Août 2013

sommaire

Réalités industrielles

L'Allemagne : un modèle pour la France ?

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Gerald LANGProfesseur à Kedge Business School, chercheur associé à l’École Polytechnique

Editorial

Par Pierre COUVEINHES

Avant-propos : l'Europe et l'Allemagne ont besoin d'une France compétitive par Gerhard CROMME,

A. Quelques traits caractéristiques de l’industrie allemande

La stratégie adoptée par l’Allemagne face à la mondialisation de l’économie

Par Jean-Louis BEFFA
Président d’honneur de la compagnie de Saint-Gobain

Si l’Allemagne bénéficie aujourd’hui d’une situation économique plus florissante que celle de bien d’autres pays européens, elle le doit pour beaucoup au fait qu’elle a mieux réussi son intégration dans une économie désormais mondialisée. Cette réussite est notamment liée aux quatre atouts suivants : – une organisation territoriale spécifique, avec 16 Länder disposant de larges pouvoirs en matière économique, qui a permis l’émergence de plusieurs métropoles importantes adossées à des bassins industriels prospères ; – la qualité des relations sociales, qui allient souci du compromis et solidarité nationale ; – une cogestion des entreprises associant dirigeants et représentants du personnel, où priment la qualité du dialogue social et la mise en œuvre d’une politique salariale raisonnée ; – enfin, un système d’innovation performant guidé par le souci permanent de trouver des applications industrielles aux progrès de la science. Mais l’Allemagne présente aussi certaines lacunes et des handicaps qui pourraient à terme compromettre ses succès…

Pour une éthique de l’industrie :les enseignements du modèle Bosch

Par Guy MAUGIS
Président de Bosch France

Créé il y a plus de 125 ans, le groupe Bosch est aujourd’hui l’un des plus grands groupes européens, avec 306 000 collaborateurs et un chiffre d’affaires de 52,5 milliards d’euros. La passion pour l’innovation, la recherche d’une amélioration continue de la qualité, un fort développement à l’international et le souci des hommes, héritage de Robert Bosch, ont fait le succès du groupe depuis sa création. Ces caractéristiques sont aussi celles de la plupart des entreprises de taille intermédiaire (ETI) allemandes.

La codétermination en Allemagne : un modèle de participationdes travailleurs dans le cadre d’un modèle économique coopératif

Par Sebastian SICK
Avocat, docteur en Droit, LL.M.Eur., chef du service Droit des sociétés, Fondation Hans Böckler

Cet article décrit le système de codétermination existant en Allemagne tant dans les établissements que dans les entreprises. Il souligne le caractère coopératif de ce modèle de la participation des travailleurs, qui permet d’équilibrer les intérêts des différentes parties prenantes concernées. Du fait du succès qu’il a rencontré lors de la récente crise économique et financière, ce système a reçu de nombreux éloges de la part de responsables de l’économie et de la politique. L’auteur décrit les différents niveaux de mise en œuvre de la codétermination, au niveau de l’entreprise au sein du conseil de surveillance, et au niveau de l’établissement au sein du comité d’établissement. Il décrit également les interactions avec les syndicats, et mentionne en conclusion les défis pour l’avenir auxquels est confronté le système allemand de codétermination.

Le management à l’allemande : un actif méconnu ?

Par Gerald LANG
Professeur à Kedge Business School, chercheur associé à l’École Polytechnique

et Nicolas MOTTIS
Professeur à l’ESSEC

Dans le débat animé que nous connaissons depuis quelques années sur les divergences existant entre les économies française et allemande, une idée fréquemment évoquée est celle d’un « modèle allemand » qui serait globalement plus performant que son pendant français. Sur ce point, l’essentiel des discussions est centré sur les caractéristiques structurelles et macro-économiques de chacun des deux pays. En France, l’accent est plutôt mis sur l’appui que les pouvoirs publics peuvent apporter aux entreprises (système fiscal ou de protection sociale, coût du travail, soutien à des secteurs spécifiques, etc.), alors que, de l’autre côté du Rhin, cette dimension revêt un caractère relativement secondaire. Bizarrement, un aspect est souvent négligé, voire même complètement oublié : le management. Néanmoins, c’est dans le travail au quotidien au sein des entreprises petites et grandes, qu’est mis en œuvre ce « modèle allemand », son succès dépendant beaucoup de la façon dont y sont gérés les projets et les équipes. Cet article s’intéresse donc à certains traits caractéristiques du management à l’allemande, et aux différences qu’il présente avec le management à la française. L’objectif est de compléter l’analyse et la compréhension du « modèle allemand » par une perspective micro-économique, renvoyant davantage aux pratiques concrètes au sein des entreprises qu’aux grands débats macro-économiques.

L’apprentissage, garant de la capacité de l’Allemagne à innover

Par Isabelle BOURGEOIS
Chargée de recherche au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine (CIRAC), rédactrice en chef de Regards sur l’économie allemande

En Allemagne, l’apprentissage est tout sauf une « voie de garage » : il est en fait la voie dominante d’acquisition des savoirs et des qualifications professionnelles. Près des deux tiers des actifs allemands (soit au total 23 millions de personnes) justifient ainsi d’un diplôme sanctionnant l’achèvement d’une formation professionnelle initiale. L’apprentissage allemand repose sur une forte implication des entreprises (80% du temps de formation s’y déroule, et ce sont elles qui le financent), épaulées dans leur action par les partenaires sociaux (fédérations patronales et syndicats). Le système permet une forte adéquation entre l’offre et la demande de qualification, qui se traduit par un faible taux de chômage chez les moins de vingt-cinq ans, et il contribue fortement à la cohésion sociale. En outre, en dispensant à la fois savoir technique et savoir-faire, la formation duale est un levier puissant pour la capacité d’innovation des entreprises allemandes.

La politique de l’innovation et les collaborations entreprises-universités : le rôle des instituts Fraunhofer

Par Wolfgang KNAPP
Directeur de la coopération laser franco-allemande Fraunhofer ILT

Fondée en 1949, la Fraunhofer Gesellschaft (FhG) est devenue aujourd’hui la plus grande structure de recherche contractuelle en Europe, une recherche qui lui procure plus de 70% de ses ressources (1,6 milliard d’euros sur un budget total annuel de recherche de 1,9 milliard d’euros). Elle rassemble aujourd’hui 66 instituts et centres de recherche répartis sur tout le territoire allemand. L’objectif principal de la FhG est l’application pratique de savoir-faire scientifiques pour contribuer au développement de nouvelles technologies. Son activité repose ainsi sur un équilibre dynamique entre sa contribution à l’innovation et la recherche appliquée. Elle se situe ainsi à mi-chemin entre la recherche fondamentale (qui est le domaine de compétence des universités et d’organismes tels que la Max-Planck-Gesellschaft) et l’industrie. La FhG est l’acteur majeur de l’innovation en Allemagne, sans bénéficier toutefois d’une exclusivité dans ce domaine. La recherche contractuelle est un marché, et comme sur tous les marchés, plusieurs acteurs peuvent présenter des offres concurrentes.

Le coût du travail et la fiscalité des entreprises

Par François HELLIO
Avocat associé, CMS Bureau Francis Lefebvre

et Christophe JOLK
Avocat, CMS Bureau Francis Lefebvre

Depuis 2000, l’Allemagne a réduit les prélèvements obligatoires assis sur le travail, alors qu’ils sont restés stables en France. En 2008, ils représentaient 22,6 % du PIB français et 21,8 % du PIB allemand, soit un écart de 0,8 point en faveur de l’Allemagne, alors qu’en 2000, l’écart était de 1,5 point en faveur de la France. D’autres sujets marquent la nette différence existant entre les approches allemande et française en matière sociale, que ce soit la question du salaire minimum, de la durée du travail ou encore de la formation et de l’apprentissage… En matière fiscale, les entreprises françaises pâtissent d’une instabilité quasi chronique des piliers mêmes sur lesquels est fondée la fiscalité. Alors que, tous éléments pris en compte, la fiscalité applicable en France aux entreprises peut s’avérer plus avantageuse qu’en Allemagne, cela n’apparaît pas dans les comparaisons internationales, du fait de la complexité de la réglementation et de son manque de lisibilité.

Le rôle des banques régionales dans le financement de l’économie allemande

Par Frank ELOY
Membre du directoire de la Landesbank Saar (SaarLB), en charge du marché français, Sarrebruck

Dans l’analyse de la performance de l’industrie allemande, en particulier en comparaison avec son homologue française, le rôle des banques régionales est fréquemment mis en avant. Les Hausbanken œuvrant au profit du Mittelstand joueraient un rôle différent de celui assuré par des organisations comparables dans les autres pays européens, permettant aux entreprises une expansion plus continue. Dans cet article, je vais tenter de définir dans un premier temps ce que recouvre en Allemagne la notion de banque régionale, avant de présenter un tableau général du secteur bancaire outre-Rhin. Ensuite, j’expliciterai la nature de la relation existant entre les chefs d’entreprises et leurs partenaires bancaires régionaux. Pour conclure, je ferai une brève description de la SaarLB et de la façon dont celle-ci appréhende son rôle de banque régionale.

B. Convergences et divergences sectorielles

Une stratégie différente de celle de la France : la politique énergétique allemande

Par Rolf LINKOHR
Physicien, ancien membre (SPD) du Parlement européen, ancien président du Center for European Energy Strategy

Peu après la catastrophe nucléaire de Fukushima, la chancelière allemande, Angela Merkel, a annoncé un changement de cap dans le domaine énergétique, avec une sortie complète du nucléaire d’ici à 2022 et un recours massif aux énergies renouvelables. L’objectif annoncé est de porter la part de ces énergies dans le mix énergétique à 35 % en 2035, et d’atteindre plus de 80 % à l’échéance 2050. Mais cette politique de transition énergétique, qui donne lieu à un large consensus dans le pays, se heurte à de nombreuses difficultés : un réseau de transport de l’électricité inadapté, le coût très élevé des investissements, des prix de l’électricité exorbitants pour les consommateurs... Aujourd’hui, ce n’est pas le principe du changement qui suscite des interrogations, mais plutôt son rythme et son coût

Un succès mal connu de l’économie allemande : l’industrie agroalimentaire Un partenaire solide et innovant dans la filière alimentaire globale

Par Christoph MINHOFF
Directeur général de l’Association fédérale de l’industrie agroalimentaire allemande (Bundesvereinigung der Deutschen Ernährungsindustrie e.V.BVE)

L’alimentation est essentielle pour tous et partout. En tant que troisième plus grand exportateur et importateur de produits alimentaires dans le monde, l’Allemagne est un acteur majeur sur le marché mondial. Grâce à une fabrication de denrées de qualité, à la fois efficace et conforme aux principes du développement durable, l’industrie agroalimentaire allemande est étroitement impliquée dans la division internationale du travail. Partenaire solide et innovant dans la filière alimentaire globale, ce secteur répond chaque jour aux défis que constituent l’évolution de l’offre et de la demande de ressources, le nombre croissant d’acteurs sur le marché et le niveau accru d’intégration des chaînes internationales de création de valeur.

Une spécificité allemande : le Mittelstand

Par Gerald LANG
Professeur à KEDGE Business School, chercheur associé à l’École Polytechnique

Considéré comme l’épine dorsale de l’économie allemande, le Mittelstand est un ensemble assez hétérogène, composé de PME, de grandes entreprises familiales et de « champions cachés », terme désignant des entreprises de taille moyenne et intermédiaire peu connues du grand public qui, dans un secteur très spécialisé, occupent une position importante sur le marché mondial. Cet article présente les différents facteurs qui caractérisent et déterminent ce qu’est le Mittelstand , en s’articulant autour de trois dimensions : l’entreprise elle-même (sa stratégie, son fonctionnement, son mode de management) ; les relations de l’entreprise avec son territoire et, plus globalement, avec la société ; et, enfin, le contexte fiscal, financier et politique dans lequel elle évolue.

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