+1. Cet article illustre cette démarche à travers la conception d’une plateforme de tri de colis, en montrant comment les données sont utilisées pour passer du réseau cible à la planification opérationnelle. À partir d’un plan d’arrivées consolidant les flux en provenance des plateformes amont et des clients déposants, un modèle d’ordonnancement permet de construire un plan de mise à quai sans retard de traitement et d’en déduire une courbe d’alimentation horaire du trieur. Celle-ci sert ensuite de base au dimensionnement des chantiers et des opérations de manutention. La méthode articule ainsi stratégie réseau, planification de la production et organisation de la main-d’œuvre sur une base quantitative.
L’IA dans l’intralogistique automatisée :
transhumanisme ou approche centrée sur l’humain ?
Par Loic DELAÎTRE
Ceratec
L’intralogistique, synthétisée par la logistique intra entrepôt, connaît un intérêt grandissant au regard de la robotique avancée et de l’intégration de l’intelligence artificielle (IA), laquelle renforce la capacité des systèmes automatisés à gérer des volumes importants, à optimiser les déplacements et à réduire les délais de préparation en améliorant globalement les conditions de travail des opérateurs. Les systèmes actuels présentent des limites que l’IA permet de repousser, notamment par la reconfiguration des trajectoires, les ajustements de préparation dynamique, l’anticipation des pics d’activité et des pannes potentielles. Elle permet également une meilleure coordination entre l’homme et la machine. Si son utilisation était encore limitée, elle est désormais au cœur des systèmes en développement. Se pose alors la question de la place de l’humain dans les entrepôts, et plus généralement comment l’IA opère-t-elle des changements sur l’homme. Cet article permet de rappeler les limites des systèmes automatisés en intralogistique, de comprendre en quoi l’IA permet de répondre en partie à celles-ci et de poser les premiers éléments d’une réflexion sur l’évolution de l’homme face à cette nouvelle vague technologique en intralogistique.
Digital, performance et expression de l'autorité,
la mutation culturelle trop souvent occultée
Par Olivier VIDAL
Consultant indépendant
Florian GRAS et Olivier CHAPEL
Groupe L'Oréal
La mise en œuvre de solutions numériques dans l’industrie 4.0 vise à apporter de la performance par l’usage du numérique et l’exploitation de la donnée. Des innovations récentes dans le domaine des sciences sociales amènent à interroger la notion de résistance au changement, notamment en se référant à des invariants qui éclairent les phénomènes psychologiques, et permettent de mettre en perspective les pratiques et les résultats. Accélérer dans ce domaine nécessite de prendre en compte l’ampleur systémique d’une mutation culturelle. Nous montrons que cette mutation doit inclure une réflexion sur l’exercice de l’autorité. Les pratiques généralement observées sont encore très ancrées dans les habitudes issues de structures organisationnelles verticales, et elles peuvent considérablement freiner la dynamique d’adaptation. Nous proposons que l’exercice de l’autorité doive s’approprier les valeurs d’autonomie, de créativité et d’adaptabilité pour espérer les retrouver dans la culture de l’organisation.
Intégrer le machine learning dans le demand planning :
Quelle est la place de l’humain ?
Par Nicolas VANDEPUT
CEO de SupChains
Le (ML) transforme le rôle des (prévisionnistes) : machinelearning demand planners il les fait passer d’un rôle mécanique, axé sur la modification de prévisions (avec peu de valeur ajoutée), à un rôle centré sur la collecte et le nettoyage des données entrantes dans le modèle, ainsi que sur la recherche d’informations spécifiques concernant la demande future, afin d’enrichir les prévisions au-delà de ce que le peut faire seul. machine learning
E-commerce et luxe : l’agilité au croisement des flux physiques
et informationnels
Par Nicolas GALLOIS
Consultant indépendant
La transformation digitale du secteur du luxe, accélérée par la crise sanitaire, impose une reconfiguration en profondeur des flux physiques et informationnels. Cet article analyse le passage d’une linéaire et efficiente à un modèle supply chain “responsive” et omnicanal, où l’ensemble des acteurs doivent se transformer en plaçant l’IT au coeur de cette transformation. Devenues incontournables, les DSI, souvent perçues comme des goulots d’étranglement budgétaires et organisationnels, doivent également évoluer. L’auteur propose de montrer en quoi les défis de l’agilité ne sont pas tant méthodologiques qu’organisationnels. En introduisant le concept d’Unités Autonomes de Production (UAP) Digitales, dans un contexte d’agilité à l’échelle, l’organisation peut s’affranchir du silotage traditionnel pour piloter la performance par la valeur plutôt que par les coûts.
Logistique urbaine
Améliorer les données sur la logistique urbaine
à destination des collectivités territoriales
Par Laetitia DABLANC
Laboratoire Ville, Mobilité, Transport, UMR T 9403, Université Gustave Eiffel
et École nationale des ponts et chaussées
L’article analyse les lacunes de la connaissance des flux de marchandises et de la logistique urbaine. Les données disponibles sont fragmentaires, anciennes ou inadaptées, notamment pour les véhicules utilitaires légers, les nouveaux modes de livraison (véhicules à deux-roues) et le -commerce. Les collectivités territoriales e ont pourtant besoin de ces informations pour planifier les infrastructures, gérer les trafics, évaluer les politiques publiques et accompagner la décarbonation de la logistique urbaine. Des sources de données existent (enquêtes, dataviz publiques, données immobilières), mais elles sont incomplètes ou biaisées. De nouvelles opportunités apparaissent les technologies de gestion du via trafic ou les traces numériques et certaines expériences européennes montrent qu’elles représentent une véritable alternative à des études coûteuses, mais leur exploitation reste limitée en France pour des raisons juridiques, politiques et de gouvernance. Il faut améliorer le cadre juridique français en la matière. Quelles que soient les évolutions, il faudra toutefois maintenir des enquêtes de terrain, indispensables à une compréhension globale et opérationnelle de la logistique urbaine.
Vers l’émergence de nouvelles formes de gouvernance
et de services numériques en logistique urbaine
(des communs dédiés aux collectivités et acteurs économiques)
Par Jean-Philippe ELIE
Directeur de projets numériques et innovants chez Logistic Low Carbon
dans le cadre
du Programme CEE InTerLUD+
Jean-André LASSERRE
Codirecteur du programme CEE InTerLUD+
Et Hélène de SOLÈRE
Codirectrice du Programme CEE InTerLUD+
et directrice de projet logistique au Cerema
La co-construction de chartes de logistique urbaine durable par les acteurs économiques et les acteurs publics dans les 61 métropoles et communautés d’agglomération engagées dans les programmes CEE InTerLUD (2020-2022) et InTerLUD+ (2023-2026) a permis de répertorier les besoins exprimés par les entreprises et les collectivités quant aux problématiques rencontrées. Il s’est très rapidement avéré qu’un certain nombre de ces besoins pouvaient être satisfaits grâce à des outils numériques développés progressivement et localement à titre expérimental, pour ensuite s’inscrire dans une dynamique de déploiement à l’échelle nationale.
Du statique au dynamique : comment les données redéfinissent
la planification du fret urbain
Par Philippe RAPIN
Urban Radar
La décarbonation du transport de marchandises en ville progresse grâce à une évolution collective des pratiques de planification. Les observations issues de projets européens et nord-américains montrent que les politiques fondées sur des données partielles ou obsolètes atteignent rapidement leurs limites. Les villes et les opérateurs commencent à structurer un socle commun de données territoriales et opérationnelles, en s’appuyant sur des cadres techniques comme INSPIRE, Datex II, CDS-M ou les outils de l’Open Mobility Foundation. En France, les plateformes DiaLog et Digilog améliorent la disponibilité et l’harmonisation des informations sur les réglementations de circulation et les aires de livraison. Ces initiatives permettent de faire émerger une planification plus dynamique, basée sur des données actualisées et des formats partagés, facilitant l’expérimentation, la coordination publique-privé et l’adaptation continue des politiques logistiques.
Responsabilité sociétale des entreprises
Le fret à l’ère des plateformes : quand l’IA organise
le transport de marchandises
Par Mariam LAFKIHI
Enseignante-chercheuse à Mines Paris – PSL,
Centre de gestion scientifique (i3 UMR 9217 CNRS)
Et Shenle PAN
Professeur HDR à Mines Paris – PSL,
co-directeur de la Chaire Internet Physique
et
directeur adjoint du Centre de Gestion Scientifique
L’essor des plateformes numériques transforme en profondeur l’organisation du transport de marchandises. En automatisant la mise en relation entre expéditeurs et transporteurs l’intelligence artificielle, ces dispositifs via reconfigurent les flux, les prix et les modes de coordination. Certaines plateformes promettent plus d’efficience collective, mais soulèvent aussi des enjeux de dépendance, de transparence et de gouvernance algorithmique. Derrière la promesse d’optimisation se jouent des mutations structurelles aux conséquences économiques, sociales et politiques.
La supply chain augmentée : entre RSE, énergie et IA,
un nouveau modèle de performance durable
Par Grégory CHERBUIS
Dirigeant, entrepreneur et expert en stratégie, systèmes industriels complexes
et transition bas carbone
La transition bas carbone bouleverse les logiques de pilotage des . supply chains Sous l’effet combiné des exigences réglementaires (CSRD, taxonomie européenne), des tensions énergétiques et de la révolution numérique portée par l’intelligence artificielle (IA), les entreprises doivent repenser leurs modèles opérationnels. Cet article revisite la matrice produit-processus d’Hayes et Wheelwright à l’aune de la durabilité, de la maturité numérique et énergétique, en soulignant le rôle croissant de la stratégie des opérations et l’importance d’une appropriation technologique par les équipes, notamment à travers le concept de augmenté. gemba walk
