Mars
2025

sommairE

ENJEUX NUMERIQUES

Pour une IA responsable
et éthique
Numéro complet
Ce numéro a été coordonné par
Nicolas CHAGNY

Ce numéro d’Enjeux numériques se concentre sur l’importance des individus et de la planète dans le contexte de l’intelligence artificielle (IA). Les contributeurs, choisis pour leur diversité d’expériences et de points de vue, incitent à une réflexion approfondie sur nos interactions humaines, tant personnelles que professionnelles.

N° 29

Introduction

Pour une intelligence humaine

Par Nicolas CHAGNY
Fondateur du cabinet de conseil NS Pulse, président de l’Internet Society (ISOC) France, membre de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH)

Ce numéro d’ se concentre sur l’importance des individus et Enjeux numériques de la planète dans le contexte de l’intelligence artificielle (IA). Les contributeurs, choisis pour leur diversité d’expériences et de points de vue, incitent à une réflexion approfondie sur nos interactions humaines, tant personnelles que professionnelles. Le numéro souligne que, bien que la technologie de l’IA existe depuis les années 1950, ce qui a véritablement évolué récemment est l’expérience utilisateur (« UX »). Cette évolution a permis une utilisation plus large et plus démocratisée de l’IA, similaire aux révolutions technologiques antérieures comme le 2.0, web l’iPhone, les assistants vocaux et la 5G. Le numéro explore également l’IA Responsable et son impact sur l’accès démocratique à la technologie, les implications environnementales, sociales, économiques, ainsi que les questions de vie privée et publique.

Enjeux et perspectives pour une IA éthique et durable

Par Guillaume BOURGEOIS
École de technologie supérieure, ÉTS, Canada et La Rochelle Université, France
Luciana GONDIM DE ALMEIDA GUIMARÃES
École de technologie supérieure, ÉTS, Canada et Universidade Potiguar, Brésil
Et Vincent COURBOULAY
La Rochelle Université, France

L’intelligence artificielle (IA) s’est imposée comme un moteur d’innovation dans divers secteurs, mais soulève des défis éthiques, sociaux et environnementaux. Cet article explore le concept d’IA responsable, une approche fondée sur des principes d’éthique, de transparence, de sécurité et d’inclusion sociale. Il analyse également l’impact environnemental de l’IA, en particulier la consommation énergétique des centres de données, et les risques de reproduction d’inégalités sociales. En proposant des solutions techniques et politiques, telles que l’optimisation énergétique et les régulations internationales, l’article vise à encourager un développement durable de l’IA, maximisant ses bénéfices tout en réduisant ses effets négatifs.

L’IA pour tous, tous pour l’IA

Démocratiser notre rapport à la technologie, un Café IA à la fois

Par Jean CATTAN
Secrétaire général du Conseil national du numérique

L’intelligence artificielle s’immisce dans tous les recoins de nos vies, souvent sans que nous en soyons pleinement conscients ou outillés pour bien définir nos usages. Entre fascination et inquiétudes, les enjeux liés à son usage nous concernent tous, qu’il s’agisse de comprendre ses applications dans nos métiers, dans l’éducation de nos enfants ou dans les services publics. C’est pour répondre à ces défis que le Conseil national du numérique a initié Café IA : pour soutenir et encourager la constitution d’espaces d’échange, d’apprentissage et de dialogue ouverts à tous, où chacun peut s’exprimer, poser des questions, et imaginer ses propres conditions d’usage ou de non-usage de l’IA. À l’image du café, lieu informel et propice au partage de savoirs, ces rencontres visent à démocratiser la compréhension des enjeux technologiques et à renforcer une démocratie technique de proximité.

Vers une société « IApprenante »

Par Frédéric BARDEAU
Président cofondateur de Simplon.co

L’intelligence artificielle est au cœur des transformations de nos sociétés. Si elle promet d’immenses opportunités, elle soulève aussi des défis éthiques, économiques, écologiques et sociaux. Comment éviter que cette révolution technologique ne laisse de côté une partie de la population ? Former le grand public à l’IA n’est pas seulement une nécessité, mais une urgence.

Le formateur augmenté : entre intelligence artificielle et intelligence émotionnelle

Par Brice GAILLARD
Directeur général d’Apolearn

L’intelligence artificielle (IA) bouleverse le monde de la formation, transformant en profondeur les pratiques pédagogiques traditionnelles. Alors que 78 % des étudiants universitaires utilisent déjà l’IA dans leur cursus, les formateurs sont confrontés à un défi majeur : intégrer ces nouveaux outils sans perdre leur essence humaine. Loin de les remplacer, l’IA se présente comme un formidable levier d’augmentation, offrant des possibilités inédites de personnalisation et d’accessibilité de l’apprentissage. Entre adaptation technologique et préservation de l’intelligence émotionnelle, le formateur de demain devient un architecte de l’apprentissage, capable de naviguer entre données numériques et accompagnement humain. Cette révolution soulève des questions majeures sur l’éthique, l’accessibilité et le rôle central de l’humain dans la transmission du savoir.

Pour une éducation à la pluralité des altérités et des attachements numériques à l’heure de l’intelligence artificielle générative

Par Jean-François LUCAS
Délégué général de Renaissance Numérique

Cet article soutient la nécessité d’une éducation à l’intelligence artificielle qui permette aux enfants de comprendre et d’utiliser ces dispositifs sociotechniques de manière éclairée, soit de faire des choix responsables. Cela doit avoir lieu à l’école, et en dehors de l’école. Toutefois, à l’école, et en dépit des bonnes intentions, le développement des connaissances et compétences nécessaires à appréhender et saisir les opportunités de l’intelligence artificielle se heurte au manque de moyens et de ressources. Le développement de projets et d’initiatives « hors l’école » est à ce titre intéressant. L’article conclut en soulignant l’importance de développer les compétences émotionnelles des enfants, et des citoyens de manière plus large, afin qu’ils puissent naviguer et saisir les opportunités des altérités et des attachements numériques auxquels ils vont être confrontés, et qu’ils vont développer, notamment au regard du développement des systèmes d’intelligence artificielle générative.

La création artistique à l’épreuve de l’intelligence artificielle

Par Alain ASSOULINE
Ex-président du réseau des écoles WebForce3

Dans notre rapport présent et futur à l’IA, la question de la création artistique concentre probablement la plupart des problèmes qu’il faudrait se poser. La danse, les arts plastiques, la littérature, la musique et tous les autres arts existent depuis que le genre humain est apparu. Ce sont les différentes expressions des émotions et des relations humaines. C’est la part la plus profondément humaine d’une culture. Qu’est-ce que l’IA va faire de cela ? Que doit-on lui permettre de faire ? Avonsnous encore le choix ? Une IA au service de l’humanité, des femmes et des hommes, peut augmenter et peut-être magnifier encore plus les arts. Une IA au service de logiques algorithmiques d’efficacité, de profitabilité ou de pouvoirs, réduirait l’art à un outil de communication sans doute très performant mais en annihilant la diversité, l’originalité, bref, le génie humain. Il est urgent de mettre en place des outils de régulation de l’utilisation de l’IA dans tous les domaines artistiques.

Enjeux environnementaux

Les impacts de l’IA sur l’environnement

Par Frédérick GARCIA
Université de Toulouse, INRAE, Unité MIAT

Et Sophie SCHBATH
Université Paris-Saclay, INRAE, Unité MaIAGE

Avec le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA), en particulier l’IA générative, le lien entre IA et environnement suscite de nombreuses questions. D’un côté, l’IA apparaît comme une technologie clé au service de la transition écologique, décuplant nos capacités prédictives et décisionnelles pour une utilisation plus durable des ressources naturelles et une compréhension plus fine des systèmes sociotechniques et environnementaux. De l’autre, l’IA mobilise de nombreux équipements informatiques très gourmands en énergie, eau et métaux rares, ce qui engendre des impacts dévastateurs sur l’environnement lui-même, tant en termes d’épuisement des ressources, de perte de biodiversité que d’émission de gaz à effet de serre. Vu l’explosion actuelle de l’usage de l’IA par le grand public, nous sommes en droit de nous demander si les appels unanimes au développement d’IA « frugales » suffiront à ce que les bénéfices environnementaux de l’IA dépassent ses dommages environnementaux.

L’IA durable n’existe pas

Par Frédérick MARCHAND
Cofondateur et CEO de Digital4Better

Une IA durable peut-elle exister ? Cet article aborde les implications environnementales de l’intelligence artificielle (IA), souvent ignorées face à ses bénéfices. L’IA, tout en promettant des avancées, génère des externalités négatives, notamment environnementales. Avec la démocratisation de l’IA générative, sa consommation énergétique augmente significativement, illustrée par l’augmentation exponentielle de la demande en calcul informatique. Une IA utile mesurée et non une IA futile démesurée, c’est le chemin préconisé par l’auteur.

Pour un développement de l’IA au service du bien commun

Par Laure de LA RAUDIERE
Présidente de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep)

L’émergence et la diffusion rapide de l’intelligence artificielle générative au grand public depuis la fin de l’année 2022 sont autant vectrices d’opportunités que d’enjeux économiques et sociétaux. En tant qu’architecte et gardienne des réseaux d’échanges comme biens communs, l’Arcep alerte sur plusieurs impacts potentiels des IA génératives. En devenant les nouvelles portes d’entrée de notre accès à internet, les grands acteurs de l’IA générative pourraient remettre en cause le principe d’ouverture d’Internet. En outre, le développement de l’IA générative interroge quant à sa soutenabilité environnementale. Sur ces enjeux, plusieurs leviers doivent être mobilisés pour un développement de l’IA au service du bien commun.

Intégrer l’IA dans un service éco-conçu : oxymore ou réalité ?

Par Christophe CLOUZEAU
Expert Green-UX et Écoconception numérique chez Temesis
Vincent COURBOULAY
Maître de conférences HDR en informatique à La Rochelle Université
Mathieu DELEMME
Président de Ctrl-a
Jean-Luc MARINI
Directeur de l’agence de Lyon et du Laboratoire IA d’OpenStudio
Emmanuel NURIT
PDG et co-fondateur d’OpenStudio
Romuald RIBAULT
Vice-président de l’AGIT
Et Claire VERDIER
Datascientist et doctorante en mathématiques appliquées chez OpenStudio

L’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans un service éco-conçu soulève des paradoxes majeurs. D’un côté, l’écoconception cherche à réduire l’impact environnemental des services numériques en prônant sobriété et optimisation. De l’autre, les IA, et notamment les IA génératives, nécessitent d’énormes quantités d’énergie, d’eau et de ressources informatiques qui utilisent des métaux critiques et des terres rares. Face à une consommation électrique liée à l’IA qui pourrait bientôt rivaliser avec celle de certains pays, l’idée même d’associer IA et écoconception semble contradictoire. Pourtant, des pistes émergent pour concevoir des IA plus responsables. Mais l’enjeu principal reste de déterminer si et dans quelles conditions leur utilisation peut réellement s’intégrer à une démarche durable.

Enjeux sociaux

L’intelligence artificielle et les droits humains : les insuffisances du cadre européen

Par Thomas DUMORTIER
Conseiller juridique à la Commission nationale consultative des droits de l’Homme

L’utilisation de l’intelligence artificielle inquiète autant qu’elle fait naître des espoirs. Après l’ère de « l’éthique de l’IA », dans les années 2010, l’Union européenne et le Conseil de l’Europe ont souhaité poser un cadre plus ferme qui s’est récemment concrétisé, respectivement dans un règlement et une Convention-cadre. Si ces textes affichent une volonté de protéger les droits humains, ils suscitent un certain nombre de préoccupations en la matière. Ces dernières concernent d’une part la délimitation insuffisante des systèmes d’IA inacceptables en raison de leur atteinte aux droits humains et, d’autre part, l’incertitude quant à la portée des garanties instaurées à tous les stades de vie d’un système d’IA pour préserver ces droits, à commencer par l’étude d’impact sur les droits humains.

IA générative et mésinformation

Par Nicolas CURIEN
Membre de l’Académie des technologies

La mésinformation désigne des informations, soit involontairement erronées, soit délibérément falsifiées, auquel cas on parle de désinformation, d’infox ou de fake . Ces pathologies de l’information sont un phénomène ancien, mais l’essor news des technologies numériques et de l’IA a considérablement accru leur impact. Aujourd’hui, elles se propagent sur Internet de manière virale, car les contenus faux, plus attractifs que les vrais, sont favorisés par les modèles économiques des grandes plateformes numériques reposant sur la captation de l’attention des internautes. Dans un rapport paru en décembre 2024, l’Académie des technologies alerte sur les dangers de la mésinformation, potentiellement amplifiés par l’IA générative. Ce rapport souligne également les avancées d’une IA curative au service de la lutte contre la mésinformation, ainsi que la construction d’un cadre réglementaire européen pionnier en la matière. Il formule plusieurs recommandations ciblées, visant à renforcer la résilience de la société face aux et à promouvoir fake news l’honnêteté de l’information.

AI-xiety : entre mythes et réalité, la superintelligence artificielle est-elle déjà là ?

Par Stéphanie POTTECHER
Fondatrice de l’école Beauvoir
Et Aurélie GIARD-JACQUET
Fondatrice de Business Cruch

En mars 2023, un appel à la prudence signé par 30 000 personnes relance le débat : faut-il mettre un frein au développement de l’intelligence artificielle ? Cet article plonge dans les angoisses contemporaines autour de l’IA, entre fantasmes dystopiques et défis bien réels. En s’appuyant sur des références littéraires et cinématographiques, nous nous interrogeons : l’IA est-elle encore un outil à notre service ou une menace existentielle ? En traitant des enjeux d’alignement, de la concentration du pouvoir, et des coûts induits par l’IA, nous explorons ce qui, demain, pourrait bouleverser le destin de l’humanité.

Santé mentale au travail et intelligence artificielle : entre soutien psychologique et risque de dépendance

Par Christian MAKAYA et George KASSAR
Chercheurs et professeurs à l’Ascencia Business School

Cet article présente une étude exploratoire sur l’usage des outils d’intelligence artificielle (IA) conversationnelle par des employés souffrant de troubles psychiques. Les résultats préliminaires révèlent une perception positive des outils d’IA comme soutien à la productivité et au bien-être, mais mettent en lumière un risque de forte dépendance à l’IA pouvant dégrader la santé mentale. Des pistes pour des études futures incluent la réalisation d’une étude quantitative auprès d’un panel large et diversifié ainsi que la co-construction de dispositifs de soutien psychologique en entreprise s’appuyant sur l’IA.

Législations et dialogue social européens autour de l’intelligence artificielle

Par Franck GAMBELLI
Conseiller de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM)

Le nouveau règlement européen sur l’intelligence artificielle s’appliquera en se superposant à des législations existantes ou à venir applicables également aux systèmes d’IA génératives. Le présent article donne un coup de sonde dans les législations sociales européennes et celles concernant la mise sur le marché des produits. À ce stade, les discussions entre partenaires sociaux européens permettent d’y voir plus clair sur les principaux enjeux pour les employeurs et les salariés.

IA et Communs : conjuguer puissance technologique et habitabilité terrestre

Par Emmanuelle ROUX
Conseillère du directeur général de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN)

Face aux crises climatiques, sociales et démocratiques, l’intelligence artificielle peut amplifier les inégalités ou, au contraire, devenir un catalyseur de transformation collective. Pour cela, il faut dépasser son rôle d’outil au service des communs et l’envisager comme un commun en soi, ce qui implique de créer des modèles gouvernés collectivement, comme le projettent des plateformes telles que Hugging Face ou des initiatives comme BLOOM. En open source intégrant l’IA dans une logique de communs numériques, nous pourrions non seulement démocratiser son accès, mais aussi réduire ses impacts écologiques, tout en renforçant l’engagement citoyen et la transparence.

Vers une intelligence artificielle “gender by design” ?

Par Peggy VICOMTE
Déléguée générale de Femmes@Numérique
Et Camille SALINESI
Co-directeur de l’Observatoire de l’IA de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

L’intelligence artificielle (IA) redéfinit nos vies personnelles et professionnelles, s’imposant comme une technologie ubiquitaire. Omniprésente dans des domaines variés – santé, urbanisme, agriculture, éducation ou encore culture –, elle ouvre de nouvelles perspectives tout en posant d’importants enjeux sociétaux et éthiques. Si l’IA promet des opportunités inédites, elle amplifie aussi les biais préexistants dans les données qui la nourrissent, renforçant discriminations et stéréotypes, comme en témoignent des exemples documentés dans les domaines du recrutement ou de la santé. Plus encore, l’absence de diversité dans les métiers du numérique aggrave ces phénomènes, illustrant la nécessité d’une IA plus inclusive. Des initiatives interdisciplinaires, combinant sciences humaines et sociales, visent aujourd’hui à faire de l’IA un levier d’équité et de progrès collectif. Une intelligence artificielle “gender by design” pourrait devenir un modèle pour assurer justice et inclusion dans son développement et ses usages.

Enjeux pour la prospérité

IA et futur de la civilisation : dystopie transhumaniste ou métamorphose créatrice ?

Par Boris SIRBEY
Co-fondateur de MyJobCompany, CollectivZ, ze.game, le Lab RH, France Apprenante et Tomorrow Theory
Et Hervé BÉRAUD
Co-fondateur de CollectivZ, ze.game, France Apprenante et 2030 Provence

L’humanité vit une accélération exponentielle marquée par des mutations technologiques, sociales et écologiques, conduisant aux limites d’un paradigme civilisationnel basé sur la domination patriarcale. Le tournant historique du Point zéro mis en évidence par Boris Sirbey mène à un effondrement, une dystopie transhumaniste ou une métamorphose créatrice, en fonction de l’évolution conjointe de notre conscience collective et de notre maîtrise technologique. L’IA, reflet de nos savoirs et miroir de nos choix éthiques, offre un potentiel immense : catalyser une conscience augmentée et des solutions systémiques. Cependant, elle reste capturée par des intérêts privés, limitant sa capacité à devenir un bien commun de sagesse. Pour une transition positive, il faut réconcilier technologie et humanité. Les « artistes de l’Intelligence Amie », inspirés par Alain Damasio, pourraient créer des interfaces éthiques et collaboratives et incarner cette métamorphose créatrice, transformant l’IA en outil d’émancipation collective. L’avenir dépendra de notre capacité à harmoniser innovation et sagesse, en faisant de l’IA un levier pour transcender nos limites et créer une civilisation inclusive et équilibrée.

IA et transformations des métiers : création ou destruction ?

Par Guy MAMOU-MANI
Entrepreneur, business angel, enseignant et conférencier
Et Axel MAMOU-MANI
Fondateur de la Rainer School

L’intelligence artificielle, catalyseur de transformation dans tous les secteurs, redéfinit les compétences et les rôles des professionnels. Si certains métiers disparaissent ou évoluent profondément, de nouveaux voient le jour, portés par des opportunités inédites. Cependant, l’IA suscite aussi des défis éthiques, sociaux et économiques : fracture numérique, creusement des inégalités, ou perte de contrôle. En réhumanisant le travail et en favorisant une transition inclusive et équitable, cette révolution technologique peut devenir un levier puissant pour l’innovation humaine et sociale. Cet article explore ces bouleversements et propose des conditions pour une IA responsable au service de tous.

L’organisation IA-compatible ou l’art de savoir recruter la technologie

Par Romain RABIER
Fondateur du cabinet Smart Leaders

Comprendre, décider et agir. Voilà le triptyque gagnant des organisations qui seront capables d’intégrer l’intelligence artificielle et d’en faire un levier de performance globale ! L’infobésité et les biais séculaires du capitalisme financier conduisent encore trop de décideurs à approcher le sujet de manière imprécise. C’est pourquoi la compréhension des enjeux majeurs que l’IA pose sur le monde du travail éclairera les décisions et les actions qui valorisent autant les gains économiques que la sécurité psychologique des collaborateurs, autant le maintien des liens sociaux que la recherche d’impacts sociétaux que l’on est en droit d’attendre des organisations.

Construisons un cadre ambitieux et apaisé pour mettre les IA au service de l’éducation et de la formation

Par Orianne LEDROIT
Déléguée générale de l’association EdTech France

À l’heure où les métiers évoluent, que certains disparaissent, que d’autres émergent, permettre à tous de se former et de renouveler ses compétences est une des conditions pour : construire notre résilience technologique et sine qua non écologique ; nourrir notre puissance de création et d’innovation ; réindustrialiser le territoire ; donner une place à chacun d’entre nous dans la société et avec cette place (re)donner du pouvoir d’agir ; enfin, d’une certaine manière tenir notre rang. Ces défis majeurs exigent que nos espaces d’enseignement et nos modalités d’apprentissage – du plus jeune âge et tout au long de la vie – évoluent, s’ajustent et tirent parti – de manière ambitieuse et pragmatique – des opportunités des technologies et notamment de la puissance des intelligences artificielles. Cela suppose de penser sereinement notre rapport aux IA au service de l’enseignement et de la formation. Quels enjeux ? Quels défis ? Quels apports ? Quel cadre pour faire en sorte de mettre les IA au service d’une société apprenante ?

Intelligence artificielle et territoires

Par Fabien BAZIN
Président du Conseil départemental de la Nièvre

L’intelligence artificielle se développe progressivement dans les politiques publiques, de manière inégale mais son potentiel est indéniable, tant pour participer à un socle partagé de données fiables que pour répondre aux enjeux cruciaux d’accès aux droits et de résilience des territoires. Cependant, les risques pour les droits et les libertés fondamentales ne sauraient être sous-estimés.

Profils d’appropriation de l’intelligence artificielle générative dans l’éducation

Par Loubna MOURTAJJI et Nathalie CHISS
Membres du LEFMI (Laboratoire d’économie, finance, management et innovation)

L’intelligence artificielle bouleverse les pratiques dans tous les secteurs, y compris l’éducation où des outils comme ChatGPT suscitent de nombreuses attentes et interrogations. Cet article explore, de façon empirique, la perception des enseignants face à cet outil, identifiant les facteurs influençant son adoption ainsi que les réticences manifestées. L’analyse qualitative des entretiens semidirectifs révèle que la perception d’utilité de ChatGPT par les enseignants est très contrastée. Ces perceptions sont largement influencées par des variables contextuelles, telles que le lien avec la technologie, la discipline enseignée, le statut ou encore l’âge des enseignants. Les résultats obtenus permettent d’identifier quatre profils d’enseignants et d’apporter des recommandations afin d’optimiser l’utilisation de ChatGPT dans un cadre éducatif de manière efficace et responsable, tout en tenant compte des implications éthiques, pratiques et pédagogiques de cette intégration.

Enjeux pour la vie privée et la vie publique

IA et libertés : un défi pour la régulation

Par Marie-Laure DENIS
Présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil)

Pour encadrer les systèmes d’intelligence artificielle, l’Union européenne a renforcé sa régulation en introduisant le Règlement sur l’Intelligence Artificielle (RIA), en complément d’autres règlements, tel le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Ces textes visent à garantir la transparence et la sécurité des systèmes d’IA, le premier en limitant les risques systémiques, et le second à travers la protection des droits individuels, en protégeant la vie privée. Ce cadre légal entend aussi prévenir certaines atteintes aux libertés fonda mentales, comme l’expansion de la surveillance ou l’utilisation excessive de décisions automatisées. Toutefois, la régulation de l’IA nécessite une coopération étroite entre régulateurs, concepteurs et utilisateurs pour garantir une innovation technologique respectueuse des droits fondamentaux et des valeurs sociales.

Le Droit à l’heure de "l’intelligence artificielle"

Par Didier GUÉVEL
Professeur émérite de Droit privé et Sciences criminelles de l’Université de Sorbonne Paris Nord, Membre de l’IRDA Paris XIII (ER 3970), Doyen honoraire de la Faculté de Droit, Sciences politiques et sociales, Ancien Directeur du Département de Droit de l’Université du Havre, Membre associé du LexFEIM Le Havre (EA 1013), Membre du Conseil scientifique de la MSH Paris Nord (USR 3258), Membre du Comité multi parties-prenantes du Forum annuel de la gouvernance d’Internet, Profesor Honorario de l’Université de Mendoza.

L’IA présente un intérêt pour les juristes en tant que complément informatif. Déjà les praticiens et les théoriciens du Droit disposent d’IA spécialisées. Restent deux problèmes : celui du contrôle de l’originalité des travaux des étudiants et surtout celui du choix, en amont, des données utilisées.

Les défis éthiques de la convergence de l’IA, des neurosciences, de l’informatique et de l’ingénierie

Par le Dr Laure TABOUY
Neuroscientifique et éthicienne, dans l’équipe Éthique et Épistémologie du CESP-INSERM U1018, Université de Paris-Saclay et au Centre Gilles Gaston Granger (UMR 7304), Université d’Aix-Marseille

Les questionnements, défis et dilemmes éthiques, juridiques, philosophiques et théologiques qu’ouvre la convergence des neurosciences, de l’informatique et de l’ingénierie sont colossaux et vertigineux. Comprendre les enjeux éthiques de l’IA, du numérique et des neurosciences, afin de les appréhender et de les opérationnaliser sur le terrain, demande de comprendre et de connaître l’histoire, le pourquoi et le comment. Même si ces systèmes d’intelligence artificielle offrent de nouvelles possibilités, il n’en demeure pas moins que ce sont des systèmes informatiques, des outils, des machines et qu’ils ne doivent pas être pris pour ce qu’ils ne sont pas. Cet article s’attache à partager une vision globale sur les enjeux et les défis de cette convergence en mettant en avant l’articulation des enjeux. C’est une ouverture à la réflexion, afin d’approfondir plus spécifiquement les enjeux éthiques selon des usages spécifiques de cette convergence dans des contextes variés.

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