Octobre 2023
sommaire
Responsabilité & Environnement
L’eau et le changement climatique
Ce numéro a été coordonné
par Pierre ROUSSEL
N° 112
Préface
Par Grégoire POSTEL-VINAY
Rédacteur en chef des Annales des Mines
Introduction : Eau et changement climatique : quels défis et comment les relever ?
Par Pierre ROUSSEL
Ancien directeur de l’eau, membre du comité national de l’eau et du comité de bassin Loire-Bretagne
L’eau, enjeu sociétal majeur, s’impose chaque jour un peu plus comme l’un des premiers marqueurs du changement climatique. Les menaces que font peser les évolutions hydroclimatiques à l’oeuvre, tant sur la qualité de la ressource que sur sa quantité, mais aussi l’augmentation des risques liés à l’eau qu’elles génèrent, interrogent notre capacité à continuer à habiter les territoires et à y vivre. Relever le défi de l’adaptation au changement climatique nécessite de prendre conscience que l’eau est un facteur limitant de notre développement, et qu’à ce titre, il nous faut apprendre à composer avec les risques liés à l’eau, à repenser nos usages et à nous projeter dans un partage de la ressource. C’est notre paradigme même d’aménagement que nous devons dès à présent revoir, en remettant l’eau au centre de nos préoccupations si nous voulons faire face aux bouleversements en cours.
Cadrage général
Eau et changement climatique : destins croisés
Par Pascal BERTEAUD
Directeur général du Cerema 2000
L’eau, enjeu sociétal majeur, s’impose chaque jour un peu plus comme l’un des premiers marqueurs du changement climatique. Les menaces que font peser les évolutions hydroclimatiques à l’oeuvre, tant sur la qualité de la ressource que sur sa quantité, mais aussi l’augmentation des risques liés à l’eau qu’elles génèrent, interrogent notre capacité à continuer à habiter les territoires et à y vivre. Relever le défi de l’adaptation au changement climatique nécessite de prendre conscience que l’eau est un facteur limitant de notre développement, et qu’à ce titre, il nous faut apprendre à composer avec les risques liés à l’eau, à repenser nos usages et à nous projeter dans un partage de la ressource. C’est notre paradigme même d’aménagement que nous devons dès à présent revoir, en remettant l’eau au centre de nos préoccupations si nous voulons faire face aux bouleversements en cours.
L’impact du changement climatique sur le cycle de l’eau à partir du nouveau portail DRIAS-Eau
Par Jean-Michel SOUBEYROUX
Directeur adjoint scientifique de la Climatologie et des Services climatiques de Météo-France
Le changement climatique provoque à l’échelle planétaire des évolutions importantes du cycle de l’eau, notamment en accentuant la variabilité des composantes hydrologiques moyennes et les extrêmes. En France, l’augmentation des températures moyennes sous l’effet du changement climatique se traduit par une hausse de l’évapotranspiration et une diminution globale de la ressource en eau. En climat futur, les nouvelles simulations hydrologiques préparées dans le cadre du projet Explore2, confirment la poursuite et l’accentuation de cette tendance au moins jusqu’en milieu de siècle avec des impacts sur les variables hydrologiques nuancés par les incertitudes sur l’évolution des précipitations. Le nouveau portail DRIAS-Eau ouvert en mars 2023, permet de préciser les futurs de l’eau et les incertitudes associées à l’échelle locale et de mettre à disposition les données et indicateurs pour faciliter la prise en compte du changement climatique par les acteurs de l’eau.
Les risques liés à l’eau dans le contexte du changement climatique
Par Anne-Marie LEVRAUT, François GÉRARD, Régis THÉPOT, Michel LUZI et Bernard GUÉZO
Vice-présidente déléguée de l’Association française pour la prévention des catastrophes naturelles et technologiques (AFPCNT)
Avec la contribution de François GÉRARD, Régis THÉPOT, Michel LUZI et Bernard GUÉZO Comment les risques liés à l’eau en France vont-ils évoluer avec le changement climatique ? Quels défis affronter ? Comment se préparer à y faire face ? Autant de questions complexes assorties d’incertitudes. Seul un travail collectif permettra de construire progressivement ces réponses. Apprendre à vivre avec le risque est et sera une action continue : la nature du risque évolue, les populations changent. Il faudra se préparer à faire face à des situations inédites, prendre en compte très en amont les conséquences potentielles des aléas dans les choix publics et privés. Bref, construire une société plus résiliente.
L’international et l’Europe
Partage et solidarité à l’international ?
Par Diane d’ARRAS
Présidente du Comité des Affaires européennes et internationales de l’Association scientifique et technique pour l’eau et l’environnement (Astee)
Si le partage de l’eau et la solidarité sont indispensables à l’échelle locale, régionale ou nationale, ils sont peu développés à l’échelle internationale car en général peu utiles « intrinsèquement ». Dans les cas où les pays sont amenés à partager une ressource commune, la solidarité repose beaucoup pour l’instant sur la capacité de ces pays à collaborer en dehors d’un droit international très développé. La coopération scientifique et financière existe malgré tout, et heureusement, dans le domaine de la gestion des eaux continentales. Reste à développer une coopération plus intense et efficace sur les eaux maritimes, communes à tous, et à prendre conscience que la coopération pour l’atténuation du changement climatique est probablement le domaine le plus important pour agir ensemble à la préservation de nos ressources en eau locales.
L’apport de la France à l’international pour répondre à l’impact du changement climatique sur la gestion des ressources en eau Retour sur la période 2011-2023
Par Éric TARDIEU
Directeur général de l’Office International de l’Eau (OiEau) et Secrétaire général du Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB)
La France, organisée depuis près de soixante ans par bassin pour la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), a progressivement introduit l’adaptation au changement climatique à la fois dans ses politiques nationales. Le modèle français (et désormais largement européen) de concertation, de planification et de gestion a ainsi alimenté les messages français à l’international, notamment dans le cadre des COPs Climat.
Le bassin du Rhin face au changement climatique
Par Adrian SCHMID-BRETON
Collaborateur scientifique à la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR)
La Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR), organisation intergouvernementale fondée en 1950 et regroupant huit États situés dans le bassin du Rhin ainsi que l’Union européenne, travaille depuis 2007 sur la thématique du changement climatique dans un contexte transfrontalier. Elle a réalisé des études sur les répercussions possibles du changement climatique sur le régime des eaux, la température de l’eau et l’écologie. Sur la base de scénarii de débit pour le futur proche (jusqu’en 2050) et le futur éloigné (jusqu’en 2100), la CIPR a mis au point en 2015 une stratégie d’adaptation au changement climatique qui sera remise à jour d’ici 2025 selon le programme « Rhin 2040 ». Les principales répercussions négatives du changement climatique ainsi que l’action de la CIPR face à elles sont décrites dans cet article.
La France
L’eau et le changement climatique – la concertation entre les acteurs
Par Jean LAUNAY
Président du Comité national de l’eau
La concertation fait partie des fondamentaux de la gestion de l’eau en France et les lois sur l’eau de 1964 et 1992 sont les piliers de cette organisation décentralisée, déconcentrée, porteuse de fiscalité écologique et de démocratie participative. Des engagements d’élu local puis de parlementaire qui amènent naturellement à la recherche de solutions, lesquelles passent par le préalable de l’écoute des acteurs. Le Comité national de l’eau « Parlement de l’eau » comme lieu privilégié de la concertation. Même si nous devons nous y attacher, les conditions de l’accès à l’eau, les conditions de son partage et de sa qualité ne seront jamais définitivement stabilisées. L’eau est le marqueur du dérèglement climatique par ses manques mais aussi ses excès. Les révisions, au plan national et dans les bassins, des plans d’adaptation au changement climatique impacteront les modalités du dialogue à venir. L’eau a été portée en haut de l’agenda politique ! Des assises de l’eau au Varenne agricole de l’eau et du changement climatique, les sujets des économies d’eau, du partage de l’eau entre les différents usages, de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques et enfin de la biodiversité ont été posés. De la difficulté de se parler. Malgré la mission du préfet Pierre-Étienne Bisch et les recherches de méthode pour l’élaboration des projets de territoire pour la gestion de l’eau, les dissensus persistent. La question se pose de savoir comment retrouver demain les voies de la concertation. L’apport de la science est indispensable. La responsabilité politique et publique impose de retrouver les voies et moyens d’un dialogue renoué entre tous les acteurs.
L’action des instances de bassin, l’exemple du bassin Rhône-Méditerranée
Par Laurent ROY
Directeur général de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse
Depuis près de soixante ans, la politique de l’eau en France est définie et mise en oeuvre sous l’égide de comités de bassin, avec l’appui d’agences de l’eau. Ces institutions de bassin se sont mobilisées pour faire face au défi de l’adaptation au changement climatique dans le domaine de l’eau, grâce notamment à des plans de bassin d’adaptation au changement climatique. Dans le bassin Rhône-Méditerranée, 65 plans de gestion de la ressource en eau associant toutes les parties prenantes ont permis d’impulser des dynamiques de partage de la ressource en eau dans le respect du bon fonctionnement des milieux aquatiques. Les premiers résultats sont encourageants mais face à l’accélération perceptible des effets du changement climatique, il faut agir plus vite et plus fort. Ce sera un enjeu essentiel des prochains programmes des agences de l’eau, en déclinaison du plan eau annoncé en mars 2023.
Les collectivités et leurs groupements au coeur de l’adaptation de la gestion quantitative et qualitative de l’eau au changement climatique
Par Mélissa BELLIER
Chargée de mission gouvernance, performance et transparence des services publics d’eau et d’assainissement, à la FNCCR
et Régis TAISNE
Chef du département cycle de l’eau de la FNCCR
« L’eau c’est la vie », car l’eau est nécessaire à l’homme, à l’environnement, à la société. Le changement climatique perturbe le grand cycle de l’eau, déclenchant des phénomènes extrêmes de plus en plus nombreux (notamment sécheresses et inondations), et impacte le petit cycle de l’eau, celui de « l’eau humaine ». En France, ce sont les collectivités locales qui sont responsables de la gestion de l’eau : alimentation en eau potable, dépollution des eaux usées, gestion des eaux pluviales, gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations. La plupart de leurs autres compétences sont également en lien avec l’eau : aménagement du territoire, tourisme, développement économique, action sociale… Au coeur des enjeux de l’eau, ce sont donc des acteurs incontournables pour porter une démarche de concertation locale et une ambition de décloisonnement des actions menées sur le territoire, qui doivent désormais intégrer les enjeux du changement climatique, de la protection de la ressource en eau et de la biodiversité, de la sobriété des usages… Pour garantir la qualité de l’eau et sa disponibilité pour les usages essentiels (y compris pour les milieux naturels), une prise de conscience, une concertation et un engagement de tous est nécessaire. Il faudra également donner aux acteurs les moyens d’agir, alors que la baisse des consommations fragilise le modèle économique de toute la filière.
Les consommateurs face aux heurs et malheurs de la gestion de l’eau
Par Robert MONDOT
Ingénieur général des ponts des eaux et des forêts honoraire, responsable au sein de l’UFC-Que Choisir
Vue par le consommateur, la politique de l’eau a longtemps été perçue comme la politique de l’eau potable, largement pilotée par les collectivités locales. Les associations de consommateurs ont pour leur part accompagné la mise en oeuvre de la politique environnementale de l’eau, en validant, puis en promouvant ses principes et ses principales déclinaisons. Mais leur déception a été à la hauteur de leurs espoirs quand il est apparu que les résultats concrets étaient très loin des annonces, et que les pouvoirs publics s’alignaient de plus en plus sur les besoins d’une agriculture intensive demandeuse à la fois de plus d’intrants et de plus d’eau. Tout paraît donc en place pour que les conflits liés à l’usage de l’eau deviennent plus vifs, voire violents. Nous avons pourtant la « boîte à outils » juridique qui permettrait de les éviter. Encore faut-il l’utiliser correctement.
Les acteurs économiques
Le Varenne agricole de l’eau et du changement climatique : pour une gestion durable et équilibrée de l’eau sur les territoires
Par Luc SERVANT
Président de la Chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine et vice-président de Chambre d’agriculture de France en charge du dossier environnement et eau
La réponse au besoin en eau de l’agriculture devient un enjeu crucial face au changement climatique et à l’objectif de souveraineté alimentaire. Avec des ressources en eau et une disponibilité de plus en restreinte en été sur les territoires en tension, il convient de trouver des solutions durables pour répondre aux différents enjeux. La sobriété reste la priorité mais le changement climatique pourrait accroître les besoins en eau, notamment dans l’agriculture. Les ressources seront-elles suffisantes ? Le Varenne agricole de l’eau et du changement climatique, lancé par le gouvernement en mai 2021, et sa thématique 3 sur les besoins en eau pour l’agriculture, ont permis de mettre l’ensemble des acteurs et des usagers de l’eau autour de la table. Si la recherche de solutions doit se faire au plus près des territoires, il convient de considérer l’ensemble des usages et des ressources disponibles pour partager une gestion durable et équilibrée de l’eau. Le Projet de Territoire pour la Gestion de l’Eau (PTGE) est conforté comme outil de planification. Il devra définir l’ensemble des besoins et des ressources disponibles sur son territoire et être accompagné par les collectivités locales et les pouvoirs publics pour sa mise en oeuvre.
De la coopérative agricole aux activités semencières et agroalimentaires : Limagrain, au coeur de l’enjeu de l’eau
Par Sébastien VIDAL
Président de Limagrain
Entre épisodes de sécheresse et excès de précipitations, la gestion de la ressource en eau devient stratégique et prioritaire pour nos sociétés. Essentielle au développement des plantes, l’eau est la ressource première de l’agriculture et des filières de transformation agricole. L’enjeu dépasse le simple argument économique : pour nourrir les femmes et les hommes, pour garantir la souveraineté alimentaire des pays, l’eau est indispensable. Limagrain, coopérative agricole implantée dans le Puy-de-Dôme (63), quatrième semencier mondial et groupe agroalimentaire, prend pleinement la mesure de ce défi collectif et propose des solutions concrètes et complémentaires permettant à la fois d’économiser et d’accroître la ressource en eau. Engagé pour une agriculture durable et résiliente, Limagrain est convaincu que la gestion de l’eau doit être abordée dans une approche multiusage, globale et adaptée à la situation de chaque territoire.
Face aux défis de l’eau, accélérer sur les solutions n’est plus une option
Par Aurélie COLAS
Déléguée générale de la Fédération Professionnelle des Entreprises de l’Eau (FP2E)
Alors que les effets du changement climatique sur l’eau sont tangibles en France, répétition des sécheresses et des évènements extrêmes, la prise de conscience de la nécessité d’agir progresse au-delà des cercles d’experts. Face à ces défis, les entreprises de l’eau appellent depuis longtemps à rattraper le retard structurel d’investissement et à déployer les solutions innovantes qui ont fait leurs preuves, pour adapter sans tarder les services publics d’eau et d’assainissement au changement climatique. En France, le Plan eau annoncé par le président de la République en mars 2023 va dans le sens de la nécessaire accélération de l’action. Il devra se concrétiser dans un calendrier resserré de mise en oeuvre et un cadre réglementaire adapté. De même, l’Union européenne montre sa volonté forte de faire évoluer la politique de l’eau pour répondre au défi climatique et environnemental, par des objectifs exigeants. Dans ce contexte, si les solutions existent, l’urgence s’impose aux collectivités locales et à leurs opérateurs, en première ligne face aux enjeux de l’eau, éminemment locaux.
Les progrès industriels dans la gestion de l’eau
Par Christian LECUSSAN, Aurore FRIES
Président et déléguée générale de la Fédération nationale des associations de riverains et utilisateurs industriels de l’eau (FENARIVE)
L’accès à l’eau est un paramètre clé du développement économique et l’industrie ne fait pas exception. Depuis de nombreuses années les industriels gèrent leurs eaux avec attention pour économiser et/ou moins polluer. Avec la pression du changement climatique qui s’accroît, des avancées doivent être faites tant sur les plans technologiques et managériaux (certifications volontaires des industriels), qu’économique (prix de l’eau, poids des actionnaires...) et qu’administratif (réglementation, gouvernance, soutien, contrôle...). Une vision systémique et partenariale doit être envisagée lorsqu’on traite des enjeux de l’eau car tout est lié : de l’amont à l’aval, de l’été à l’hiver, en passant par les synergies transversales entre usagers.
L’eau et l’énergie dans le changement climatique
Par Luc TABARY
EDF Hydro, Coordination de l’eau
L’eau et l’énergie sont deux biens essentiels étroitement liés : la production fortement décarbonée d’EDF dépend à plus de 90 % de la ressource en eau, qu’elle contribue en retour à préserver en participant à la lutte contre le changement climatique. Les objectifs ambitieux de décarbonation de nos sociétés ne peuvent s’envisager sans développer la production décarbonée d’électricité. EDF s’est de longue date investie dans tous les champs de l’eau : sur la connaissance du grand cycle au travers de sa R&D et de son ingénierie, sur la métrologie (avec un parc de plus de 1 000 stations de mesures), dans la gouvernance en étant présente dans les instances locales de concertation là où elle est implantée, mais aussi dans les « parlements locaux de l’eau » que sont les comités de bassin (au titre de l’Union Française de l’Électricité). L’évolution de la ressource sous l’effet du changement climatique et ses conséquences sur l’outil de production est étudiée de longue date au sein d’EDF mais reste un sujet très complexe de par la nature extrêmement variable de l’hydro-météorologie. Depuis 2000, les pertes de production nucléaire pour raison environnementale (limites réglementaires de température d’eau ou de débit) représentent en moyenne moins de 0,3 % de la production annuelle du parc nucléaire. Son évolution est évaluée à 1,5 % d’ici 2050. Pour le parc hydroélectrique, la perte liée à l’augmentation de la température de l’air (évapotranspiration supplémentaire et baisse des débits) à venir est estimée à environ 0,5 TWh par décennie, hors évolution des précipitations et pression anthropique (multi-usages, réglementation, etc.). Le parc d’EDF Hydro a un rôle particulier dans la mesure où les deux tiers de ses concessions hydroélectriques contribuent au multi-usages de l’eau (soutien d’étiage, eau potable, irrigation, tourisme...) et par là à l’adaptation au changement climatique en aidant à sécuriser la ressource en particulier pendant les étiages. Un des enjeux clefs est de réussir à préserver l’équilibre entre les enjeux potentiellement antagonistes de la production hydroélectrique flexible décarbonée indispensable à la transition écologique et le multi-usages. Le plan eau national dévoilé en 2023 marque la volonté forte de préserver la ressource ainsi que les milieux qui en dépendent en promouvant en particulier la sobriété : EDF est inscrite de longue date dans cette dynamique et a l’ambition de poursuivre l’amélioration des performances des centrales existantes en termes de prélèvements et de consommation d’eau et de rechercher la meilleure efficacité possible en matière d’utilisation de l’eau à l’échelle des territoires et des bassins hydrographiques. En matière d’hydroélectricité, EDF estime qu’il est encore possible de développer la performance de son parc (augmentation de puissance, stations de transfert d’énergie par pompage...) en le couplant en certains cas avec des enjeux multi-usages.
Les incidences sur la nature et la biodiversité
L’eau liquide, molécule-clé pour le vivant
Par Gilles BOEUF
Professeur émérite à Sorbonne-Université, Ancien président du Muséum national d’Histoire naturelle, Professeur invité au Collège de France, Président du CEEBIOS
L’eau est réellement la molécule clé pour le vivant ; tous les êtres vivants en sont constitués de quelques pourcents pour une graine à plus de 98 % pour une méduse ! C’est parce que les conditions étaient réunies sur la Terre pour la conserver liquide que la vie a pu s’y développer. Sous forme de glace aux pôles et en altitude, de vapeur d’eau au-dessus de l’océan et des rivières et lacs sur les continents, cette eau est le solvant universel. Cette eau dissout des sels qui, sous formes d’électrolytes, développent une pression osmotique (mOsm.l-1) et l’ensemble joue un rôle déterminant dans la régulation de l’équilibre hydrominéral de tous les êtres vivants. Les perturbations climatiques actuelles (dont la température et les précipitations) créent des conditions complexes qui obligent la biodiversité et les activités humaines à répondre dans un temps de plus en plus court. Et pour s’adapter, et le vivant a toujours su le faire, il faut du temps et surtout accepter de changer constamment, ce que l’humanité a bien du mal à faire !
La préservation de la biodiversité au coeur des enjeux de gestion de la ressource en eau sous changement climatique
Par Olivier THIBAULT,, Bénédicte AUGEARD, François HISSEL
Office français de la biodiversité (OFB)
Les modèles climatiques et hydrologiques initialisés par les scénarios de changement climatique laissent présager une diminution importante des réserves en eau de surface et souterraine au cours du siècle à venir. L’intensification des événements de sécheresse conduira à accroître les pressions sur les écosystèmes des milieux aquatiques et humides, qui en France sont déjà parmi les plus menacés, et pourtant à l’origine de nombreux services utiles à nos sociétés, comme la production alimentaire, l’atténuation des événements d’inondation, la régulation des flux de polluants. L’ampleur des défis que nous devrons relever pour une gestion durable et raisonnée de la ressource en eau nous invite aujourd’hui à réinventer nos modes de gouvernance de l’eau en y prenant mieux en compte les enjeux liés à la préservation de la biodiversité, et à transformer en profondeur nos modes de production et de consommation dans une trajectoire de sobriété. En retour, les écosystèmes nous offrent une panoplie de solutions d’adaptation au changement climatique souvent porteuses de bénéfices conjoints pour notre santé et notre qualité de vie.
L’action de France Nature Environnement pour faire face collectivement au bouleversement climatique du cycle de l’eau
Par Florence DENIER-PASQUIER
Représentante de France Nature Environnement (FNE) au Comité national de l’eau
Les profonds effets du dérèglement climatique sur les hydrosystèmes font désormais peser des menaces à la fois sur les milieux naturels et la ressource en eau. Cet article retrace la mobilisation qu’opère le mouvement France Nature Environnement (FNE), première fédération d’associations de protection de la nature en France, dans le paysage de la politique de l’eau. Nous identifions les freins et leviers d’une action publique qui doit aujourd’hui à la fois croiser les enjeux de préservation des écosystèmes et de partage de la ressource, de qualité et de quantité, d’anticipation et de gouvernance collective. Nous insistons sur la place fondamentale que doivent occuper les Solutions fondées sur la Nature et la sobriété.
Protéger et gérer les zones humides pour s’adapter et atténuer les effets du changement climatique sur le grand cycle de l’eau, une action des Conservatoires d’espaces naturels
Par François MICHEAU
Directeur de programmes, Fédération des Conservatoires d’espaces naturels
Jérôme PORTERET
Responsable scientifique, Conservatoire d’espaces naturels de Savoie
et Julien SAILLARD
Responsable de pôle territorial, Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne
À travers plusieurs exemples concrets de préservation et de restauration des milieux humides en France, menés par les Conservatoires d’espaces naturels, cet article propose de voir les zones humides à la fois comme objet du changement climatique, subissant directement ou indirectement les effets délétères sur ses fonctions, mais également comme sujet du changement climatique, constituant une solution d’adaptation et d’atténuation du changement climatique, notamment par le stockage de carbone.
La Camargue, un delta face au défi climatique
Par Jean JALBERT
Directeur général de la Tour du Valat, institut de recherche pour la conservation des zones humides
Le delta du Rhône, comme tous les deltas du monde, est sur la ligne de front des changements climatiques. À la suite de son endiguement consécutif à des inondations majeures à la fin de XIXe siècle, cette vaste plaine deltaïque a été le siège d’un extraordinaire récit de conquête et de maîtrise : digues, pompes et réseaux hydrauliques ont permis de dompter ce pays rétif, de s’affranchir des principales contraintes – inondations, sel, submersions marines – pour enfin « mettre en valeur » ce territoire, y développer une agriculture productive, sécuriser ses habitants. Pourtant cette période de stabilité touche probablement à son terme. Sous les effets puissants du changement climatique, ce territoire rappelle aux humains que la richesse d’un delta vient précisément de sa dynamique, des flux qui le traversent. Flux d’eau douce et de sédiments, flux d’eau salée, flux biologiques, flux humains… Il nous rappelle sa nature profonde : un territoire mouvant, mobile par essence, siège de l’impermanence des choses. Et si la Camargue était un parfait laboratoire pour inventer un nouveau récit, celui de l’adaptation et de la résilience ?
