Janvier 2018

sommaire

Responsabilité & Environnement

ZEN 2050 : vers une Europe à Zéro Émission Nette en 2050 ?

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Claire TUTENUIT

N° 89

Préface: ZEN 2050 : un défi collectif à relever La France, zéro émission nette en 2050 par Nicolas HULOT,

Ministre de la Transition écologique et solidaire

Introduction: L’Europe, zéro émission nette en 2050 ? par Claire TUTENUIT,

Délégué général d’Entreprises pour l'Environnement (EpE)

Les possibilités techniques

Berlin, la neutralité carbone en 2050

Par Michael MÜLLER
Maire de Berlin

Le Sénat de Berlin poursuit les objectifs de long terme de faire de Berlin, d’ici à 2050, une ville neutre en carbone et de réduire ses émissions de dioxyde de carbone d’au moins 85 % par rapport à 1990. C’est ainsi que Berlin, à l’instar de nombreuses autres métropoles internationales, réagit au changement climatique. Les objectifs de préservation du climat sont devenus juridiquement contraignants depuis l’entrée en vigueur, en 2016, de la loi berlinoise de transition énergétique. Cette loi oblige le Sénat de Berlin à présenter au Parlement de cette même ville une « feuille de route » pour la neutralité carbone, appelée programme d’énergie et de préservation climatique. Le Sénat a adopté, en juin 2017, ce programme qui comporte les stratégies et mesures concrètes à mettre en oeuvre pour atteindre cet objectif dans cinq champs d’action (énergie, transports, bâtiment et urbanisme, économie et ménages et consommation) et pour permettre l’adaptation de Berlin aux conséquences du changement climatique. La mise en oeuvre de ce plan va s’étendre jusqu’en 2020, avec pour horizon de développement 2030. Ce programme doit être actualisé régulièrement.

Maximiser l’efficacité des puits de carbone : les différentes options

Par Didier HOUSSIN
Président d’IFP Énergies nouvelles

Le cycle naturel du carbone met en jeu de vastes échanges biogéochimiques entre la biosphère, l’atmosphère et l’océan. Ces échanges sont aujourd’hui en déséquilibre à cause des émissions anthropiques de CO2 issues essentiellement de la combustion d’énergie fossile et aggravées par la déforestation. Le surplus d’émissions de CO2 dans l’atmosphère s’accumule et provoque le phénomène du réchauffement climatique. Si la moitié de ce surplus est réabsorbée par des puits de carbone naturels – dissolution de CO2 dans l’océan, conversion photosynthétique par la biosphère... –, le réchauffement déjà en cours risque de réduire la capacité d’absorption de ces derniers. L’homme peut agir, en premier lieu, en réduisant les émissions de CO2 dont il est responsable. Il peut également maximiser l’efficacité de trois puits de carbone dont les capacités sont à même de réduire notablement l’accumulation atmosphérique de CO2 : la transformation de l’usage des sols, le stockage géologique de CO2 et, enfin, la transformation du CO2 en divers produits. C’est par une meilleure complémentarité entre ces différentes approches que la lutte contre le réchauffement climatique sera la plus efficace.

Du Challenge Bibendum au Paris Process on Mobility & Climate

Par Patrick OLIVA
Ancien directeur de la prospective et du développement durable chez Michelin, co-fondateur du Paris Process on Mobility and Climate (PPMC)

Cornie HUIZENGA

et Claire BERNARD
Responsable Mobilité durable – Groupe Michelin

La démarche proposée par la coalition Paris Process on Mobility and Climate (PPMC), laquelle est d’ores et déjà reprise par certains pays (France, Pays-Bas, Portugal, notamment), s’attache à tracer une vision crédible – car techniquement réalisable – et désirable – car porteuse d’une nouvelle croissance par l’innovation et l’investissement dans de nouveaux services de mobilité –, dans le cadre d’une transformation systémique orchestrée des transports et à la faveur d’un sé­quencement par phases à la fois successives et synergiques.

Assurer la transition de l’ensemble du système agricole et alimentaire vers la neutralité carbone : des trajectoires de long terme et des pistes pour le court terme

Par Sébastien TREYER,, Pierre-Marie AUBERT,, Aleksandar RANKOVIC, Marie-Hélène SCHWOOB
Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri),‒ Sciences Po, Paris

Si les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole et alimentaire peuvent être majoritai­rement attribuées à la production primaire, la réduction à zéro émission nette de la contribution de ce secteur au changement climatique suppose des transformations d’une telle ampleur que ce défi ne peut être relevé qu’au prix d’un changement de système à l’échelle de l’ensemble du secteur agroalimentaire. Dans cet article, nous soulignons la nécessité d’affronter à la fois le besoin d’anticiper la radicalité des enjeux de la neutralité carbone à long terme dans ce secteur et l’urgence d’actions à court terme pour engager sans attendre ces transformations.

De l’économie circulaire à l’économie permacirculaire

Par Dominique BOURG
Philosophe et professeur ordinaire à la Faculté des géosciences et de l'environnement de l’Université de Lausanne

L’objectif de l’économie « permacirculaire » se situe à l’échelle globale : il s’agit d’inverser les tendances nous conduisant au franchissement des limites planétaires et de revenir à une empreinte écologique à la dimension d’une planète, plus précisément de la Terre. Cet objectif, certes exigeant, peut en revanche donner lieu à des trajectoires économiques diverses, donnant libre cours à l’inventivité humaine, allant du high-tech le plus concurrentiel jusqu’à des expérimentations mixant permaculture et changement des modes de vie, en passant par l’économie sociale et solidaire. Cette approche n’est pas exclusive d’autres approches moins exigeantes, elle peut même les intégrer. Ainsi définie, l’économie permacirculaire constitue un point d’appui pour une société résolument pluraliste et démocratique.

Les modalités : économie et politique

L’ambitieux objectif français de la neutralité carbone nette en 2050

Par Jérôme BOUTANG
Directeur général du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA)

et Mark TUDDENHAM
Responsable de l’information du CITEPA

L’Accord de Paris (COP21) du 12 décembre 2015 prévoit explicitement l’atteinte de l’objectif de neutralité carbone au cours de la seconde moitié du XXIe siècle. En France, la loi sur la transition énergétique et la croissance verte (LTE) a fixé des objectifs climat-énergie élevés, dont celui de la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 (base 1990), un objectif déjà présent dans la loi sur l’énergie de 2005 et la loi Grenelle 1 de 2009. Nous souhaitons souligner ici trois points clés de la mobilisation française en faveur du climat, à savoir : l’ambition, la modélisation et la participation . Ainsi, le niveau des ambitions françaises est très élevé, déclinant au niveau de notre territoire national les ambitions planétaires tout en les avançant à 2050. Par ailleurs, la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), dans sa seconde version, fait appel à des exercices complémentaires de modélisation. Enfin, cette stratégie repose sur une méthode participative impliquant les citoyens, les ONG, les entreprises, les experts et les territoires.

Climat et transition énergétique

Par Richard LAVERGNE
Ingénieur général des Mines, Conseil général de l’économie (CGE)

Les liens entre transition énergétique et lutte contre le changement climatique sont moins évidents que l’on pourrait le penser de prime abord. Le concept, pas toujours bien compris par les citoyens, varie selon les parties prenantes et les pays dans lesquels il est mis en oeuvre. Il apparaît que le climat n’est pas nécessairement la préoccupation primordiale d’un programme de transition énergétique et que, de façon générale, l’analyse des impacts socio-économiques d’un tel programme mériterait d’être renforcée.

Moving to net-zero emissions, an undeniable business opportunity in Europe and beyond

Par Maria MENDILUCE
Managing Director & Senior Management Team, WBCSD

Companies have a vested interest in addressing the climate challenge. This is because business cannot succeed in societies that fail, and a warmer planet and more extreme events will have very damaging consequences for business, and – most importantly –for people living in our planet. In the face of these unprecedented challenges, forward-thinking companies are driving change with unprecedented impetus.

La feuille de route de la décarbonation du secteur énergétique allemand

Par Stéphane REICHE
Ingénieur en chef des Mines, adjoint au chef du Service économique régional de l’Ambassade de France à Berlin

et Laure JOYA
Cheffe du secteur Énergie et Matière premières au Service économique régional de l’Ambassade de France à Berlin

L’Allemagne atteindra difficilement l’objectif d’une réduction de 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 qu’elle s’est fixé par rapport à 1990, et elle est loin d’avoir réalisé l’objectif (indicatif) qu’elle s’était fixé en matière d’efficacité énergétique. Elle poursuit cependant avec succès son retrait du nucléaire et le développement accéléré des énergies renouvelables ; un développement certes coûteux, mais représentant un facteur majeur d’innovations et d’emplois. Nous conclurons cet article par quelques recommandations pour réussir la coopération franco-allemande.

La nécessité de renforcer l’atténuation pour atteindre l’objectif « Zéro émission nette » en 2050

Par Anne BRINGAULT
Responsable Transition énergétique, Réseau Action Climat France

Lucile DUFOUR
Responsable Politiques internationales et développement, Réseau Action Climat France

et Neil MAKAROFF
Responsable Europe, Réseau Action Climat France

S'engager sur la voie de la neutralité carbone ou se fixer l'objectif de zéro émission nette en 2050 est un engagement politique fort. Il incite tous les acteurs à se projeter dans un futur radicalement différent. Les évolutions incrémentales ne suffisant plus, des solutions de rupture sont nécessaires. C'est l'occasion pour quelques-uns de prôner certaines innovations, notamment technologiques, présentant des coûts très élevés et dont la faisabilité à grande échelle d'ici à 2050 est loin d'être démontrée. La facilité serait de cantonner le débat aux seules émissions négatives. Mais la forte incertitude qui les entourent nous obligent si nous voulons tenir le cap du zéro émission nette à nous engager à accélérer sans plus attendre la mise en oeuvre de politiques d'atténuation plus ambitieuses pour pouvoir réduire plus encore nos émissions de gaz à effet de serre. Sortir des énergies fossiles en nous orientant vers le 100 % énergies renouvelables, réduire notre consommation d'énergie grâce à une plus grande sobriété et davantage d'efficacité, revoir notre modèle agroalimentaire dans une logique de durabilité, développer une économie plus circulaire, ce sont là autant de solutions que nous devons adopter sans regret, et ce d’autant plus, qu’elles sont bénéfiques pour l'emploi, la santé, le développement territorial et l'économie prise dans son ensemble.

Le dialogue entre l’entreprise et les consommateurs, clé de la transition

Par Jean-Dominique SÉNARD
Président de Michelin, président d’Entreprises pour l’Environnement

Les solutions techniques qui nous rapprochent de la neutralité carbone semblent déjà bien avancées. En revanche, leur adoption par les consommateurs est encore lente. L’objectif zéro émission nette est-il atteignable ? Comment changer les modes de consommation des ménages français, accélérer le déploiement des solutions et le retrait des produits et des services émetteurs de gaz à effet de serre ? Quel rôle les entreprises peuvent-elles jouer dans ce qui est un changement de culture, voire de civilisation ?

Se doter d’un prix du carbone pour faciliter la transition énergétique ? Certes, mais cela ne suffit pas

Par Dominique DRON
Ingénieure générale des Mines, Conseil général de l’économie (CGE)

Se doter d’un prix du carbone est souvent présenté comme le sésame de la transition énergétique en tant que réponse au dérèglement climatique, voire comme un modèle indépassable de politique publique pour réduire les dommages environnementaux causés par les activités humaines. À l’analyse, cet outil ne s’exonère pas cependant des défauts liés, d’une part, à une traduction souvent trop exclusivement monétaire des ressorts économiques et sociaux et a fortiori des processus naturels et, d’autre part, à des hypothèses et à des concepts par trop éloignés de ces fonctionnements réels. C’est pourquoi, alors que la sortie de route menace le système Terre-Humanité, il est urgent de replacer l’utilisation du « prix du carbone » dans un ensemble cohérent de considérations et de mesures qui ne sont pas toutes, et de très loin, de nature économique.

Les travailleurs, acteurs indispensables et moteurs de la transition écologique

Par Laurent BERGER
Secrétaire général de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT)

La nécessité de repenser nos modèles de production et de consommation est devenue évidente. Mais il y a plusieurs façons de réaliser les transitions écologique et énergétique que nous attendons. Celle que nous refusons, c’est une transition brutale et décidée unilatéralement. Pour être justes, acceptées et durables, ces transitions doivent être pensées collectivement. Il faut faire de ces transitions un chantier démocratique, organiser un débat pour pouvoir décider ensemble de la manière d’évoluer vers un mode de développement plus respectueux de notre environnement, des citoyens et, parmi eux, des travailleurs. Le travail et l’emploi ne peuvent être des variables d’ajustement. Ce sont les clés de la réussite de cette transition écologique qui doit être regardée à hauteur d’homme.

Climate & Trade: Can They Be Mutually Beneficial?

Par Philippe VARIN, Claire TUTENUIT
President of ICC-France (International Chamber of Commerce)

Globalization has contrasting effects on climate: it speeds up the spreading of new, low carbon products and services while dedicating the mobilization of worldwide economic actors to planetary effort with this end in view. Conversely, governments have given up the idea of meaningful pricing for carbon emissions of the more emitting activities in order to limit competition discrepancies in our globalized world. However, price mechanisms are also the more efficient ones in promoting low-carbon solutions. How can we reconcile environmental challenges with the economic growth provided by free-trade?

Hors dossier

Une analyse des grandes visions prospectives internationales sur le devenir de l’environnement : l’étude ScénEnvi

Par Christophe DIDIER
Ineris

Nicolas de MENTHIÈRE
Irstea

Denis LACROIX
Ifremer

Bertrand SCHMITT
INRA

Audrey BÉTHINGER
INRA

Louis LAURENT
Anses

Bernard DAVID
CEA

Jacques PARENT DU CHÂTELET
Météo-France

Flora PÉLEGRIN
FRB

Pascale HÉNAUT
Irstea

Morgane LE GALL
Ifremer,

Marie-Hélène PÉPIN
Météo-France

et Isabelle PRADAUD
Ineris

Pour contribuer à la programmation scientifique française dans le domaine des sciences de l’environnement, une étude des grandes visions de prospective à travers le monde sur les devenirs possibles de l’environnement a été entreprise dans le cadre de l’Alliance AllEnvi. Plus de 300 scénarios ont été analysés, révélant la prédominance de la gouvernance et de l’économie comme facteurs différenciant ces scénarios. La démarche a défini 11 familles de scénarios regroupant les différentes tendances qui se structurent en 3 groupes : le déclin, l’absence de priorité environnementale et la priorité accordée à l’environnement. Si les deux premiers groupes correspondent à des dégradations plus ou moins sévères de l’environnement, le troisième conduit à des résultats plutôt encourageants, même si certaines orientations s’avèrent in fine peu efficaces. Une analyse détaillée de la démarche déployée et des résultats obtenus est proposée ici en apportant une attention particulière aux facteurs « Environnement » et « Sciences et Technologie », qui sont structurants pour les missions d’AllEnvi.

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